L’agressivité chez le chat : motivations et solutions

Les conflits et comportements agressifs peuvent entrainer de lourdes atteintes à l’intégrité physique et psychologique. Il est important de les prendre en considérations surtout lorsqu’il s’agit d’une agression d’un chat vers un être humain, et d’autant plus vers son propriétaire.

Des moyens de prévention existent, mais ils vont essentiellement dépendre des motivations de l’agression ou encore les émotions qui motivent l’agression.

L’agression du chat sur un humain peut s’avérer être un problème sérieux, cependant il est important de souligner que le chat n’a pas pour dessein de nuire, ni même une méchanceté intentionnelle. Ces considérations sont exclusivement humaines.

Pour décoder et appliquer un système préventif adéquat, il est important d’analyser la structure des actes dans leur processus et leur contexte. En transposant les agressions intra-spécifiques à l’humain. Cette transposition permettra de faire un parallèle et d’expliquer les circonstances d’apparition de ces agressions et de d’appliquer des modes de prévention.

L’agression de sevrage est un comportement typique de la chatte envers ses chatons.
Au moment du sevrage, la chatte va indiquer au chaton qu’il est temps de s’émanciper en donnant un coup de patte (griffes rétractées) sur le nez du chaton. Quand un chat reproduit ce coup de patte sur un humain, comme un coup de patte sur une main qui s’approche pour la toucher, cela indiquera clairement « laisse-moi tranquille ». Il ne souhaite pas être dérangé et le fera sentir.

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Quand maman chat plaque son chaton au sol et le mord de façon contrôlée, on appellera cela l’agression disciplinaire. Ce comportement intervient pour remettre le chaton à sa place quand il fait mal à sa mère ou un membre de la fratrie. Ce comportement se transpose sur l’être humain. Le chat plaque la main – à hauteur du poignet- ou le pied – à hauteur de la cheville ou encore, sur ce qui est à sa portée avec ses pattes avant, avec ou sans griffes rétractées et mord. Cela indique que le chat a assez joué et qu’il veut que le jeu s’arrête.

L’agression de lutte, avec griffades des pattes postérieures, a une signification éducative quand elle s’adresse à un chaton, il n’en est pas de même envers l’être humain.
Ces agressions ont pour fonction majeure le maintien à distance et met en avant l’instinct de prédation sur une proie de substitution. Si les rituelles et séquences sont identiques, le message et la motivation sont bien différents. On parle ici de prédation et non pas de jeu.

Lors de l’agression de jeu, le chat n’a aucune intention d’agresser, mais se laisse emporter par ses émotions et par l’excitation du jeu. Il risque cependant de sortir les griffes et de faire mal. Le mieux dans ces circonstances, est de stopper le jeu, car très rapidement, cela peut évoluer vers une agression d’irritation et devenir rapidement plus violent. Le chat alors ne joue plus.
Pour prévenir ce changement non souhaitable, il faut veiller à contrôler les mouvements, griffades et morsures, en mettant une fin au jeu dès qu’il y a manifestation d’une agression par irritation. On pourra également rediriger le jeu, en utilisant des objets, des jouets.

Uagression-chat-1n chat en manque d’activités peut manifester de l’agressivité de harcèlement. Sa séquence d’agression sera précédée par une fixation du regard, puis attaquer au niveau des pieds ou des mains, pour faire bouger la victime de l’agression. C’est le jeu du chat et de la souris.

L’agression par irritation intervient dès que le chat se sent menacé dans son confort et son bien-être. Il va ainsi donc réagir quand une situation ne lui convient pas, et très souvent quand c’est son propriétaire qui en est la cause.
Cette agression est nivelée en fonction de l’humeur et des émotions du chat, ainsi que du contexte. La frustration peut être source d’irritation.

Par exemple, mon chat adore le thon. Quand on ouvre une boite de thon, il accoure systématique et me fait part de son irrésistible envie d’en manger, par des vocalises, des appels de la patte. Si je viens à le taquiner et faire mine de lui en donner, en l’appétant, puis lui retire la nourriture, il me montre très rapidement son irritation en me donnant des claques toutes griffes dehors, jusqu’à ce que je cède.
Pour prévenir ce comportement, j’évite de l’énerver et lui donnant un peu de thon dans sa propre gamelle. Je ne créé ainsi aucune frustration.

On parle d’agression par contrainte, dès lors que l’on force le chat à adopter un comportement qu’il ne souhaite pas, ou bien qu’on le contraigne à une situation qu’il n’apprécie pas. De la même façon que pour la frustration, le chat va manifester son irritation par des vocalises, des coups de patte et des morsures.

Un exemple type : la visite chez le vétérinaire, avec au préalable, la dépose et le transport dans le panier à chat. Le chat va subir des manipulations en l’empêchant de se débattre, et de fuir. Ce mode de contention va mettre le chat en colère et en état de stress.
Pour prévenir ce comportement, on peut habituer le chat à la manipulation et aux évènements contraignants (caresse, toilettage, brossage, transport…) dès son plus jeune âge, dans la mesure du possible.

Si cela n’a pas été possible, plusieurs méthodes sont encore envisageables. Pour le transport en cage, il faudra procéder à une désensibilisation, c’est-à-dire à une exposition progressive à un situation qui déclenche la colère, le stress ou toute émotion désagréable. L’idée est de placer de la nourriture (si possible la favorite) dans la cage de transport pour que le chat y aille tout seul et ne pas l’enfermer, mais le laisser entrer et sortir. L’opération devra être répétée plusieurs fois par jour et/ou tous les jours. La cage de transport doit devenir un endroit plaisant. Pour ce type de thérapie, il est nécessaire de prendre son temps, cela peut aller sur plusieurs semaines.

Autre cas de figure : Un chat qui est agressif au contact, brossage et caresse, est un chat qui a peur ou est en colère dès lors que l’on tente une approche au contact, sur l’ensemble du corps ou sur une partie déterminée. Cela peut arriver chez le chat adulte adopté, tout juste habitué à l’homme, sans réelle socialisation interspécifique et peu habitué à la manipulation.

La thérapie à mettre en place sera d’autant plus longue qu’il faudra s’adapter au chat pour ne pas le mettre en état de stress. Il sera alors nécessaire d’y aller par étape.

Prenons l’exemple d’un chat qui n’aime pas les caresses sur le ventre et qui mord dès lors qu’on le touche au ventre.
La première option, la plus évidente, serait de ne pas le toucher au ventre puisqu’il n’aime pas ça. Néanmoins, en cas de visite chez le vétérinaire, il s’avère nécessaire que le chat se laisse faire un minimum. Pour prévenir des morsure et griffures dans un cas pareil, il faudra mettre en place une thérapie comportementale. Le contact et la caresse sont des stimuli gérables autant dans leur intensité, que dans leur durée et localisation. On commencera par caresser le chat là où il accepte d’être touché, sans hésitation, et progressivement on s’approchera de la zone délicate. Au premier signe d’agacement, on arrêtera immédiatement et on détournera son attention avec une activité agréable, un jouet, de la nourriture. On peut répéter l’opération autant de fois que nécessaire, jusqu’à l’obtention du résultat souhaité. L’important est de ne pas contraindre le chat et de stopper le contact au premier signe d’irritation.

L’agression par douleur est une agression motivée par une douleur existante ou anticipée. Quand la manipulation est source de douleur (arthrose, douleur dentaire…), le chat va manifester son irritation, car c’est son seul moyen de le communiquer. L’agression sera à la hauteur de l’intensité de la douleur et de la peur ressentie. Elle pourra alors être particulièrement violente.

« Ma chatte a souffert, il y a quelques années de cela d’une inflammation des méninges. Elle présentait des troubles neurologiques avec une motricité symptomatique. Il me fallait lui administrer par voie orale de la cortisone, matin et soir, pendant plus de trois mois. D’un naturel patient, tolérant, câlin et attaché, ma minette est à l’antithèse même de l’agressivité. Néanmoins, son état fébrile l’avait rendu émotionnellement sensible et anxieuse. Au moment où je préparai sa médication, elle partait se cacher par peur anticipée. Lors de l’administration de son cocktail médicamenteux, il me fallait manipulait la chatte, qui se transformait alors en panthère sauvage et terrifiante, crachant, toutes griffes dehors. Après sa guérison, il lui a fallu un temps considérable pour accepter que je la prenne aux bras de nouveau. Certes, je la soignai, mais elle m’avait associé à son inconfort et j’étais pour elle source de tracas. »

La prévention de l’agression par douleur est un peu compliquée : le chat perçoit son allié/soigneur comme un bourreau. Ses émotions sont tronquées par la douleur ou la maladie. Il faut néanmoins que cette agression ne soit pas à terme une agression critique.

Le chat « caressé-mordeur » est un chat qui ne tolère pas d’être touché. Il va soudainement agresser son propriétaire qui le caresse, alors qu’il est initialement venu au contact. Alors que son humain le caresse soudainement le chat se fige, saisi le bras de son humain toutes griffes dehors et le mord avant de s’enfuir. Ce sont des situations rencontrées par les propriétaires de chat, qui ont adopté des chats peu ou mal socialisés. Le chat va tolérer le contact un instant, jusqu’au moment où « la coupe est pleine » dans son système de tolérance. Pour prévenir l’agression, le propriétaire devra observer son chat et identifier les premiers signes d’irritation, les tensions, le mouvement des oreilles et stopper les caresses immédiatement. Le chat redescendra en tension et n’envisagera pas l’attaque, ni même de partir de sur les genoux.

« Tout comme pour le chat agressif lors d’un contact, on observe les signes précurseurs du stress et on s’arrête de toucher le chat avant l’agression. On commence par toucher le chat au niveau des joues une seconde. Ensuite, on augmente la durée et on détermine le temps de tolérance du chat au contact au niveau de la joue. Si le chat apprécie la procédure, on peut étendre le contact de la joue vers l’oreille, le cou, le dos, progressivement. 1»

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credit:Warren Photographic

Il arrive qu’un chat souhaite mettre en fuite un intrus ou le garder à distance, on parera d’agression de distancement. Ce cas ne s’opère pas sur le propriétaire. Le chat adopte une démarche lente, la tête basse, tel un fauve en mode de chasse, ou encore, le poil hérissé, en faisant des sauts de côté. Il peut lancer une attaque à distance ou simuler une agression pour faire partir l’inconnu.
Si jamais vous étiez l’inconnu en question, il serait nécessaire de distraire le chat, et si possible lui faire peur, en jetant un objet à côté de lui. Cela devrait le surprendre et vous permettre de vous mettre à couvert.

L’agression de défense des chatons est typique lorsqu’un inconnu fait intrusion dans périmètre gardé par une chatte qui a une portée. La chatte qui veut protéger ces chatons, peut, selon son interprétation des intentions de l’inconnu, s’interposer et agresser dès lors que la distance de sécurité n’est plus respectée. Ce comportement a été observé chez les chattes qui protègent leur portée, mais aussi chez des mâles castrés et plus rarement chez des chats entiers.

L’agression redirigée est une agression détournée de l’élément ou de l’individu déclencheur et redirigée vers un individu qui n’a rien à voir avec la cause de la colère ou de l’état émotionnel agressif.
En considérant l’exemple du chat de la maison qui va se mettre en mode agression territorial à l’égard d’un autre chat, intrus, qui a pénétré sur son territoire. Le chat de la maison, bloqué derrière la vitre, sans pouvoir accéder à l’intrus, va commencer à bouillonner de colère et sa colère va être exponentielle car il ne peut pas atteindre l’intrus.
Le chat en état de colère extrême, va rediriger cette colère et cette agressivité vers le premier individu qui se présentera : propriétaire, chien autre chat de la maison.
Afin d’éviter de payer le prix de sa colère, le moyen préventif pour ne pas subir l’agression redirigée, il sera important d’être le plus immobile possible, éviter de bouger ou de faire un geste qui pourrait motiver ou entretenir l’état émotionnel dans lequel se trouve le chat.
Il sera important de patienter jusqu’à ce que le chat retrouve son calme et contrôle son comportement.

Pour conclure, il existe différents risques et types d’agression du chat vers l’humain et plus spécifiquement son propriétaire.

Prévenir à 100% les risques d’agressions est impossible, car le chat reste un animal sensible et ces modes de comportement sont intrinsèquement liés à l’espèce.
La première chose à faire, en prévention est de ne pas harceler le chat, ne pas dépasser ses limites de tolérances et ne pas pousser le chat dans ses retranchements.

Corine Gomez, Comportementaliste

Ref:

  1. JOEL DEHASSE : Tout sur la psychologie du Chat – Ed. Odile Jacob – Sept 2008. p. 193

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