La dominance chez le chien : il n’y a que les humains pour croire que c’est vrai !

« Mon chien est un dominant ! », « Je dois lui montrer que je suis le dominant », « mon chien cherche à dominer tout le temps»

Des idées reçues qui persistent et sont toujours alimentées par des « éducateurs » canins qui pensent que le seul moyen d’agir, c’est le dressage. Et donc nous sommes au Moyen-Age, et la terre est plate !

Quand je vois des émissions où César Milan, qui s’est forgé une réputation et une fortune sur le dos des chiens, ou encore ce type, qui se prétend éducateur canin, et qui crache à la gueule d’un chien pour faire comme ferait une chienne, je pense que l’être humain a vraiment un problème.

Aucun chien ne crache sur personne ! les lamas crachent, les enfants mal-élevés crachent, les tuberculeux aussi… mais pas les chiens !

En mai dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à une conférence donnée par le Dr Clyve Wynne, dans le cadre du Dog Event 2016, à Nice. Le Dr Wynne a exposé son point de vue sur la question. Voilà en bref son approche:

On compare souvent le chien au loup. La meute, l’alpha et ce sacré dominé.

Même si le chien a des gènes communs, il est utile de rappeler que 65 000 années les séparent et aussi leur évolution respective. Aujourd’hui les loups existent toujours avec leurs comportements propres, leur ADN, leur environnement, et de l’autre côté, les chiens.  Une multitude de races modelées par l’homme, pour répondre à des besoins, domestiquées toujours par l’homme au point de devenir ce gentil Médor, qui dort dans son panier au coin du feu dans le salon.

Quels sont les critères de la dominance chez le loup :

L’accès à la nourriture : c’est le mâle alpha va avoir la primeur de se servir, même si ce n’est pas lui qui a tué la proie. Viendra après la femelle alpha, suivi de la meute par ordre hiérarchique et pour finir avec les plus jeunes. Pour les très jeunes louveteaux, rappelons que la mère et les autres femelles régurgitent la nourriture pour les nourrir en priorité.

L’accès à la meilleure couche : le mâle alpha va se choisir une couche en hauteur pour avoir une vue imprenable sur sa meute et les environs. Il remettra en place quiconque tentera de lui voler sa place.

Le marquage urinaire : Le mâle alpha, toujours lui, délimite le territoire en urinant sur les buissons, arbres et tout autre relief naturel. Il va également uriner sur la nourriture pour marquer la possession. Il va autoriser les autres à uriner dans des endroits précis.

L’accès au sexe (reproduction): seul le mâle alpha est autorisé à se reproduire avec la femelle alpha. Tant et si bien, que les autres femelles de la meute auront les œstrus inhibés, pour ne pas concurrencer la femelle alpha. En contrepartie, elles s’occuperont de la portée et participeront à l’éducation des petits comme s’ils étaient les leurs. Les autres mâles… font vœux d’abstinence, sinon ils doivent quitter la meute ou se confronter à l’alpha.

Par conséquent, chez le loup, l’alpha (soit le chef de meute, ou encore le dominant) décide quand les autres peuvent manger, quand et où ils peuvent uriner, où les autres doivent dormir et il est le seul à pouvoir se reproduire.

Transposons cette situation dans notre meute à nous, avec Médor dans notre appartement au cœur de notre ville.

  • Qui décide de l’heure à laquelle Médor doit manger ?
  • Qui décide de l’heure de la sortie et du parc où Médor doit uriner ?
  • Qui décide de l’endroit où le panier de Médor est disposé ?
  • Qui a accès aux relations sexuelles avec la femelle de la maison ?

Bref vous aurez compris : de façons incontestables, Médor n’a pas la place du dominant, si on considère les critères du canis lupus , car son propriétaire a toutes ces prérogatives et s’octroie la place du lion.
Alors peut-être parfois Médor veut changer de chemin et ne pas aller au parc pour faire son pipi… Oui parfois, mais en fin de compte, c’est quand même l’humain qui tient la laisse. Et si par chance on accorde à Médor la possibilité de se balader détaché, dans la forêt, dans un bois ou ailleurs, l’humain reste celui qui détermine le début et la fin de la balade.
Il y a encore le moment où vous rencontrez d’autres chiens. Et là, c’est la bataille de testostérones entre Médor et son concurrent! Deux adversaires dressés sur leurs pattes arrières, avec de chaque côté, des propriétaires écarlates de colère, tirant respectivement sur leur laisse, en criant à l’autre :« il est pas méchant, mais c’est un dominant ! » «oui, le mien aussi ! ». Mais que voulez-vous qu’ils dominent ? Médor est à moitié étranglé par son collier. Il voulait juste sentir l’odeur de l’autre, mais il s’est retrouvé propulsé en arrière, l’œsophage écrasé brutalement.

Il n’y a aucune dominance ici, juste de la douleur et de l’incompréhension… il y a de quoi le mettre un peu en colère. Et le pire, c’est qu’il est persuadé que cette situation est due à son congénère. Cette douleur est arrivée pile quand il a vu l’autre ; c’est donc la faute de l’autre chien. « A partir d’aujourd’hui, j’aime plus les autres chien ! en plus de me faire mal, ils mettent mon humain en colère ! »

Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai assisté à une journée d’afficionados de chiens. Une vingtaine de personnes avec leurs chiens mâles et femelles, de toute taille et tout âge. Croyez-le ou non, en dépit des caractères pas toujours faciles de ces chiens et de leur dominances (dixit les propriétaires), il n’y a pas eu un seul débordement de la journée, pas une seule rixe. Une bonne vingtaine de 20 chiens qui se sont amusés et dépensés en toute cordialité.

Probablement parce que la dominance n’existe que dans l’esprit qui a souhait de l’utiliser.

Corine Gomez, Centre Kami

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