Le renforcement positif : la bienveillante au service de l’éducation

Mettre l’accent sur les bons comportements pour valoriser le « bien faire », et encourager à les développer. En favorisant la qualité du lien qui unit l’animal à son humain, l’animal va devenir beaucoup plus enclin à contribuer à ce bon fonctionnement et va participer activement à la pérennisation de cette situation.  Diamétralement opposée aux méthodes punitives qui utilisent des gestes ou des paroles humiliants ou désagréables pour déprécier des comportements que l’on veut abolir, la méthode du renforcement positif est beaucoup plus efficace à long terme mais demande un peu plus d’attention et de patience.

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Son origine humaine

Les premiers préceptes de l’éducation positive existent depuis la nuit des temps.
Si dans l’Ancien Testament, les punitions corporelles étaient considéré comme une preuve d’éducation, « celui qui aime son fils lui donne souvent le fouet afin de pouvoir trouver sa joie en lui  » l’ « Ecclésiastique« , écrit vers 180 av. J.C., « meurtris ses reins tant qu’il est enfant, sinon, devenu rétif, il ne t’obéira plus« , Le Nouveau Testament amorce un net virage où Jésus y apparaissant comme un révolutionnaire non-violent, en portant un regard attendri sur les enfants : « laissez venir à moi les petits enfants » et “si vous ne retournez à l’état des enfants, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux”. L’apôtre Paul va même jusqu’à demander la réciprocité des devoirs dans la relation parents – enfants : « Enfants, obéissez en tout à vos parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n’exaspérez pas vos enfants de peur qu’ils ne se découragent« .

Pour le philosophe Kant, l’éducation positive qui n’est rien d’autre que la culture. L’éducation positive prend donc en compte l’instruction qui correspond à l’éducation intellectuelle, et la conduite qui correspond à l’éducation morale. L’enfant commence à mener une réflexion et assumer sa liberté. L’éducation positive révèle donc les aptitudes que possède l’enfant dans son déploiement individuelle : c’est une éducation à la liberté et à l’autonomie.

Juste après la IIème Guerre Mondiale, Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste a révolutionné, l’approche psychologique pédiatrique. Fervente militante de la « cause des enfants », elle va faire de l’enfant en souffrance et de ses rapports avec la mère son domaine de prédilection, guidée par des idées majeures telles que, l’enfant est une personne ; tout est langage (gestes, regards…) ; le « parler vrai » : ne pas mentir à un enfant car « on ne peut mentir à l’inconscient, il connaît toujours la vérité ». « L’enfant a toujours l’intuition de son histoire. Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit »; l’image inconsciente du corps : pour elle, les dessins des enfants représenteraient leur propre corps ; la prise de conscience de son propre corps est une étape de la structuration du sujet et de l’individuation ; le « complexe du homard » : métaphore employée par Dolto pour représenter la crise d’adolescence ; l’adolescence n’est pas simplement le travail de l’adolescent et les crises d’adolescence sont une étape nécessaire ; l’adolescence, c’est chuter pour mieux remonter. Les travaux de Françoise Dolto et les études en psychologie et sciences humaines qui vont suivre, vont faire naitre le concept d’éducation positive pour les enfants, où la mise en valeur des réussites et des bons comportements permet à l’enfant de se réaliser et de se développer.

Son application chez l’animal

Après de décennies de dressage, d’éducation par la contrainte ou « négative », des néo-éducateurs et vétérinaires comportementalistes ont révélés et démontrés que des méthodes douces utilisant le renforcement positif pouvaient parfaitement s’appliquer dans l’éducation canine, féline, équine et autres animaux (cf. des études faites sur des mammifères terrestres et marins, oiseaux et reptiles) et garantir des résultats spectaculaires et durables.

Si le dressage et l’éducation « old school » avec contrainte, se basent sur la crainte exercée, la domination / soumission, la contrainte physique et psychologique, par opposition l’éducation positive se fonde sur l’encouragement à répéter les bons comportements et ignorer les mauvais.
Il n’est donc plus du tout question d’exercer une quelconque pression psychologique ou physique sur l’animal pour obtenir le résultat souhaité.
Les soigneurs de grands mammifères marins sont les premiers à témoigner qu’il est impossible de contraindre un orque de 6 tonnes à effectuer un numéro. S’il a décidé de ne pas faire son « saut », rien ni personne ne peut l’y obliger. Seul l’éducation positive et le lien entre l’animal et le soigneur peuvent influencer son comportement.
Il en est de même chez nos compagnons canins, félins et équins.

Comment apprennent-ils ?

Chez le chiot et le chaton, les capacités d’apprentissage sont développées à partir de la 5ème semaine. Ils seront en mesure d’apprendre toute leur vie. Cependant ce qui se passe durant leurs périodes dites « sensibles », va déterminer leur futur comportement. Les apprentissages durant ces périodes vont être le socle sur lequel se construit leur psychologie, leur peur, leur assurance, leur mode de communication et leur monde social.

Le chiot comme le chaton, apprennent en expérimentant et en réalisant qu’il y a une conséquence à chacune de leur action et de leur comportement.
Pour qu’il y ait apprentissage, il faut qu’il y ait modification de comportement. Quand un animal (humain ou non humain) apprend quelque chose cela modifie sa perception de son environnement global, et donc ses émotions et ses réactions.
Pour modifier un comportement, il est primordial de connaitre les motivations de l’animal et la valeur qu’il attribue aux choses qui l’entourent.

Ex. : un T-bone a une valeur très forte, surtout s’il a faim ! Il sera motivé par la faim pour accéder au T-bone.
Ainsi, il optera toujours pour ce qui est profitable pour lui.

Pour en revenir à l’apprentissage et à l’éducation positive, le Dr B Skinner a mis au point dans les années 80, une procédure expérimentale visant à contrôler un comportement en l’associant à une réponse. Il s’agit du conditionnement opérant qui donc inclut la notion de renforcement positif.

Le renforcement positif : comment ça marche ?

  • Pour faire répéter un comportement, on utilise le renforcement
  • Pour faire cesser un comportement, on utilise la punition

Cela s’articule de 2 façons:

Le renforcement positif et la punition négative

Le renforcement positif (R+), c’est ajouter quelque chose dans le but de faire répéter le comportement.
⇒ Mon chien revient quand je l’appelle. Il a le bon comportement, je le récompense.

La punition négative (P-), c’est enlever quelque chose dans le but de faire cesser le comportement
⇒ Mon chien ne revient quand je l’appelle. Il n’a pas eu le bon comportement, je ne le récompense pas.

Le punition positive et le renforcement négatif

La punition positive (P+), c’est ajouter quelque chose dans le but de faire cesser le comportement.
⇒ Mon chien ne revient pas à l’appel. Il n’a pas le bon comportement, je crie plus fort, le rattrape et lui mets un petit coup sur le museau pour qu’il obéisse.

Le renforcement négatif (R-), c’est enlever quelque chose dans le but de faire répéter le comportement
⇒ Mon chien revient à l’appel. Il a pas le bon comportement, je ne lui mets pas de coup sur le museau.

Ici le terme de « punition » n’équivaut pas à un châtiment. De plus il faut garder à l’esprit qu’un renforcement s’accompagne d’une punition.
Ceci étant, je privilégie la première méthode, même si dans certain cas extrêmes, la seconde méthode est à appliquer.

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Les erreurs à éviter

L’éducation punitive (cas numéro 2 mentionné ci-dessus), outre une morale reprochable et peu à mon goût, à également aussi ses limites fonctionnelles. Si l’animal est puni à chaque « mauvais » comportement, il fera avant tout l’association entre punition et présence de l’humain qui punit. Il perdra ses repères et la punition ne sera pas une conséquence de ses actes, mais de votre présence.

C’est également là que rentrera en compte la notion de valeur. L’animal va très vite comprendre qu’en votre présence, il faut se tenir à carreau, mais désobéira dès que vous serez absent.

D’autre part, en éducation positive, il faut faire preuve d’imagination pour que les renforcements varient et pour éviter que l’animal ne se lasse trop vite des friandises et récompenses.

L’éducation positive ne veut pas dire, tout laisser faire ou faire des compromis au dépend d’un protagoniste. Il est indispensable de trouver le point d’équilibre où les comportements de l’animal soient appropriés et acceptables et que l’animal puisse s’épanouir et jouir de ses facultés.

L’éducation, c’est avant tout une histoire d’amour

Quand l’équilibre est présent dans le foyer, que chacun a trouvé sa place et que cela se fait dans le plus grand respect des besoins primaires et intrinsèques de chacun, alors on peut dire que la mission est remplie. Car, éduquer c’est avant tout aimer, et apporter à l’autre suffisamment d’éléments pour qu’il puisse s’épanouir en tant qu’individu. Quand on éduque avec respect, patience et bienveillance, le résultat obtenu ira bien au-delà des objectifs.

Corine Gomez
Comportementaliste