Les 5 périodes sensibles chez le chiot

Le développement comportemental du chiot ou l’ontogénèse comportementale, regroupe l’ensemble des phases d’apprentissage, se succédant, de la conception du chiot jusqu’à son état adulte. Le futur comportement du chiot dépendra à 80% de l’apprentissage acquis durant ses phases, et 20% d’hérédité. Ces périodes, durant lesquelles le développement comportement évolue, sont indispensables à la socialisation, car c’est durant ces périodes, dites « sensibles », ou encore critiques, que l’apprentissage des relations inter et intra-spécifiques s’établira.

Une période sensible, c’est une période limitée, balisée dans le temps durant laquelle des stimulations doivent être réalisées pour booster l’apprentissage et développer des acquis. Ces périodes sont en corrélation étroites avec des synapses exacerbées ayant un rôle précis, correspondant à une phase d’apprentissage spécifique. Chaque période sensible est déterminante pour atteindre une maturation optimale. Plus l’environnement est riche en stimuli, plus la période sera courte et les acquis se feront plus vite.

« L’imprégnation est un processus d’apprentissage qui se passe pendant une période sensible et aboutit à des acquis durables : La période sensible : en moyenne de 3 à 12 semaines chez le chiot…
Il s’agit bien d’un mécanisme d’apprentissage, c’est-à-dire d’acquisition d’informations et de compétences qui ne sont pas innées (génétiques) ; le seul élément génétique est la détermination du moment et de la durée de la période sensible au cours du temps, au cours du développement. »1

Le développement neuronal repose sur l’existence de périodes sensibles d’apprentissage. Il existe plusieurs périodes sensibles : 5 périodes, qui se chevauchent plus ou moins et qui évoluent en fonction des systèmes neurovégétatifs, émotionnels et cognitifs.

Chaque période présente des facteurs risques pouvant conduire à des problèmes relationnels intra ou inter spécifiques. Découvrez ces périodes sensibles, les facteurs risques et les recommandation qui y sont liées.

La période prénatale, la première des périodes sensibles

photo-chihuahua-ventre-mere-poche-uterusIl s’agit de la période qui précède la naissance du chiot, c’est-à-dire la période durant laquelle le chiot est encore dans l’utérus de sa mère, et commence à interagir avec son environnement. Les informations relatives à cette période, quoiqu’incomplètes due à la complexité de leurs collectes intra utérine (cf. comportement du fœtus via échographie), tendent à montrer que le fœtus est sensible au toucher à partir du 45ème jour de gestation.

Malgré les enveloppes fœtales, le fœtus peut effectivement ressentir les contractions utérines de la mère. Lors d’études expérimentales, il a été montré que le fœtus répond au stress de la mère (contractions intestinales et utérines en réponse à un stress donné – pétards), en s’agitant, avec des mouvements de rotation et de haut en bas.2

Il est recommandé de caresser et manipuler avec douceur la chienne, particulièrement dans le dernier tiers de sa gestation, de façon  à stimuler les chiots et créer un phénomène d’habituation à la manipulation. Les chiots manipulés in utéro sont plus tolérants aux caresses que ceux qui ne l’ont pas été. On appelle cela l’effet « caresse » ou le « gentling ». Outre la sensibilité tactile, le chiot est sensible au goût et aux stimulations gustatives durant la gestation. Il a été montré qu’un chiot sera plus naturellement attiré par un aliment spécifique, si la mère a été alimentée avec ce dernier durant la gestation.

Le chiot peut ainsi être orienté gustativement après sa naissance, grâce au régime  alimentaire de la mère pendant sa gestation.

Pour conclure sur la période prénatale, il est important de noter que des échanges entre la mère et le fœtus peuvent aussi s’effectuer par voie hormonale. Des hormones circulant dans le sang et dont les taux varient selon l’état émotionnel de la mère (stress, anxiété,…), vont être transmis au chiot par le liquide amniotique et le cordon ombilical et vont impacter les réactions émotionnelles du chiot : des réactions anxieuses face à des stimulations fortes.

Quels sont les facteurs risques liés à cette période :

Etant donné que le développement comportemental d’un chiot commence déjà dans le ventre de sa mère et qu’il est directement impacté par les réactions émotionnelles de la mère, les conditions de gestations sont primordiales. Si la mère est soumise à un stress extrême durant sa gestation, tels que bruits permanent, défaut d’alimentation, conditions insalubres, il est assuré que les chiots présenteront dès leur naissance du stress. De la même façon que les chiennes atteinte de troubles anxieux vont induire le comportement de leur futur portée.

Il est donc recommander de :
– stimuler les chiots en pratiquant le « gentling », durant les 2 dernières semaines de gestations.
– procurer une alimentation variée à la mère pour développer des stimuli gustatifs au chiot.
– faire en sorte que la chienne puisse vivre sa gestation dans un milieu calme, à l’abri du stress, pour influer de façon positive sur l’état émotionnel du chiot.

La période néonatale, de la naissance à l’ouverture des yeux du chiot

Quand le chiot vient au monde, son cortex cérébral n’est pas terminé et il nait sourd, aveugle et avec un motricité réduite. Il n’est pourvu que de réactions qualifiées primaires, et se cantonne à chercher des sources de chaleur et de nourriture. En plus de l’apport alimentaire, le chiot est intégralement dépendant de sa mère, car il ne peut ni se thermoréguler, ni faire ses besoins, ni se déplacer de façon autonome.chiots-4jrs-01

C’est donc sa mère qui va lui procurer la chaleur nécessaire pour maintenir son corps et ses organes vitaux à la bonne température. Le chiot est également incapable d’éliminer ses excréments et d’uriner tout seul. Les influx nerveux qui aident à provoquer la défécation et la miction ne sont pas encore fonctionnel. C’est la mère qui va provoquer le réflexe périnéal en léchant la région du périnée. Pour se faire, la chienne donne des petits coups de nez  sur le coté des chiots pour les retourner sur le dos. Cette interaction va servir de base pour adopter ce qui deviendra la posture de soumission. Il s’agit d’un apprentissage majeur pour la communication chez le chien adulte.

Sur le plan de la motricité, le chiot n’est pas autonome, le tonus musculaire n’est pas uniforme. Le chiot ne peut se redresser sur ses pattes et sa locomotion se limite à la reptation. Deux étapes se succèdent :
– Dans un premier temps, les voix nerveuses des muscles fléchisseurs se développent suffisamment pour permettre au chiot de fléchir ses pattes, mais pas de les étendre.
– Ensuite, suit une période où les muscles extenseurs prédominent au détriment des fléchisseurs.
Il faudra  que ces 2 étapes passent pour que progressivement le chiot puisse se redresser.

Le reflexe de fouissement : Pendant la période néonatale, le chiot cherche à s’enfoncer dans des surfaces chaude et molle, on parlera d’orientation tactile et thermique. Cela a pour but de chercher les mamelles de la mère, pour se venir téter et se nourrir. Ce réflexe va disparaître dès que le chiot sera capable de s’orienter visuellement.

Le reflexe labial : Dès que le chiot trouve la mamelle, il la pétrit à l’aide de ses deux pattes antérieures pour stimuler la lactation. Dès que le chiot toutes la mamelle de ses lèvres, cela va déclencher chez lui, le réflexe de succion pour téter. La présence d’aliment ou plus précisément de liquide, dans la cavité buccale, entraine automatiquement le réflexe de déglutition. Cette série de réflexes va progressivement disparaître, notamment au cours de la période de transition, qui suit la période néonatale, avec l’apparition de nouvelles compétences, et surtout de nouveaux sens, tel que la vue. Le réflexe de déglutition va laisser place à un processus contrôlé et volontaire.

C’est aussi durant cette période que les neurones et les synapses s’interconnectent. Il est indispensable que les circuits nerveux soient stimulés pour pouvoir se pérenniser. Toute stimulation revêt une importance et peut s’avérer vitale. Parmi ces stimulations, la manipulation en est une. Il est très important de manipuler le chiot avec douceur, le toucher, le caresser. Cette interaction avec l’homme et son environnement doit commencer aussi tôt que possible, pour assurer une bonne socialisation à l’humain et au monde qui l’entoure.

Si durant cette période, un attachement se créé, ce dernier est unilatéral, de la mère vers ses chiots. Les chiots n’ont pas encore conscience de leur mère. Pour eux, il ne s’agit que d’une source de chaleur et de lait.

Les facteurs risques :

Ils sont majoritairement liés à la stimulation que l’on opère sur les chiots. Si la stimulation est pauvre, le système nerveux neuronal connaitra un manque dans son développement et par conséquent, des dysfonctionnements émotionnels. On parle aussi d’un syndrome de privation sensorielle. De plus, le chien peut développer un syndrome d’Hypersensibilité-Hyperactivité (HS-HA), traduit par une hyper-vigilance du chien à l’état adulte, c’est-à-dire qu’il va réagir à tout son environnement sans arrêt.

La Période de Transition: Je vois! J’entends!

« La période de transition commence avec l’ouverture des yeux et s’achève dès que le chien est en mesure d’entendre. C’est une période très courte (de 14 jours à 21 jours pour les races naines et moyennes, et de 18 à 32 jours pour les plus grandes) mais déterminantes parce que, pendant ces quelques jours, des évènements très importants vont survenir. »3.

Le chiot fait l’acquisition de nouvelles compétences sensorielles, qui vont modifier sa perception de l’environnement et son comportement : la vue, puis l’audition.

De plus, sa motricité s’améliore grandement. Il entame une phase d’éveil et d’exploration de ce qui l’entoure. L’acquision de la vision est capital dans sa relation à l’autre et notamment à sa mère. La vue va lui permettre d’acquérir des modes de communication plus complexe. Voir va lui permettre d’anticiper les évènements, de découvrir et d’interagir avec son environnement. Cela va également être pour lui le début de l’attachement à sa mère, et découvrir qu’il est un chien selon le processus d’imprégnation.

« Le chiot s’attache à sa mère et apprend qu’il est un chien »4.

En effet, le chiot ne nait pas en sachant qu’il est un chien. Il va l’apprendre. Le processus d’empreinte ou imprégnation a été décrit par Konrad Lorenz chez les oies cendrées. Celui-ci raconte avoir observé l’éclosion d’un oison (bébé oie), puis avoir voulu remettre celui-ci avec sa mère. Mais l’oison poussait des cris désespérés et suivait K. Lorenz au lieu de sa mère. Lorenz comprit alors que l’oison considère comme leur mère le premier objet en mouvement qu’elles aperçoivent lorsqu’elle sort de l’œuf. L’empreinte, qui peut donc être définie comme un processus d’attachement social et de reconnaissance de son espèce, est caractérisée par une période critique, qui varie en fonction de l’espère.5

En parallèle à l’imprégnation, le processus d’attachement se met en place.

Si jusqu’à lors l’attachement était à sens unique (de la mère vers le chiot), à partir de la période de transition, la réciprocité se met en place. La mère incarne pour le chiot, une entité rassurante, apaisante, le repère qui va permettre au chiot de se construire en tant que chien dans sa relation avec ses congénères.

Une séparation mère-chiot, créerai un état de détresse et de grande anxiété des 2 cotés. En plus de la vue, l’audition se développe aussi, manquant la fin de la période de transition. Son cortex temporal est complètement développé. Le reflexe de sursautement confirme la non-surdité et la fin de ce développement sensoriel : il s’agit de provoquer un sursaut en claquant les mains juste au dessus de la tête du chiot.

Les facteurs risques :

  • L’hyper-attachement : la peur de rester seul et le besoin constant d’être rassuré
  • La séparation prolongée du chiot et de sa mère qui va créer un stress et une détresse importante. Si cette séparation est maintenue, le chiot peut manifester des troubles du sommeil et de l’anorexie.
  • Une séparation d’avec la mère, et l’absence d’attachement serait également une barrière et empêcherait le processus d’imprégnation. Les conséquences comportementales à l’âge adulte seraient très lourdes, d’un point de vue social et sexuel pour le chien.
  • Les autres risques seraient liés à des problèmes biologiques, dans le développement neurosensoriel, entrainant la cécité et la surdité.

La Période de Socialisation : Le développement comportemental

Elle commence dès que le chiot acquiert l’audition et se termine à la puberté (varie selon les races de chien). C’est une période durant laquelle le chiot  s’émancipe d’avantage et prenant plus d’indépendance et développe un attrait croissant à l’exploration et à la découverte de son environnement.

Le chiot va faire l’apprentissage des relations sociales au travers des jeux, des auto-contrôles, ainsi que de la communication et de la hiérarchie. Entre 3 et 5 semaines, le chiot explore son environnement et va s’intéresser à tout ce qui l’entoure. Toutes les espèces rencontrées durant ce laps de temps, seront interprétées comme espèce amies. A partir de 5 semaines, c’est une phase opposée, dite d’aversion qui prend le relai. Il est ainsi moins curieux et ne cherche plus à entrer en contact avec les nouvelles espèces non rencontrées au préalable.
Il est ainsi conseillé de multiplier les interactions avec les autres espèces (le plus possible), ainsi qu’avec un grand nombre d’être humains différents par l’âge, la taille, le sexe, la couleur, pour encourager la socialisation inter-spécifique.chiot-feuilles-jeu-124279

L’acquisition des auto-contrôles : Jusqu’à la période de socialisation, le chiot répond au stimulus par des actes conditionnés par des émotions, principalement des stimuli tactiles. A partir de 3 semaines, les nouvelles activités du chiot (exploration, jeux en fratrie) vont développer de nouveaux comportements pour répondre aux stimuli. Ces comportements se découpent en séquences comportementales:

  • La phase « appétive » : un stimulus qui va déclencher la réaction. On se met en appétit.
  • La phase consommatoire : on réagit, on passe à l’action pour satisfaire les besoins. C’est la récompense.
  • La phase d’ arrêt, qui traduit le retour à l’équilibre avec l’obtention de la motivation. Elle traduit aussi l’arrêt de la séquence comportementale.

La phase d’arrêt est indispensable pour assurer l’équilibre et les relations sociales. Sans elle, le chiot ou chien adulte reproduirait sans cesse un enchainement d’actions qui pourraient poser de gros problèmes sociales, notamment au niveau des jeux de bagarres qui risqueraient de vite devenir des combats.

Les facteurs risques :

Un problème d’imprégnation à l’espèce peut avoir des conséquences dans le comportement sexuel du chien à l’âge adulte. Le chien mâle peut diriger ses comportements sexuels vers ses propriétaires, ou ne par parvenir à saillir une chienne. La femelle peut quant à elle avoir un œstrus et des chaleurs perturbés, refuser le mâle ou refuser ses chiots à la naissance.

Si chiot ne fait pas l’apprentissage des relations sociales via les jeux, les auto-contrôles, ainsi que  les signaux de communication, de sérieux troubles pathologiques, tels que la désocialisation risquent d’apparaitre : Le chien adulte n’aura pas acquis les codes de communication nécessaires avec ses congénères.

La Période Juvénile: je me détache et sais faire comme les grands… ou presque

Les patrons moteurs se sont améliorés, permettant une attitude générale assez comparable à celle de l’adulte : le lever de patte lors de la miction pour le chiot mâle. Cela peut varier en fonction des individus et surtout en fonction de l’environnement. Le lever de pattes sert à marquer olfactivement et visuellement chez les adultes, il peut être tardif chez des chiots qui se situent bas dans la hiérarchie. Le chiot explore de plus en plus loin et semble s’émanciper. Cette émancipation va également être aboutie grâce au détachement. C’est un processus qui fait suite à l’attachement établie. Les liens tissés avec la mère vont devoir se briser. C’est un processus indispensable.

Dès 4 mois, la mère va tenir ses chiots mâles à distance, contrairement au femelle.
La mère ne tardera pas à avoir de nouveau ses chaleurs et à être fécondable. Les chiots mâles vont, en période de puberté, commencer à s’intéresser aux chiennes en chaleurs.
Pour empêcher toutes relations sexuelles mères- fils, la chienne repousse ses chiots mâles.Les chiots femelles auront une détachement moins marqué. C’est leur puberté, avec l’arrivée des chaleur qui feront que les jeunes chiennes s’émanciperont et quitteront le nid.

La distance mis en place par la mère permettra à chacun des jeunes à se confronter avec d’autres adultes et à trouver une nouvelle place dans le groupe. Leur apprentissage de la communication leur permettra de s’intégrer dans leur nouveau groupe social avec qui un nouvel attachement se créera. Le juvénile devient indépendant et continue son apprentissage de la vie sociale. Sa cognition se développe pour acquérir les fondements de la vie en groupe et de sa hiérarchisation.

Ainsi la 5ème période sensible s’achève.

Si les 5 périodes se sont déroulés sans trop d’accros, on pourra estimer avec un chien adulte équilibré, avec toutes les acquissions en matière de communication intra spécifiques.

En cas de problème, n’hésitez pas à consultez votre vétérinaire ou nous poser des questions (centre.kami@gmail.com)

Corine Gomez, Comportementaliste

 

  1. JOEL DEHASSE – Tout sur la psychologie du Chien ; Odile Jacob 2009, P.137
  2. PATRICK PAGEAT – L’homme et le Chien ; Odile Jacob 2010, P.19
  3. PATRICK PAGEAT – L’homme et le Chien ; Odile Jacob 2010, P.37
  4. PATRICK PAGEAT – L’homme et le Chien ; Odile Jacob 2010, P.63
  5. KONRAD LORENZ – Les fondements de l’éthologie ; Champs Science 2009