La pyramide des besoins chez le chien

Les besoins chez les animaux humains

Le psychologue Abraham Maslow expose pour la première fois sa théorie de la motivation, A Theory of Human Motivation, en 1943. Cette théorie est présentée à travers la pyramide des besoins, ou plus connu comme la pyramide de Maslow – représentation pyramidale de la hiérarchie des besoins.

Le psychologue américain, Frederick Herzberg, va approfondir l’approche de Maslow, à travers ses études où il définit les besoins de l’homme dans le monde du travail. Pour se faire comprendre, il présente une théorie, l’anthropologie de l’homme au travail, qu’il fonde sur l’analyse d’un double mythe, qu’il va baptiser le mythe d’Adam et le mythe d’Abraham.

  • Mythe d’Adam : échapper à la souffrance, recherche de tout ce qui va réduire sa souffrance
  • Mythe d’Abraham : lui est l’élu, dieu l’a choisi et sa motivation est de réaliser sa destinée, d’accomplir ce pour quoi il a été choisi.

L’homme au travail est à la fois Adam et Abraham. Il recherche à souffrir le moins possible (fatigue, stress), mais également à s’épanouir, à se réaliser.

L’étude des enfants sauvages a aussi permis d’avancer dans les constatations qui caractérisent les besoins des êtres vivants, notamment les animaux sociaux et Homo sapiens.


Fig. 1 Pyramide des besoins selon Maslow

  Les besoins physiologiques sont directement liés à la survie des individus ou de l’espèce. Ce sont des besoins concrets (respiration, faim, soif, sexualité…). Il s’agit d’un besoin immédiat et constant.

  Le besoin de sécurité consiste à se protéger contre les différents dangers qui nous menacent. Il s’agit donc d’un besoin de conservation d’un existant, d’un acquis. Il s’inscrit dans une dimension temporelle.

  Le besoin d’appartenance révèle la dimension sociale de l’individu qui a besoin de se sentir accepté par les groupes dans lesquels il vit (famille, travail, association, …). L’individu se définissant par rapport à ses relations, ce besoin appartient au pôle « relationnel » de l’axe ontologique.

  Le besoin d’estime prolonge le besoin d’appartenance. L’individu souhaite être reconnu en tant qu’entité propre au sein des groupes auxquels il appartient.

  Le besoin de s’accomplir est selon Maslow le sommet des aspirations humaines. Il vise à sortir d’une condition purement matérielle pour atteindre l’épanouissement.

Un sixième besoin pourrait être introduit :

  • Le besoin d’éternité, d’immortalité ou tout simplement de temps. C’est un besoin de plus en plus exprimé dans notre société. Commercialement, il se traduit par l’attirance envers les produits promettant le rajeunissement ou de gagner du temps. L’émergence de technologies nous permettant de prolonger la vie (sciences médicales, cryogénisation…)

La Pyramide de Maslow transposée chez le chien 

Il nous a semblé intéressant d’établir un modèle de pyramide des besoins chez le chien. Car vivre avec un chien, implique connaitre les besoins associés à son espèce et y répondre pour assurer son bien-être et ses développements cognitifs, émotionnels et structurels.


Fig 2. Transposition de la Pyramide de Maslow

 
 Comme Frederick Herzberg l’avait mis en avant, outre les humains, bons nombres d’espèces animales non- humaines, vivants selon un schéma social plus ou moins complexe, sont régis par une liste de besoins à combler.

Chez nos amis canins, les besoins majeurs sont :

  • les besoins biologiques, soit physiologiques et « de survie »
  • les besoins sociaux, soit les interactions avec les congénères et les autres espèces,
  • les besoins individuels, propres à chaque individu, en fonction de sa race, de son développement et de son caractère.


Les besoins physiologiques : des besoins de base

Ceux sans quoi, l’individu ne peut pas vivre d’un point de vue fonctionnel et structurel.
La nourriture et l’eau : les apports nutritionnels vont varier tout au long de la vie de notre chien. Un chiot aura besoin d’éléments spécifiques en raison de son développement musculo-squelettique et neurophysiologique. Une chienne gestante ou allaitante aura besoin d’une nourriture riche pour assurer le bon développement de sa gestation et la viabilité des chiots à venir. Un chien âgé nécessitera une attention toute particulière et un apport particulier pour l’aider dans sa motricité. En fonction de l’activité, de la race de votre chien et de sa santé, il sera capital de lui procurer la nourriture adaptée. Tout comme pour nous, l’eau est indispensable. Les chiens sont pour la majorité, nourris avec des aliments secs (type croquette), par conséquent ils sont susceptibles de boire davantage. De l’eau fraiche doit être à disposition nuit et jour. Cependant un chien qui boit de façon excessive ou plus qu’à l’accoutumé doit être amené chez le vétérinaire pour vérifier le bon fonctionnement de ses reins et son taux de glycémie et d’insuline.

Éliminer, faire ses besoins : Un chien doit pouvoir vider sa vessie et ses intestins régulièrement. Un chiot fait ses besoins après chaque repas, au cours des séances de jeu, et au réveil. Il est donc indispensable de le sortir faire ses besoins à l’extérieur à ses moments-là, pour qu’il apprenne à être propre, et donc ne plus faire à la maison.

Même si les chiens adultes sont capables de se retenir, il est vivement déconseillé de laisser son chien plus de 8 heures sans sortir. Cela peut avoir des répercussions sur son système urinaire (cystite, infection, problème de vessie, prostate…) mais aussi sur son état psychologique (anxiété, trouble du comportement….

Se reposer : Un chiot, tout comme un enfant, va assimiler tout ce qu’il s’est passé dans la journée, les nouveaux apprentissages, durant le sommeil. Il est donc indispensable qu’il puisse bénéficier d’un repos de qualité, dans un lieu tranquille et sans dérangement. Un chien adulte a également besoin de dormir dans un endroit sécurité et serein. Il a besoin de récupérer de sa journée et de ses efforts, sans quoi, il risque de développer des troubles du comportement. Un chien dort de 10 à 18 heures par jour (en fonction de l’âge).

Les besoins de sécurité

Un individu, quel qu’il soit, a besoin de sécurité pour évoluer et se développer en toute quiétude. L’insécurité est facteur de stress et de troubles autant pathologiques et psychopathologiques. Chez le chien, le besoin de sécurité est donc primordial.

 Son lieu de repos, son refuge : Il doit s’y sentir en sécurité et pouvoir s’y reposer sans être déranger. Il est important de ne pas mettre sa couche / son panier sur un lieu de passage, devant une porte, sous une fenêtre. Quand le chien fait une bêtise, il ne faut jamais le gronder lorsqu’il est sans son panier. Il doit être en sécurité dans son panier.
« Le chien a besoin d’évoluer dans un environnement cohérent et stable. » Beaucoup de chien déclenche des problèmes de comportement car ils subissent les changements d’humeur, et les variations stressantes venant de leur famille humaine. Nos agissements ont un impact majeur sur eux. Tout ce que nous faisons les impacte. Il est important pour l’équilibre de la maison, de la famille, de tenter de maintenir un milieu stable et calme.

Les besoins sociaux

Le chien est un animal social. Il a besoin d’interagir aussi souvent que possible et de façon positive avec ses congénères mais aussi avec les humains dès son plus jeune âge.
Avec ses congénères : il faut laisser les chiens libres de se rencontrer, de se sentir et de jouer et communiquer entre eux. Les humains interviennent trop souvent lors de rencontres de chien, souvent par peur de ce qui pourrait se passer. Les chiens sont moins compliqués que nous humains. Pour leur bien-être, ils doivent fréquenter d’autres chiens. Les priver de cela parce que leur propriétaire est réticent, c’est les priver de leur statut de chien. Pour les humains qui ne sont pas à l’aise avec ces rencontres ou peu confiants, il est possible de demander de l’aide auprès d’un comportementaliste ou d’un éducateur.
Avec les humains : des moments ensemble, de jeux, de tendresse, de travail. L’emmener avec nous, le faire partager de bons moments qui pour lui seront source de stimulations mentales différentes. C’est passer du temps qualitatif, en connexion avec son chien.

Avec d’autres espèces : dès lors qu’un chiot est mis en contact avec d’autres espèces que la sienne, durant ses périodes de développement, il identifiera ses espèces comme des amis et des partenaires de jeu éventuel. 

Les chiens ont besoin de vivre avec leur groupe familial. Ils ne sont pas faits pour la solitude et en souffrent dès lors qu’ils sont laissés seuls de façons récurrentes et prolongées, que ce soit dans un jardin, une pièce de l’appartement ou tout autre environnement.

Ils aiment communiquer, comme tous les animaux sociaux. Ils possèdent différents modes de communication : vocal, postural, olfactif. Il est donc important de comprendre leurs codes de communication pour y répondre de façon cohérente. Plus on les comprend, plus la complicité et la confiance mutuelle seront confortées.

Le besoin d’estime

Par estime il faut surtout comprendre « Respect ». Respecter le chien en tant que chien, en considérant sa race, son histoire et ses besoins. Les êtres humains ont tendance à humaniser leur animaux domestiques et faire un excès d’anthropomorphisme. Les effets sont très souvent désastreux, car en humanisant le chien, on ne le considère plus comme tel. Un chien n’est pas « dominant » ou « soumis ». Il n’est pas non plus « agressif » ou « voleur » ou tout autre terme tel que nous les entendons pour les humains. Un chien va réagir en fonction de son environnement à un instant donné, en soupesant sa situation, ses expériences passées et en fonction de son état émotionnel. Un chien qui aura était « estimé » et « respecté » aura acquis la confiance nécessaire pour faire face aux situations, agir et réagir de façons adaptées.

Estimer un chien, c’est lui faire confiance et lui permettre de se développer en adéquation avec les besoins liés à son espèce.

Le besoin d’utilité

Certaines races de chiens ont été génétiquement sélectionnées pour accomplir des tâches bien particulières depuis le XIIème siècle. On pensera aux chiens de berger (border collie, shetland, Berger australien, bouvier des Flandres…), aux chiens de chasses (épagneul, cocker, teckel, braques, pointer, beagles, St Huber, shiba inu, lévriers…), aux chiens de travail, de défense et d’utilité (husky, malamute, berger allemand, malinois, dobermann…). Ces chiens ont dans leur organisme des marqueurs génétiques et des traits de caractères qui répondent aux exigences définies depuis 1000 ans. Il est impensable de leur demander d’agir différemment aujourd’hui.

En fonction de leur race, les chiens ont donc un besoin irrépressible d’accomplir leur tâche. S’ils en sont privés, ils vont mettre en place des activités ou en comportement compensateurs (destruction, aboiements intempestifs, agressivité, fugue…)

Afin d’éviter des erreurs de casting, il est conseillé de bien se renseigner sur la race ou le croisement de races du chien que l’on souhaite adopter, pour s’assurer que nous serons en mesure de répondre à ses besoins.

Les besoins d’activité

Comme mentionné ci-dessus, les chiens ont besoin d’accomplir certaines tâches et avoir des activités définies. En moyenne un chien nécessite entre 3 à 5 heures d’activités par jour.

Il faut bien évidemment prendre en considération, la race, l’âge et la santé du chien. Un bichon de 7 ans ne va pas avoir besoin d’autant d’activités qu’un Berger Allemand de 2 ans. Cependant, si sur le plan physique, le Berger Allemand sera davantage demandeur, le bichon sera friand d’activités intellectuelles et de jeux.

Voici les type d’activités dont les chiens ont besoin :
–    Activité locomotrice : promenade, marche, course, nage, jeux « de bagarre » entre chiens
–    Activité sensorielle : l’observation, la découverte, le pistage
–    Activité intellectuelle : jeux de recherche d’objets, d’accès à la nourriture, éducation et obéissance de façon ludique.
–    Activité sexuelle : principalement pour les reproducteurs, en général les animaux de compagnie sont stérilisés.
–    Activité vocale : aboiements, chants (yoodle pour les basenji), hurlements, jappements, grognements
–    Activité masticatoire : manger, mâcher, mastiquer. (On préférera donner à notre chien des os, des friandises pour nettoyer les dents, des jouets type kong, des cordes à tirer, des cornes de cerfs)

Un chien comblé

Pour assurer un bon équilibre physique, émotionnel et comportemental, un chien doit pouvoir être satisfait dans tous points. Tous les besoins doivent être comblés en permanence et non pas l’un après l’autre.

Un chien, dont les besoins sont comblés, sera le chien parfait pour la famille parfaite. Et c’est tout ce que nous vous souhaitons.

Dans notre monde, ce n’est pas toujours facile de parvenir à combler nos propres besoins de façon permanente. Nous rencontrons des frustrations, des obstacles à notre épanouissement et parfois tristement pour des besoins bien plus primaires. Il faut néanmoins bien différencier nos besoins et nos désirs. Dès lors que le distinguo est clairement fait, il faut alors réduire nos prétentions et focaliser sur nos réels besoins… et on pourra alors se sentir heureux, comme un chien comblé.

Corine Gomez – Comportementaliste

Reférences :

  • Abraham MaslowDevenir le meilleur de soi : Besoins fondamentaux, motivation et personnalité, Eyrolles, 2013 (ISBN 2-212-55727-2).
  • Abraham Maslow, « A Theory of Human Motivation », Psychological Reviewno 50, 1943, p. 370-396
  • Temple d’Okapi : elevage de Shiba Inu – http://www.temple-okami.ch/shiba-2018/index.php?cPath=103
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