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La leçons des animaux sur le leadership féminin

Une nouvelle étude majeure indique les raisons pour lesquelles les femmes ne le font pas, mais pourraient le diriger.

Revue d’articles – Dr. Mark Bekoff

« Malgré de nombreux efforts pour réduire l’écart entre les sexes dans les postes de direction, les femmes restent universellement sous-représentées à ces postes dans pratiquement toutes les disciplines, y compris les sciences, la politique et les grosses entreprises. Nous étions donc intéressés par une approche non traditionnelle du phénomène en cherchant des indices dans les sociétés d’animaux non humains « .

« Nous avons beaucoup à apprendre des manières fascinantes par lesquelles la sélection naturelle a favorisé les traits de comportement des animaux non humains. En étudiant les mammifères non humains où la femelle règne, nous pourrons mieux comprendre les secrets de la destruction du plafond de verre. »

La biologiste Jennifer Smith et ses collègues, biologistes au Mills College, ont récemment publié un article de recherche intitulé « Obstacles et opportunités pour le leadership féminin dans les sociétés de mammifères : perspective comparative« . Un court résumé de cette étude avait été publié dans un article de New Scientist intitulé « Les 7 mammifères non humains où les femelles font la loi« . Dr Smith a accepté d’être interrogé au sujet de cette étude détaillée basée sur des données, qui « élucide les obstacles au leadership féminin, mais révèle également que les opérationnalisations traditionnelles du leadership sont elles-mêmes biaisées par les hommes ».

Pourquoi vous et vos collègues avez-vous mené les recherches sur le leadership féminin dans les sociétés de mammifères non humaines ? Quelle est l’importance de la perspective comparative pour ceux qui ne savent pas ce que cela implique ?

« … en étudiant les schémas comportementaux des animaux vivants aujourd’hui, nous espérions comprendre l’émergence de dirigeantes dans un cadre évolutif comparatif afin de donner un aperçu de la valeur ainsi que des obstacles historiques potentiels au leadership féminin au cours de millions d’années de lignée de mammifères. « 

Malgré de nombreux efforts pour réduire l’écart entre les sexes dans les postes de direction, les femmes restent universellement sous-représentées aux postes de direction dans presque toutes les disciplines, y compris les sciences, la politique et les affaires. Nous étions donc intéressés par une approche non traditionnelle de la compréhension de ce phénomène en recherchant des indices dans les sociétés d’animaux non humains. La sélection naturelle étant censée favoriser les solutions permettant aux individus de réussir dans leurs conditions écologiques, nous nous attendions à découvrir les règles qui régissent les sociétés qui promeuvent et se développent grâce aux fortes dirigeantes. Ainsi, en étudiant les schémas comportementaux des animaux vivants aujourd’hui, nous espérions comprendre l’émergence de dirigeantes dans un cadre comparatif d’évolution pour donner un aperçu de la valeur ainsi que des barrières historiques potentielles au leadership féminin pendant des millions d’années à travers la lignée des mammifères.

Comment avez-vous collecté et analysé les données ?

Nous avons examiné les données de 76 espèces sociales de mammifères bien étudiés pour lesquelles les modèles de leadership sont compris dans quatre contextes dans lesquels le leadership est exercé: mouvement, acquisition de nourriture, médiation au sein d’un groupe et interactions entre groupes. Dans une étude précédente intitulée « Le leadership dans les sociétés de mammifères: émergence, distribution, pouvoir et gains« , nous avons identifié ces quatre domaines comme étant importants pour les sociétés de mammifères humains et non humains, définissant les dirigeants comme des individus qui exercent une influence disproportionnée sur les sociétés et les comportements collectifs des membres du groupe. Dans la présente étude, nous avons identifié les espèces pour lesquelles les femelles mènent aux conflits plus souvent que les mâles, dans au moins deux de ces contextes majeurs. Nous avons utilisé cette définition stricte des espèces avec un fort leadership féminin pour en savoir plus sur les cas pour lesquels le leadership féminin est la norme.

Quelles sont vos principales découvertes sur les non-humains dans lesquels le leadership féminin se produit ?

Sur la base de notre définition stricte de « dirigeantes fortes», nous avons constaté que le leadership à prédominance féminine est généralement rare chez les mammifères sociaux, mais qu’il est omniprésent dans la vie des épaulards, des lions, des hyènes tachetées, des bonobos, des lémurs et des éléphants. Les leaders émergent sans contrainte et les suiveurs bénéficient du soutien social et / ou des connaissances écologiques des femelles plus âgées.

mammals females

Groupe sociaux de mammifères non humain dans lesquelles, les femelles sont des dirigeantes fortes. Source: Jennifer Smith; ces photos sont du domaine public sous la licence Creative Commons (voir note 1)

Dans votre essai, vous notez sept observations qui pourraient être pertinentes pour les humains. Pouvez-vous expliquer brièvement chacun ?

  1. Les femelles dirigeantes ont émergé, le plus souvent, au sein de familles et de petits groupes égalitaires, comme chez les lions et les éléphants. Cela se produit souvent lorsque les femelles adultes sont suivies par leur progéniture dépendante. Bien que le simple fait de se déplacer d’un endroit à l’autre, ait souvent été considéré comme un processus trivial, les femelles jouent un rôle essentiel pour éloigner ces petits groupes du danger et les amener à se nourrir, deux éléments indispensables à la survie. Ce n’est qu’un exemple des nombreuses façons dont les mammifères femelles influent sur les résultats sociétaux d’une manière importante qui est souvent négligée ou sous-estimée de toute autre manière lorsqu’elle est considérée dans le cadre des opérations traditionnelles du leadership humain.
  1. Il est plus probable que des dirigeantes fortes émergent lorsque les femelles forment des unités coopératives, comme c’est le cas chez les bonobos et les hyènes tachetées. Cette tendance a des implications évidentes car elle suggère que les femelles ont plus de chances d’être des leaders efficaces lorsqu’elles forment des coalitions solides au sein de leurs réseaux sociaux. Les femmes pourraient tirer profit de l’utilisation des médias sociaux et de coalitions pour former de solides alliances semblables au réseau masculins pour les hommes.
  1. Les femelles aînées servent souvent de dépositaire important de connaissances, amenant les membres du groupe vers des sources de nourriture importantes et loin du danger. Chez les orques et les éléphants, on associe leur longue durée de vie et les groupes composés de plusieurs générations d’individus appartenant à la lignée féminine, y compris des femelles post-reproductrices disposant de vastes connaissances.
  1. Des dirigeantes fortes semblent plus susceptibles d’apparaître dans des espèces pour lesquelles la gestion des conflits au sein de groupes est d’une importance vitale, comme cela se produit chez les hyènes tachetées. Cela suggère un créneau pour les femmes en tant que dirigeantes d’organisations nécessitant une médiation des conflits au sein et entre les groupes.
  1. De nombreuses espèces de mammifères caractérisées par un fort leadership féminin s’éloignent du schéma typique des mammifères, de sorte que les femelles sont légèrement plus grandes et plus fortes que les mâles, soit seules, soit en unissant leurs forces, soit les deux. Les hyènes tachetées, par exemple, sont physiquement plus grandes que les mâles. Les lémurs femelles et mâles ont la même taille. En revanche, les bonobos doivent unir leurs forces à celles des autres femelles pour surmonter leur taille inférieure à celle des mâles. Avec les nouvelles technologies, les humains sont en mesure de surmonter ces obstacles physiques grâce aux coalitions virtuelles et physiques qui mobilisent et responsabilisent les femmes pour les aider à surmonter ces obstacles potentiels.
  1. Certains traits observés chez les mammifères dotés de modèles de leadership important, tels que le manque de parité au sein de groupes humains, ne peuvent probablement pas expliquer le peu de dirigeantes chez l’espèce humaine. Nous (humains) partageons 99% de nos gènes avec des bonobos et des chimpanzés. Bien que les deux espèces ressemblent aux humains en ce sens qu’elles présentent également des schémas d’enclin préjudiciable envers les femelles, seuls les bonobos ont un leadership féminin fort.

 

  • Notre examen a des implications pratiques pour le leadership des femmes dans les affaires et la politique modernes. Cela suggère que certains facteurs peuvent être en partie le résultat de différences de genres et évolutives dans le physique et le comportement, mais aussi que les humains ont le potentiel de surmonter ces obstacles.

Vous notez également que les « obstacles évolutifs » possibles au leadership féminin chez l’humain e ne sont pas insurmontables. Que sont ces obstacles et comment peuvent être surmontés ? « Notre analyse comparative montre que plusieurs obstacles au leadership des femmes sont profondément ancrés dans l’histoire évolutive des mammifères, mais qu’il existe de nombreuses possibilités de leadership féminin, y compris celles qui existent déjà, et qui sont souvent ignorés dans les définitions opérationnelles du leadership. « 

Dans cet article, nous déclarons qu’« en tant qu’espèce culturelle, nous sommes capables de choisir notre propre avenir, de nous débarrasser – si nous voulons – de plafonds et de pyramides de verre et de créer les types de structures sociales permettant aux organisations de tirer profit de « l’avantage du leadership féminin ». La notion que les traditions culturelles de l’homme peuvent façonner les opportunités pour le leadership féminin est très excitante et offre un sentiment d’optimisme.

Que voyez-vous comme projets de recherche futurs importants sur ce sujet très important ?

Les étapes importantes de cette recherche consistent à communiquer nos résultats à un large public afin que d’autres puissent en apprendre davantage sur la « nature » du leadership. Nous travaillons actuellement à élargir le champ de cette recherche – pour inclure plus d’informations sur différentes espèces – et pour l’insérer dans un cadre quantitatif afin de démêler les effets de l’histoire de l’évolution et des facteurs écologiques actuels sur l’apparition de fortes dirigeantes au sein de sociétés de mammifères.

Y a-t-il autre chose à dire aux lecteurs ?

Nous avons beaucoup à apprendre des manières fascinantes dont la sélection naturelle a favorisé les traits comportementaux des animaux non-humains. En étudiant les mammifères non-humains, où la femelle règne, nous pouvons mieux comprendre les secrets de la destruction du plafond de verre. En tant qu’humains, nous possédons la capacité de choisir nos façons de vivre, de diriger et d’aider les autres. Nous pouvons mettre en œuvre des apprentissages que nous considérons comme utiles, et rejeter ceux qui ne le sont pas. Notre étude suggère que nous pourrions tirer parti de la création de réseaux de soutien, de l’acquisition des compétences des femmes expérimentées de nos communautés, et de la gestion efficace des conflits. Reconnaître qu’il s’agit du premier pas vers la promotion d’une société plus équitable dans laquelle les femmes sont accueillies et soutenues en tant que dirigeantes. Notre étude suggère que non seulement c’est une chose morale à faire, mais que soutenir l’émergence de femmes en tant que dirigeantes profitera à la société dans son ensemble.

Pour conclure :

Cette étude sera un classique dans le domaine et nous espérons que son lectorat sera large, non seulement parmi les universitaires, mais aussi parmi les personnes extérieures au domaine de la biologie, en particulier celles occupant des postes qui pourraient être utilisés pour équilibrer la parité hommes-femmes parmi les dirigeants. Les sept raisons qui ont été évoquées, expliquent pourquoi cette étude sur les non-humains est pertinente pour les humains. Elles peuvent certainement servir de rampe de lancement dont bénéficieront les femmes dans de nombreux domaines différents.
Note 1: Les sociétés mammifères non humaines pour lesquelles les femelles émergent en tant que leaders puissants lors de comportements collectifs dans de multiples contextes incluent: A) les épaulards (Orcinus orca), B) les lions d’Afrique (Panthera leo; photo de Greg Willis via Wikimedia / CC BY-SA 2.5) , C) hyènes tachetées (Crocuta crocuta; photo de David S. Green), D) bonobos (pan panusus; photo de Pierre Fidenci via Wikimedia / CC BY-SA 2.5), E) lémuriens à volants en noir et blanc (Varecia variegata Photo de Charles J. Sharp via Wikimedia / CC BY-SA 3.0), F) Lémur catta (Lemur catta; Photo de David Deniss via Wikimedia / CC BY-SA 3.0), G) Éléphants de brousse (Loxodonta africana; Photo par Amoghavarsha via Wikimedia / CC BY-SA 3.0), H) Éléphants d’Asie (Elephas maximus; Photo par Steve Evans via Wikimedia / CC BY-SA 2.0). Toutes les photos sont du domaine public sous la licence Creative Commons, à l’exception de celles utilisées avec l’autorisation de David S. Green

Mark Bekoff – Lessons from Animals About Barriers to Female Leadership – Posted Oct 09, 2018

References

Smith, Jennifer E., Chelsea A. Ortiz, Madison T. Buhbe, and Mark van Vugt. 2018. Obstacles and opportunities for female leadership in mammalian societies: A comparative perspectiveThe Leadership Quarterly.

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Les chiots peuvent apprendre de leurs congénères et des humains.

Observer le comportement d’un humain peut être étonnamment instructif pour un chiot.

L’apprentissage social : une nécessité pour survivre

Pour survivre, les jeunes individus, y compris les chiots, les louveteaux et les bébés humains, doivent apprendre où aller, ce qui est source de sécurité pour eux et ce qu’ils sont censés faire. Si ces jeunes devaient apprendre seulement en essayant, en interagissant avec le monde et en faisant des erreurs, beaucoup se blesseraient sérieusement et beaucoup d’autres ne vivraient pas pour raconter leur expérience. Pour cette raison, les animaux qui vivent dans des groupes sociaux bénéficient de quelque chose appelé « l’apprentissage social ». En termes simples, l’apprentissage social fait référence au fait que les jeunes observent le comportement des individus plus expérimentés (généralement leur mère ou d’autres adultes dans la famille ou le groupe social). Ils apprennent quels sont les comportements les plus susceptibles de générer des récompenses et les comportements qui leur sont préjudiciables.

P_20180509_140312_vHDR_AutoIl est donc raisonnable de penser que l’évolution a prédisposé les jeunes animaux à observer les comportements des adultes de leur propre espèce, afin d’apprendre de nouveaux comportements en toute sécurité. Nous savons que les jeunes enfants observent les membres de leur famille pour apprendre davantage sur leur environnement, tandis que les jeunes loups observent comment les membres de leurs meutes se comportent.

Cependant, les choses sont beaucoup plus complexes pour les chiens domestiques. Ils ont évolué dans un environnement humain, extrêmement complexe, avec beaucoup d’informations majeures qui doivent être apprises. N’oublions pas en outre, que deux espèces différentes se manifestent et ont des comportements variés autour des chiots domestiques : les autres chiens, mais aussi les humains. Ces deux types d’individus vont fournir des informations importantes et précieuses pour la sécurité et l’épanouissement du chiot.

Les jeunes chiots apprennent-ils d’avantage en observant les comportements des humains, de leur mère ou ceux d’autres chiens?

Une équipe de chercheurs dirigée par Claudia Fugazza du Département d’Ethologie de l’Université Eötvös Loránd a posé la question suivante: «Les jeunes chiots apprennent-ils en observant les comportements humains? Leur mère ou d’autres chiens? « Pour répondre à cette question, ils ont utilisé un groupe de chiots âgés de huit semaines, de races différentes, comprenant des Labrador Retrievers, des Border Collies et des Tervurens Belges. Ils devaient résoudre deux problèmes : Les deux impliquaient d’ouvrir une boîte pour obtenir une friandise disposée à l’intérieur. Une des boîtes pouvait être ouverte en soulevant un couvercle à charnière, tandis que l’autre pouvait être ouverte en faisant glisser le couvercle sur le côté.

On a d’abord montré aux chiots que les boîtes contenaient des friandises en autorisant certains d’entre eux à en manger quelques-unes. Cela a permis de focaliser leur intérêt sur les boites. L’étude a montré que si les chiots étaient simplement autorisés à explorer la boîte fermée, et à la manipuler par tâtonnement, seulement environ 50% d’entre eux parviendraient à ouvrir la boîte pour manger la friandise dans le temps imparti (soit 2 minutes).

Un premier panel de chiots a été placé dans des box à environ un mètre et demi de la boîte d’essai. Ainsi, ils pouvaient l’observer très clairement d’autres chiens adultes résoudre le problème. Donnant ainsi l’occasion aux chiots d’apprendre la bonne technique pour atteindre l’objectif. Les chiens adultes pouvaient autant être les mères des chiots ou des chiens complètement inconnus. Les chiens adultes avaient été formés, au préalable, à ouvrir systématiquement l’une ou l’autre des 2 boîtes. À la fin de la période d’observation, les chiots ont pu aller à la boîte pour essayer de l’ouvrir les uns après les autres. Il est apparu que l’observation les chiens adultes a été profitable aux  chiots observateurs. Alors qu’une amélioration de 5% est notée pour les chiots qui ont pu observer leur mère ouvrir la boîte, une amélioration de 29 % du taux de réussite a été noté quand il d’agissait de chiots qui avaient observer un chien adulte étranger. Ce résultat montre qu’un chiot serait plus attentif au comportement d’un chien étranger, qu’à celui de sa mère.

De réelles capacités cognitives observées

P_20180615_103407_vHDR_AutoDe plus il est important de noter que les chiots ne sont pas simplement en train d’imiter le comportement des chiens adultes mais plutôt d’extraire des informations sur le fonctionnement des boîtes. Cette certitude vient du fait que certains des chiens adultes ont ouvert les boîtes avec leurs museaux, tandis que d’autres les ont ouvertes avec leurs pattes. Cependant, tous les chiots ont utilisé leur museau pour ouvrir les boîtes. Cela signifie qu’ils ont appris comment les boîtes fonctionnent grâce à l’observation, sans pour autant reproduire la méthode utilisée par le chien adulte. Par conséquent, cela démontre que les jeunes chiots peuvent apprendre en observant le comportement des autres chiens dans l’environnement.  Il serait logique de penser que l’évolution ait programmé les jeunes individus à observer les actions des animaux de leur propre espèce, pour améliorer la probabilité de leur survie.

Mais maintenant la question cruciale demeure : Puisque les chiens évoluent dans un environnement typiquement humain, ont-ils aussi été câblés de telle sorte que, dès leur jeune age, ils sont prédisposés à observer les êtres humains et à extraire des informations qu’ils pourront ensuite utiliser ? Un test en format Humain :Tout comme le premier test, les chiots observent des épreuves séparées, mais avec cette fois-ci, des êtres humains ouvrant une boîte spécifique. Une fois libérés, les chiots ont montré qu’ils avaient appris en regardant les humains faire. L’amélioration notée était de 42% dans la résolution des problèmes et dans la période de temps allouée.

Conclusion

Cela signifie que, au moins dans cette étude, les chiots ont davantage profité de l’observation du comportement d’un humain plutôt que du comportement d’un autre chien. L’étude a également montré que ces bénéfices ont persisté, et sont susceptibles d’être mémorisés de façon permanente, car lorsque retesté une heure plus tard les chiots se souvient encore comment résoudre les boîtes de puzzle. Le Docteur Fugazza a résumé les implications de cette étude en disant: « Nous pouvons former les chiots dès leur plus jeune âge en leur montrant ce qu’ils doivent faire, comme leur mère. »

Si nous voulons qu’ils ramassent un bâton, nous devons aller le chercher d’abord, si nous voulons qu’il aille se coucher dans une couche spécifique, nous devons nous y coucher d’abord. Je vous laisse imaginer ce qu’il va vous falloir faire pour éduquer votre chiot.

Corine Gomez

References

  • Stanley Coren : https://www.psychologytoday.com/intl/basics/animal-behavior
  • Claudia Fugazza, Alexandra Moesta, Ákos Pogány & Ádám Miklósi (2018). Social learning from conspecific’s and humans in dog puppies. Scientific Reports, 8:9257 | DOI:10.1038/s41598-018-27654-0

 

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L’extra-socialisation des chiots : une nécessité démontrée

Une étude récente met en évidence, au travers de diverses expériences que l’extra-socialisation pour des chiots et jeunes chiens est « la cerise sur le gâteau » pour une adaptation, intégration à leur futur environnement.

Le Dr Zazie Todd a publié une étude basée sur les recherches de Helen Vaterlaws-Whiteside et Amandine Hartmann, intitulée «Améliorer le comportement des chiots en utilisant un nouveau programme de socialisation standardisé».

En résumé, cet essai qui s’adresse à ceux qui choisissent de partager leur maison et leur cœur avec un chien, traite de six portées de chiots faisant partie du programme d’élevage des chiens guides pour aveugles, qui ont participé à l’étude.

La moitié des chiots recevaient une extra-socialisation cinq jours par semaine pendant les six premières semaines de leur vie, comprenant des activités diverses telles que:

  • Des interactions répétées et intenses avec les humains et les animaux
  • Des stimulations visuelles, auditives et tactiles accrue: « caresser doucement le chiot avec les doigts, une serviette, des gants en caoutchouc, en examinant doucement les oreilles et les dents du chiot et en encourageant le chiot à faire des choses comme franchir un obstacle ou franchir une porte. Les chercheurs ont fait en sorte que le chiot soit à l’aise en toute circonstance. « 

Les chiots ont été évalués à l’âge de six semaines, puis à l’âge de huit mois. Dans l’ensemble, les chiots qui ont reçu une extra-socialisation, par rapport aux chiots qui ont reçu une socialisation normale, «ont obtenu de meilleurs résultats lors des tests à 6 semaines». Il a été montré qu’à 8 mois, ils étaient moins susceptibles d’avoir des comportements liés à la séparation, ou avoir une sensibilité corporelle.

Dans l’ensemble, «l’extra-socialisation a apporté des avantages importants pour leur bien-être comportemental en tant que jeunes adultes. Ces résultats seront particulièrement intéressants pour ceux qui élèvent et entraînent les chiens d’assistance, mais ils sont importants pour tous ceux qui se soucient des chiens. »

Selon les chercheurs eux-mêmes, « l’extra-stimulation spécifiquement étudié pour des chiots très jeunes, a permis de développer un contact physique accru, des défis mentaux et une interaction positive étendue avec les personnes étrangères à la portée. Cela explique également le comportement d’anxiété réduit et le comportement détendu lors des tests à huit mois. »

 

Etre bien socialisé aux autres chiens et aux humains est essentiel pour les chiots. Cette période est appelée la période sensible. La recherche classique faite par Drs. John Paul Scott et John Fuller, a démontré qu’il suffisait de deux périodes de 20 minutes de contact social par semaine pour produire des chiens socialisés.

Si PLUS c’est mieux, alors ne nous contentons pas du minimum.

La présente étude montre clairement que «plus c’est mieux» et que les chiots qui ont bénéficié de l’extra-socialisation sont d’avantage paré en termes de résilience et de qualité de vie. Les animaux de compagnie ont besoin de beaucoup plus que ce que nous leur donnons. Les effets positifs de l’extra-socialisation montrent que nous pouvons toujours faire plus pour les chiens dont nous sommes les responsables, les gardiens. C’est une situation gagnant-gagnant pour tous.

De nombreux chiens de compagnie sont plus stressés que nous ne le pensons dans un monde dominé par l’homme, et il est bénéfique pour eux de développer autant de résilience que possible, en essayant de s’adapter à nos modes de vie.

Je suis en faveur d’apporter aux chiens et à tous les autres animaux,  tout ce qu’il nous est humainement possible. Ne soyons pas avare de notre temps. Si nous endossons la responsabilité d’adopter un animal, c’est pour son bien, voire même pour son « meilleur ». Et son meilleur passe par une extra-socialisation, pour qu’il soit capable de s’adapter à toutes les circonstances sans sombrer dans l’anxiété ou la dépression.

Il n’y a rien de mal à faire plus pour les non-humains qui dépendent de nous. Nous sommes leurs lignes de vie et devons leur donner la meilleure vie possible. Montrons leur combien nous nous soucions d’eux et combien nous les aimons.

Corine Gomez
Comportementaliste

Réferences

  • Vaterlaws-Whiteside, H. et Hartmann, A. (2017). « Améliorer le comportement des chiots en utilisant un nouveau programme de socialisation standardisé. » Applied Animal Behavior Science, 197, 55-61. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2017.08.003
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Le Bien-être Animal à l’ISN

Le Centre Kami s’est rendu le 5 juin dernier à l’International School of Nice (ISN), avec une représentante des Chats du Mercantour, pour présenter le rôle de bénévole et des associations de la protection animale, ainsi qu’expliquer le comportement des animaux, devant 2 classes d’élèves âgés de 8 à 10 ans.

Lou, une élève de 10 ans, qui est déjà très investie et sensible à la cause animale, a eu l’idée de faire venir des associations de la protection et du bien-être animal dans l’enceinte de son école. Ainsi les Chats du Mercantour et le Centre Kami ont pu sensibiliser une quarantaine d’enfants de 8 à 10 ans sur le comportement des animaux, le respect et les bons gestes à avoir envers eux.

L’ISN est une école internationale et multiculturelle, qui a pour mission d’inspirer et de faire grandir les adultes de demain dans le respect de l’autre et de son environnement. Ce cadre ne pouvait qu’être en adéquation avec les valeurs que nous véhiculons.

Après avoir présenté nos activités respectives, nous avons pu évaluer les connaissances des enfants concernant la vie, les besoins et le comportement des animaux domestiques.

Tous les élèves ont manifesté un grand intérêt et des connaissances intéressantes. Leur enthousiasme s’est vu au travers de leur participation active : tous voulaient répondre au quizz.

Le Centre Kami a eu le privilège de leur décerner un certificat et le livret « Le Guide du Petit Comportementaliste » à chacun des élèves présents. Un excellent moment !

Nous remercions Johanna, la Directrice de l’ISN, qui nous a ouvert ses portes, ainsi que Lou qui a été à l’origine de cette jolie rencontre.

Le Centre Kami intervient dans les écoles, les centres aérés pour faire connaitre les animaux et leur comportement aux enfants. Des interventions à buts pédagogiques et éducatifs, sont dispensés aussi bien en français, qu’en anglais?

Les ateliers pour enfants, organisé par le Centre Kami, reprennent les fondements du comportement animal :

  • Comment un chien, un chat se comporte de façon innée ?
  • Quelles sont les interactions que j’ai avec lui, qui vont modifier son comportement ?
  • Que dois-je faire et ne surtout jamais faire ?
  • Comment mon chien, mon chat peut m’aider à bien grandir ?
  • Ce que j’apprend à mon chien, ce que mon chien m’apprend…
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Souhaitez-vous savoir ce que les chiens font, pensent et ressentent ?

« J’ai des émotions que tu peux comprendre en tant qu’humain, mais j’ai besoin que tu me comprennes en tant que chien. »

Vous voulez devenir un éthologue dans un parc à chien?

Rex arrive au parc canin. Il attend impatiemment que son humain ouvre la porte. Il franchit la barrière et se dirige immédiatement vers un rocher, lève sa jambe droite comme s’il était le « meilleur » des chiens, urine un jet régulier, gratte le sol vigoureusement, se dirige vers la clôture qui entoure le parc, relève sa jambe, projette un peu de pipi, puis regarde autour de lui pour voir qui d’autre est là, ou pour voir fièrement si quelqu’un l’a vu faire ça. C’est la routine de Rex. Cependant, après qu’il ait un peu regardé un peu la seconde fois, si Rex voit son ami Tony, il s’en va, court droit vers lui, fait quelques révérences, et les deux luttent, se mordent l’un l’autre, se poursuivent partout, se ruent sur d’autres chiens et bousculent presque les gens. Ils jouent aussi longtemps que leurs humains le leur permettent. Cependant, si Tony n’est pas là, et Rex regarde les autres chiens qui le regardent, il urine et gratte le sol à nouveau pour s’assurer qu’ils comprennent ce qu’il a fait. Et si un autre chien s’approche et renifle le pipi de Rex et urine dessus, Rex reviendra pour remettre ça dessus.

Cette description de Rex jouant et urinant, est un excellent exemple de ce que à quoi les notes de terrain ressemblent. En effet, les gens dans les parcs à chiens et ailleurs passent beaucoup de temps à observer et à commenter ces comportements. Dans les parcs à chiens, pour devenir éthologues, il faut se concentrer généralement sur le jeu, le pipi, le grattage du sol et les chiens qui observent les autres chiens. Ces comportements sont d’excellents outils pédagogiques car les individus peuvent être identifiés, ils peuvent être vus tout au long de la rencontre, et les actions sont claires et faciles à marquer. Il est également possible de connaître les différences de personnalité entre les chiens observés. Ce clip standard et ce genre d’interactions permettent d’apprendre à devenir de meilleurs observateurs. En principe, nous sommes toujours contents quand les avis se rejoignent sur ce que font les chiens et sur ce que les comportements signifient. Mais les divergences occasionnelles d’opinions sont également instructives. Les gens peuvent voir les choses différemment, et ces différences sont importantes à analyser.

Dans les parcs à chiens ou ailleurs, les gens sont souvent reconnaissants pour ces mini-leçons d’éthologie. Devenir un citoyen éthologue permet de « rentrer» dans la peau d’un chien et de se sentir vraiment plus proche d’eux. Ce sentiment est positif, car les chiens et les humains ne peuvent qu’en bénéficier.

Les chiens sont le rêve d’un éthologue

Lorsque nous observons attentivement les chiens, ce que nous apprenons est une histoire sans fin. Il y a toujours un élément de plus au puzzle expliquant pourquoi les chiens font ce qu’ils font. De plus, pour comprendre les chiens, il n’y a aucun substitut à une observation et à une description soigneuse. Pour les éthologues, observer les chiens dans tous les types d’environnement et de situation est essentiel pour générer des expériences, des modèles et des théories. Pour le compagnon humain d’un chien, observer de près votre propre chien est le meilleur moyen d’améliorer la qualité de vie de votre chien et de soulager le stress que tant de chiens endurent jour après jour.

Il est important de réaliser que pour apprendre ce que c’est que d’être un chien, nous devons, dans un certain sens, devenir un chien. Nous devons essayer d’adopter la perspective d’un chien, même si cela nécessite un saut imaginatif. Quand nous regardons les chiens et d’autres animaux, il est essentiel de voir selon leur propre angle de vision pour finalement comprendre leur point de vue ; de cette façon, nous, les observateurs, devenons les observés.

Pour comprendre ce qu’un chien pense et ressent, nous devons porter une attention particulière aux subtilités de son comportement, qui sont toutes importantes. Et il y a beaucoup de bonnes raisons d’apprendre autant que possible sur le comportement des chiens, y compris l’apprentissage de leurs douleurs potentielles.

Que font les éthologues ?

Les éthologues observent les animaux et posent des questions sur l’évolution et l’écologie des différents comportements. En termes plus élémentaires, l’éthologie c’est l’étude en détails de qui fait quoi à qui, combien de fois, quand et où. Beaucoup de psychologues s’intéressent également au comportement des chiens, mais ils ne prennent généralement pas une vision aussi large, écologique et évolutive du comportement.

Les éthologues se concentrent généralement sur les animaux en liberté plutôt que sur les animaux captifs. Certains chiens sont en liberté et nous pouvons apprendre beaucoup en les regardant, en notant où ils vont, avec qui, et dans quel but, quand aucun humain n’interfère avec leurs choix. Nous pouvons étudier les chiens sauvages tout comme nous étudions d’autres animaux sauvages. Cependant, nous pouvons également étudier les chiens de compagnie dans tous les contextes. Ce domaine d’étude s’appelle l’écologie comportementale des chiens parce que nous pouvons les observer et les étudier dans différentes niches écologiques, y compris dans les chemins où ils peuvent courir, parcs pour chiens, et dans nos maisons, en laisse et détachés, et au cours de leurs diverses interactions : avec d’autres chiens, avec des combinaisons de chiens et de personnes, avec des étrangers, et avec leur famille humaine. L’un des principaux avantages de l’étude des chiens de compagnie est qu’il est possible d’identifier des individus, de les voir interagir avec d’autres chiens identifiables, et de les observer au fil du temps. Quand on étudie d’autres animaux sur le terrain, il n’est pas toujours possible d’identifier les individus de manière fiable ou de les observer sur du long terme.

Il est essentiel de réaliser que le comportement n’est pas seulement quelque chose qu’un individu fait, mais c’est aussi quelque chose qu’un individu a de façon innée, des actions qui peuvent être mesurées. Les modèles de comportement qui perdurent avec le temps (ou entre générations) sont considérés comme des adaptations évolutives. Par exemple, l’arc de jeu est adaptatif car il fonctionne pour initier et maintenir une « ambiance de jeu». Ce geste a été exposé pendant de nombreuses générations, et chaque nouvelle génération continue à l’utiliser.

En pensant et en étudiant le comportement animal de cette manière, l’éthologue Konrad Lorenz a montré comment l’évolution peut influencer une grande variété de comportements, y compris les signaux utilisés pour communiquer la menace et la domination, ainsi que le jeu, parmi d’autres comportements. Auteur de « Man Meets Dog », Konrad Lorenz est souvent appelé le père de l’éthologie, et il est devenu célèbre pour avoir empreigné des canetons et des jeunes. L’importance considérable des recherches éthologiques a été soulignée en 1973 quand, avec Niko Tinbergen, souvent surnommé le curieux naturaliste, Karl von Frisch, pour son travail sur le language des abeilles, a reçu conjointement le prix Nobel de physiologie et de médecine.

Beaucoup de scientifiques qui considéraient leur propre travail comme une « vraie recherche» étaient assez irrités que ce prix sacré soit allé à trois camarades payés pour regarder des animaux. Quoi, créer des expériences de terrain ingénieuses pour étudier le comportement animal – et s’amuser à le faire – n’est pas une véritable recherche ? Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

Devenir un chien en parlant couramment le chien

Un éthologiste veut toujours en apprendre plus sur tout ce que font les chiens et pourquoi ils le font, comparer les individus d’une espèce à une autre et à faire des comparaisons inter-espèces pour essayer de comprendre pourquoi il y a des similarités et des différences.

En fin de compte, en devenant vous-même un éthologue, vous pouvez « devenir un chien», ou du moins obtenir une bonne approximation de ce que c’est que d’être un chien ; il s’agit de phénoménologie, un domaine qui met l’accent sur l’importance des expériences directes.

Les modèles d’interaction sociale. Il est important de noter que souvent, lorsque vous observez des chiens ou d’autres animaux, les différentes sortes d’interactions se brouillent terriblement vite. Parfois, il est simplement impossible de savoir qui a initié et qui a mis fin à une rencontre, et quand il y a plus de deux chiens, ou un chien et un humain, cela peut devenir un cauchemar très rapidement. Néanmoins, nous pouvons encore apprendre beaucoup de l’analyse des différents types d’interactions en utilisant cette matrice simple.

Destinataire
Initiateur Chien Humain
Chien 1 2
Humain 3 4

Au cours de votre parcours pour devenir éthologue, vous pouvez créer votre propre matrice ou un ensemble de matrices et remplir les chiffres pour toutes sortes d’interactions. C’est un exercice simple et amusant à travers lequel vous apprendrez beaucoup sur la personnalité de votre chien. Par exemple, est-ce un leader ou un suiveur, un joueur ou plus d’un solitaire ? Quels types d’interactions initient-ils, et quelles sortes de rencontres n’aiment-ils pas particulièrement et essayent-ils d’éviter ? Vous pouvez également découvrir s’ils préfèrent certains chiens plutôt que d’autres, s’ils passent une bonne ou une mauvaise journée, et comment leur comportement change au fil du temps avec des chiens familiers et inconnus et des humains dans différents contextes sociaux et physiques. La liste des choses que vous pouvez apprendre est longue, selon vos intérêts. C’est ce qui rend les chiens si excitants !

Comment mesurer le comportement

En devenant éthologue, vous apprendrez également que les types de données que vous collectez dépendent des méthodes que vous utilisez pour observer des individus ou des groupes d’animaux. Les éthologues essaient d’utiliser des critères et des mesures objectifs lorsqu’ils observent et analysent un comportement. Certaines de ces mesures comprennent :

  • La fréquence : C’est simplement le nombre de fois qu’un comportement est effectué.
  • Taux (fréquence / temps) : C’est un raffinement de la fréquence, en ce que les facteurs de taux dans le temps ou la durée. À quelle fréquence un chien a-t-il un comportement particulier pendant une période donnée ?
  • Intensité : Il est difficile de mesurer l’intensité (ou la concentration) lorsqu’on observe des individus, de sorte que certains chercheurs utilisent souvent ce qu’on appelle l’indice de distraction. A savoir, est-ce difficile d’empêcher un animal de faire quelque chose ? Ainsi, par exemple, quand un chien se promène avec le nez coincé au sol, il est parfois presque impossible d’attirer leur attention. L’intensité est une mesure subjective, mais elle peut être rendue un peu plus objective en mesurant la force d’une odeur, l’intensité du bruit requis et le temps qu’il faut pour attirer l’attention de l’individu.

Construire un éthogramme, ou un menu de ce que font les chiens

La façon la plus simple de devenir un chien ou un autre animal est de passer du temps à les regarder. Il est incroyablement instructif de simplement les observer courir librement, ou presque, comme dans les parcs à chiens et sur les sentiers où ils sont autorisés à courir et à explorer par leurs propres moyens. Cependant, l’observation des chiens pendant qu’ils marchent attachés par une laisse à un humain fournit également des données. Et, il est presque aussi important de regarder les gens qui sont avec les chiens. Le résultat de ces observations serait une liste de modèles de comportement appelés un éthogramme. Cette liste est juste cela, un menu descriptif de ce que les chiens et les humains font sans interprétation ou explication de pourquoi ils le font. Les actions peuvent être décrites par leurs caractéristiques physiques – à quoi elles ressemblent – telles que les postures, les gestes, les expressions faciales et la démarche, ou par leurs conséquences, telles que l’orientation d’un individu vers des objets ou des individus dans l’environnement, qui conduisent à l’accomplissement d’une tâche ou à un résultat.

Développer un éthogramme, ou un menu de ce que font les animaux, est la partie la plus importante d’une étude comportementale. C’est une grande expérience d’apprendre comment les animaux agissent. Certains modèles de comportement comprennent l’approche d’un chien à d’autres chiens (vitesse et orientation); la morsure dirigé vers différentes parties du corps; intensité mordante (inhibée et douce, ou dure et accompagnée d’une secousse de la tête ou non); rouler dessus; se tenant sur; le menton au repos, le jeu sollicitant; auto-jouer; uriner et la posture utilisée; cacaoyer; grondement; aboiement; gémissements; approcher et se retirer; pawing dirigé vers différentes parties du corps; position de l’oreille; position de queue; démarche; etc.

« Alors, que faire de toute cette recherche éthologique pour moi et mon chien ? »

Permettez-moi de terminer en considérant une question : « Alors, qu’est-ce que toute cette recherche éthologique fait pour moi et mon chien ? » Il est important de sortir de notre tour d’ivoire et d’entrer en piste. Trop de chercheurs et d’éducateurs canins observent les chiens dans un système type « laboratoire » ou quand les chiens sont au travail, mais ils doivent aussi aller dans des endroits où les chiens sont promenés et autorisés à courir librement. Les parcs pour chiens sont d’excellents endroits pour étudier le comportement des chiens.

Il est également important de se référer à la science citoyenne dans la recherche sur les chiens et entendre ce que les autres pensent des chiens que nous observons ensemble. La science en général, et l’éthologie des chiens en particulier, ne pourront être améliorées et croître grâce aux efforts des scientifiques citoyens. Brian Hare, expert en chiens de l’Université Duke, mentionne : «À l’avenir, les scientifiques citoyens produiront des ensembles de données utiles qui testeront les hypothèses et répondront aux questions en complément des techniques de laboratoire conventionnelles utilisées pour étudier la psychologie canine. »

En fin de compte, notre objectif commun est d’utiliser ce que nous savons pour rendre la vie des chiens, avec qui nous partageons nos maisons et nos cœurs, la meilleure possible. Je suis également sûre que pendant que nous surveillons les chiens, ils nous observent attentivement et apprennent notre comportement. Eux aussi ont besoin d’apprendre sur le comportement de leurs humains et d’autres humains afin de mieux s’adapter à notre monde.

Dans «Learning to Speak Dog Part 4: Reading a Dog’s Body », il est mentionné: «Étudier le comportement d’un chien et les observer interagir avec le monde, peut être un spectacle fascinant, surtout si vous savez ce qu’il faut rechercher. Cela peut être utile pour apprendre à lire le langage corporel de votre chien, le comprendre et avoir une idée de ce qu’il ressent, de son humeur et de ce qu’il essaie de dire, il vous aidera à éviter les problèmes potentiels et à diffuser ceux qui existent déjà. Cela peut vous aider à mieux vous connaître, et vous apprendrez une nouvelle langue. « 

20160921_164514Je ne pourrais pas être plus d’accord. En apprenant sur le comportement des chiens et en parlant couramment le chien, vous aiderez le chien ou les chiens avec qui vous vivez à profiter pleinement de la vie. En outre, ces informations peuvent être utilisée pour améliorer vos relations avec votre chien et d’autres – un gagnant-gagnant.

Prenez part aux discussions sur la fascinante vie sociale, cognitive, émotionnelle et morale des chiens. De nombreuses recherches sont menées dans le monde entier, et presque chaque semaine, nous en apprenons davantage sur le comportement de nos compagnons canins et sur leurs motivations, ce qu’ils savent et ce qu’ils ressentent, comment fonctionnent leurs sens et leurs cerveaux, et comment ils négocient leurs mondes sociaux, y compris leurs interactions avec d’autres chiens et humains.

Corine Gomez

Revue d’Article – Marc Bekoff

References

  1. Bekoff, Marc. Canine Confidential: Why Dogs Do What They Do. Chicago: University of Chicago Press, 2018.
  2. Also see: Canine Confidential: Why Dogs Do What They Do and Mark Derr’s An Eminent Ethologist Elucidates Dogs
  3. Stewart, Laughlin et al. Citizen Science as a New Tool in Dog Cognition Research.” PLoS One, 2015. 
  4. Learning to Speak Dog Part 4: Reading a Dog’s Body : https://thelabsand.co/learning-to-speak-dog-part-4-reading-a-dogs-body/
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Walking Dog : en marche pour l’adoption

Dimanche 29 avril dernier, plusieurs associations de protection animale se sont mobilisées pour présenter une trentaine de chiens, de toutes races et de tout age, sur la promenade de Cagnes-sur-Mer (06).

Ces chiens sont en famille d’accueil, en refuge, et ont un point commun : ils recherchent une famille pour y vivre et y vieillir heureux. 

Le Centre Kami s’est joint à Aide et Sauvetage aux Animaux 06 pour faire provoquer le coup de foudre en présentant Kimi.

Kimi, une chienne de 1 an seulement et qui pourtant, a connu bien des déboires. Kimi a été trouvée attachée à un poteau à Nice Cimiez, livrée à elle-même. Les bénévoles ont été choqué par la dé-pilosité de son dos et ses flancs et de ses pattes arrières, l’état de sa peau couverte d’eczéma allergique, mais aussi ses mamelles gonflées et pleine de lait.  Tout cela sous-entendait  des chiots qui n’étaient pas là. Les bénévoles de l’association No Name ont fait un travail d’investigation énorme. Ils ont découvert que la chienne avait eu 4 chiots et n’ont pu en retrouvé qu’un. Le chiot a été rendu à sa maman. Kimi a manifesté tellement de joie en retrouvant un de ses petits. Elle, jeune primipare, à qui on a arraché l’essence de sa vie.

kimi & taiko

Kimi et Taïko ont donc défilé dimanche dernier pour trouver une famille. Mais des histoire comme celle là, il y en a tant.

On peut aussi parler de Shams, de LRoy, de Bahia, de Léo, de Boyka, et des dizaine d’autres chiens qui attendent dans les refuges des Alpes Maritimes, de PACA, de France…

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Et puis il y a les jolies histoires : Celle de Nestor, qui était en pension depuis longtemps. il devait participer à la marche, mais personne pour l’y amener. Une famille a décidé d’aller le chercher la veille pour assurer sa présence lors de la marche et maximiser ses chances d’être adopté. Finalement, la famille a juste craqué pour Nestor, un chien Porcelaine mâle, et l’a finalement adopté. Pour Nestor, cette initiative a été un miracle.

Pour Bordon, un grand gaillard croisé border collier, l’issue a également été favorable. Une personne, qui suivait la marche, a eu le coup de  foudre et a décidé de l’adopter.

D’autres promesses d’adoptions ont été faites. Bien évidemment, voir les chiens marcher, relax, heureux, c’est plus sympa que derrière des barreaux…

Tant de superbes chiens cherchent une famille… n’achetez pas… adoptez.

Un grand merci aux organisateurs : des personnes au grand cœur qui oeuvre tous les jours pour les supers loulous.

Un grand merci à la photographe : crédit photos: Victoria Weckmann

Retrouvé les articles de presse se référant à l’événement :

Prochaine étape : « Walking Dog » à Cannes en Juin : les organisatuer ont été solliciter par Monsieur le Maire de Cannes pour renouveler l’expérience sur la Croisette… en fin de  journée.

Une initiative qui pourrait être reprise de partout en France !

Et n’oubliez pas : Kimi vous attend. Contactez nous par email

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Les chiens pensent et planifient pour l’avenir ?

Revue d’article de Mark Bekoff – Publié le 28 déc. 2017

Un essai du Dr Stanley Coren intitulé « Les chiens pensent-ils et planifient-ils pour l’avenir ? » soulève des questions très intéressantes sur les capacités cognitives des chiens. Bon nombre de personnes répondent spontanément : «Bien sûr qu’ils le font, comment pourraient-ils survivre dans leurs mondes sociaux exigeants ? ». D’autres témoignent qu’il suffit de les regarder pour avoir la réponse, tandis que d’autres notent que si des oiseaux et d’autres animaux le font, alors pourquoi pas les chiens ?

Combien d’entre vous pourraient relater des histoires sur la façon dont votre chien vous a conduit à un ballon ou à un autre jouet, coincé sous un lit, un meuble, dans le but de le récupérer pour continuer à jouer avec?

Le Dr Coren fournit de bons exemples qui soutiennent que les chiens pensent et planifient pour ce que nous pouvons considérer comme l’avenir. Certes, ses propres histoires et ainsi que d’autres, ne sont pas des données scientifiques à proprement dites, mais de simple observations. Sa conclusion est, qu’il est difficile d’interpréter le comportement des chiens autrement que de penser que leurs agissements impliquent une sorte de planification et d’anticipation des événements futurs.

L’essai du Dr Coren et certains témoignages font réfléchir sur les attentes et les demandes de nos chiens. Voici quelques observations et données à méditer qui montrent que les chiens pensent et planifient pour l’avenir. Certaines études se concentrent sur les interactions sociales entre chiens et entre les chiens et les autres animaux, y compris les humains. Ces études basées sur les observations – souvent appelées « science citoyenne » – prises dans leur ensemble, sont des données qui peuvent mener à des études plus systématiques de cette question intrigante. Il a été soutenu avec succès que la science citoyenne peut jouer un rôle important dans la production de recherches détaillées sur les chiens et autres animaux.

Le pillage de gamelle en faisant croire que quelqu’un est à la porte d’entrée

Voici un exemple élaboré de réflexion et de planification pour parvenir à une fin. Il a été rapporté à de nombreuses reprises par des foyers qui ont au moins deux chiens : Joe et Sam, deux chiens, sont nourris en même temps dans des gamelles séparées. Joe vide sa gamelle en un éclair et essaie de voler la gamelle de Sam, en mettant le museau dedans. Mais cela ne fonctionne pas. Alors Joe court en aboyant, à la porte d’entrée comme si quelqu’un était là. Sam, alors le suit pour accueillir le nouvel entrant, laissant la gamelle disponible pour Joe, qui la pille allègrement. Dans certains cas, Sam, ou d’autres chiens dont la nourriture a été volée, apprennent de leur erreur et ne se laissent plus être dupés. Mais, quand la courbe d’apprentissage très lente, alors les «chiens Joe» peuvent les duper souvent. Il apparait clairement que les «chiens Joe» pensent et planifient pour l’avenir et que les «chiens Sam» doivent affiner leurs propres compétences cognitives pour ne pas continuer à se laisser berner.

Anticiper les promenades de routine

Un autre exemple, soulevé par le Dr Coren, est que les chiens savent quand ils vont promener, et quand cela ne va pas se produire. Ils s’habituent à une certaine routine. Il existe de nombreux témoignages sur des chiens qui comprennent quand ils vont promener et quand cela ne va pas se produire. Alors ils vont tout faire pour que leurs humains changent d’avis et finissent par capituler avec une promenade. Ce qui pourrait signifier que les chiens ne pensent pas à l’avenir. S’ils ne pensent pas à l’avenir, alors à quoi ils pensent ?

Jeu social

J’ai connu 2 chiens – Skunk, un bull terrier femelle, et Ugo, un mélange de labrador et groenendael, mâle – qui étaient clairement les meilleurs amis et aimaient jouer ensemble. Quand Skunk entendait prononcer le nom de Ugo, elle savait qu’elle allait le retrouver et semblait déjà toute excitée avant même de l’avoir vu. Dès que nous sortions nous promener, elle tiraient sur son harnais, les pates avant presque décollées du sol, le fouet agité de façon vive et incessante, et là elle regardait dans tous les sens, et vérifiant s’il était là en soulevant la tête et en reniflant l’air. Dès qu’elle le voyait alors là, c’était une succession d’aboiements, de cris de joie jusqu’à ce qu’elle puisse se jeter sur lui et l’embrasser. Ensuite, ils jouaient ensemble comme s’ils étaient les deux seuls chiens au monde.

Une chose intéressante se produisait les jours où Ugo ne montrait pas. Son nom n’étant pas prononcé, Skunk semblait savoir qu’il ne viendrait pas. Skunk était capable de savoir que lorsque nous mentionnions Ugo, son meilleur ami allait venir et faisait une démonstration de joie, avant de le voir. Elle anticipait la venue de Ugo, à l’écoute de son nom. Clairement Skunk était capable de penser à l’avenir.

Un autre exemple de réflexion et de planification concernant le comportement social : Lorsque les chiens exécutent des signaux d’invitation au jeu, leurs actions changent la signification des comportements qui sont généralement perçus autrement dans d’autres contextes, tels que mordre et secouer la tête, se heurter avec une vitesse et une force raisonnable et le chevauchement, par exemple. Les chiens qui jouent, savent que ces signaux sont « tout en jeu ». Ils réfléchissent et planifient en fonction du jeu futur. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le jeu n’atteint que très rarement des rixes. Les chiens et autres animaux affinent également leur stratégie de jeu, en fonction de leur expérience de jeu passé. Il semble également probable que les chiens ont ce que l’on appelle une théorie de l’esprit qui se manifeste quand ils jouent socialement et savent ce que les autres pensent et ressentent, et peuvent prédire ce qu’ils sont susceptibles de faire dans le futur. Le Dr Coren note également à quel point la prédiction est importante pour les chiens et autres animaux.

Le Frisbee

chien-frisbee

Considérons également les chiens jouant au frisbee, comme Ari dans la photo d’accompagnement. Certains chiens sont des joueurs de Frisbee experts et sont capables de suivre un plateau volant et de comprendre comment ce plateau va commencer à descendre et où il sera à la bonne hauteur pour qu’ils l’attrapent. Certaines personnes soutiennent que cette capacité est instinctive et que les chiens utilisent une «arithmétique instinctive», semblable aux joueurs de champ, sachant où une balle de baseball atterrira dans leur gant en suivant sa trajectoire.

Cependant, il y a beaucoup de bons exemples de chiens qui apprennent à jouer au frisbee qui montrent clairement qu’ils apprennent à réfléchir et à planifier pour l’avenir, et différentes méthodes d’enseignement qui montrent que ce n’est pas aussi difficile que certains le prétendent. Une compétence difficile à apprendre.

L’entrainement du chien

Un autre exemple de chiens qui réfléchissent et planifient pour l’avenir se concentre sur la formation des chiens elle-même. Certains éducateurs entraînent les chiens à réfléchir aux conséquences futures de leurs actions, et surtout celles qu’ils ne doivent pas faire, raison fondamentale pour laquelle ils doivent être formés. On parlera notamment des chiens guide d’aveugle, qui ont une approche et une cognition particulièrement développé dans ce sens.

Si certains chercheurs persistent à chercher l’explication la plus simple et la plus parcimonieuse pour tous les types de comportements, en soutenant que les modèles instinctifs câblés prédominent dans de nombreuses sortes de rencontres sociales et non sociales, il est impossible de croire que tout ce que font les chiens ou les autres animaux est exclusivement conduit dans ce sens.

« Se baser sur les principes de base de ce que nous savons sur les chiens nous amènerait à croire qu’ils doivent avoir une capacité de réflexion du futur. Du point de vue de l’évolution, les chiens et leurs cousins ​​sauvages devaient avoir une idée de l’avenir pour devenir des chasseurs à succès. Vous ne pouvez vraiment pas espérer chasser un autre animal à moins que vous ne puissiez anticiper ce qu’il va faire ensuite, et après tout, penser à l’avenir. » Dr Coren

En outre, les chiens sont des animaux sociaux. L’essence des interactions sociales et des communications est, qu’un individu doit être capable de prédire les effets que son comportement aura sur le comportement d’autres individus. Cela apparaît particulièrement dans certaines recherches récentes qui cherchent à savoir si les chiens sont capables de se livrer à la tromperie ou au mensonge. Les tentatives de tromper un autre individu indiquent une pensée future. L’idée est que toute forme de mensonge ou de tromperie implique des processus de pensée.

Ne sous-estimons pas ce que les chiens sont capables de faire.

Dans le livre « Species of Mind », Colin Allen et Mark Bekoff ont soutenu que les explications cognitives, qui font appel à la pensée et à la planification, peuvent être des explications simples et ne reposent pas sur tout ou presque, surtout si elle se repose sur les prévisions de situations sociales et non sociales dans lesquelles un individu va se trouver. Ainsi, la capacité des chiens à prédire le comportement des autres, tout comme le vol d’un Frisbee, pourrait facilement dépendre de sa capacité à raisonner et à établir des prédictions. Il y a peu de raisons de douter que les chiens et les autres non-humains ont des attentes pour les choses à venir.

La science citoyenne et la recherche dans le domaine de la cognition et de la planification par les chiens et autres animaux sont des terrains, nous l’espérons, fertiles. Une quantité incroyable de données comparatives sur la vie cognitive et émotionnelle des animaux non humains montre à quel point il est trompeur de sous-estimer ce dont les chiens et les autres animaux sont capables.

Corine Gomez
Comportementaliste

Références

 » Dogs Think About and Plan For the Future, Don’t They? » – Mark Bekof :

Canine Confidential: Why Dogs Do What They Do, « The Power of Play: Dogs Just Want to Have Fun, » « Dog Play Is Socially Contagious and Now We Know Why, » « How and Why Dogs Play Revisited: Who’s Confused?« , « What’s Happening When Dogs Play Tug-of-War? Dog Park Chatter, » « Theory of Mind and Play: Ape Exceptionalism Is Too Narrow, » « Chimps Seem to Know What Others Know—So Do Dogs at Play, » « Get Down and Dirty With Your Dog: Bow, Hug, and Tug, »

Les gens s’inquiètent souvent que le jeu escalade en combats. Les données montrent que le jeu ne dégénère que rarement en agression. Par exemple,  Shyan, Fortune, and King (2003) rapporte que moins de 0,5% des jeux de combats chez les chiens se sont transformés en conflits, et seulement la moitié de ces combats étaient clairement agressifs. Leurs données sont en accord avec les observations de coyotes sauvages et de chiens en liberté.

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« Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? » – essai de Marc Bekoff

Les discussions sur le suicide des animaux soulèvent de nombreuses questions fascinantes.

Que savons-nous vraiment du suicide chez les animaux non humains et de leur conception de la mort ?

« Bien que les histoires d’animaux suicidaires soient anecdotiques, ce qui compte, c’est qu’elles sont parfaitement plausibles du point de vue de la science contemporaine (Preti 2011a, p.819). Ainsi, même si nous ne pouvons pas actuellement prouver qu’un animal s’est effectivement suicidé, il existe un nombre croissant de preuves indiquant que cette possibilité ne peut pas être exclue par principe.- David M. Peña- Guzmán, 2017 »

De récentes discussions, sur le fait de savoir si les animaux non-humains se suicident, soulèvent de nombreuses questions fascinantes et majeures sur ce qu’ils savent de leur propre mort et de celle des autres. Dans l’excellent essai du Dr Jessica Pierce intitulé « Un nouveau regard sur le suicide des animaux », elle mentionne : « Bien que beaucoup de gens s’empressent d’écarter la question . Les animaux peuvent-ils se suicider? Aussi stupide et aussi fantastiquement anthropomorphe, nous devrions nous arrêter et réfléchir sérieusement à la question. » Son article m’a permis de recevoir quelques emails sur cette possibilité. Deux étaient écrits comme suit: «Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir? » et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous? »

L’essai du Dr Pierce a été motivé par un article du philosophe David Peña-Guzmán, qui a suscité la réflexion : « Les animaux non humains peuvent-ils se suicider? » Dans l’essai, il conclut qu’il y a des raisons scientifiques et philosophiques qui soutiennent l’idée que les non-humains peuvent être source d’automutilation et de leur propre mort. Il écrit :

« Beaucoup de gens croient que seuls les humains ont les capacités cognitives et comportementales nécessaires pour un comportement suicidaire, comme la subjectivité réflexive, le libre arbitre, l’intentionnalité, ou la conscience de la mort. Trois contre-arguments basés sur (i) les émotions négatives et les psychopathologies chez les animaux non-humains, (ii) la nature du comportement autodestructeur et (iii) le problème de la fidélité au modèle dans la recherche sur le suicide – suggèrent que les comportements autodestructeurs et autodestructeurs parmi les animaux humains et non humains varient le long d’un continuum. »

Quelque chose doit émaner de l’exceptionnalisme humain

Le raisonnement du Dr. Peña-Guzmán est en accord avec les idées de Charles Darwin sur la continuité évolutionniste qui soulignent que dans de nombreux contextes, les différences entre les membres de diverses espèces, sont des différences de degré plutôt que de type. Ce sont des nuances de gris, plutôt que de fortes différences entre les noirs et les blancs, ce qui signifie que nous devons garder l’esprit ouvert sur les capacités cognitives et émotionnelles des autres animaux et sur leur ressemblance avec les nôtres. L’ esprit animal et la manie de l’Exceptionalisme Humain « .

En ce qui concerne l’unicité et la supériorité humaines supposées, le Dr Peña-Guzmán écrit:

« On pourrait faire valoir que dans le cas des sciences animales, ce biais se manifeste principalement comme un biais anti-confirmation qui nous incline à être hyper-sceptique des idées qui remettent en question notre croyance en notre unicité et notre supériorité présumées. Dans notre esprit, de telles idées ne sont jamais confirmées – peu importe le soutien qu’elles peuvent avoir. Ce parti pris met les chercheurs suicidaires dans une double contrainte puisqu’ils doivent prendre position sur la question de savoir si le lien entre les émotions négatives et les comportements autodestructeurs existe aussi bien chez les humains que chez les animaux non humains … »

Je suis d’accord à 100% avec les docteurs Peña-Guzmán et Pierce, concernant leur conclusion, selon laquelle nous devons garder l’esprit ouvert sur la question de savoir si oui ou non les non-humains se suicident. En Juillet 2012, j’ai écrit un essai intitulé « Did a Female Burro Commit Suicide? » basé sur une histoire que m’a racontée Cathy Manning au sujet d’une ânesse qui semblait vouloir se suicider après avoir donné naissance à un bébé avec un bec de lièvre qui ne respirait pas. Le bébé ne pouvait pas être ranimé et Cathy regardait la mère marcher dans un lac et se noyer.

« Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? » et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous ? « 

Parmi les emails que j’ai reçus, j’en ai sélectionné deux, parce qu’ils soulèvent des questions profondément importantes qu’il est très difficile de répondre avec certitude, étant donné ce que nous savons actuellement. Les autres questions que j’ai reçues pourraient être facilement regroupées dans ces deux requêtes générales.

Concernant les questions : « Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? » et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous ?  » Je ne sais pas, et je ne suis pas sûr que quelqu’un d’autre le sache non plus. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas le cas, mais je ne connais aucune recherche qui montre de façon concluante ce qu’il en est. Lorsque j’ai parlé à quelques personnes de ces possibilités au cours des dernières années, on me refuse des réponses claires tel un « oui » définitif ou un « non » définitif. Vivre dans cette troublante zone d’incertitude – peut-être qu’ils le savent et peut-être pas – me fait garder l’esprit ouvert sur les capacités cognitives et émotionnelles des non-humains, qui peuvent s’informer de leur propre disparition et de ce qu’ils savent quand d’autres sont morts et ne reviennent pas. Cela me garde éveillé la nuit parfois, et je me demande qui sont les autres animaux et que savent-ils vraiment sur ces choses qui se passent dans leur vie fascinante.

Quand on me pousse à donner des réponses plus définitives, je me retrouve à répondre : « Je ne pense pas qu’un animal non-humain se demande si sa vie finit comme celle des humains. » Mais je qualifie immédiatement cette déclaration en disant clairement : « Je ne sais vraiment pas et je ne pense pas que quelqu’un d’autre le sait en ce moment. » Et, je ne pense pas non plus qu’un non-humain est conscience de la mort d’un autre individu, mais le mot clé ici est « penser ».

Cette zone grise d’incertitude – peut-être qu’ils le savent et peut-être qu’ils ne le savent pas – ne disparaît pas.

Ainsi, les humains sont-ils exceptionnels parmi les mammifères et les autres non-humains en ayant un concept plus développé de leur propre et de la mort d’autres. Je sais cependant que beaucoup de non-humains souffrent et pleurent la perte des autres individus, mais je ne sais pas s’ils savent que les défunts sont partis pour toujours.

Ce que les autres animaux pensent et ressentent lorsqu’ils sont profondément attristés lorsqu’un autre animal meurt n’est pas clair, mais il est évident qu’une grande variété d’animaux subit la perte de leur famille et de leurs amis. L’histoire de Cathy au sujet de l’ânesse qui s’est noyé, et d’autres, dont certaines sont discutées par le Dr Peña-Guzmán, m’a fait repenser la question de savoir si les animaux se suicident et j’espère que ces histoires et d’autres porte pour une discussion éclairée et une recherche comparative sur cette possibilité intrigante. Nous devons prêter une attention particulière aux histoires qui ont un thème commun, et espérons qu’elles stimuleront davantage de recherches dans un domaine donné. Nous devons également réfléchir davantage à la question de savoir quand une différence de degré devient une différence de nature, mais c’est un sujet épineux pour les futurs essais.

Je suis profondément redevable aux Drs. Peña-Guzmán et Pierce pour avoir écrit leurs réflexions et pour leur ouverture d’esprit en matière de suicide animal. Je suis également reconnaissant à ceux qui prennent au sérieux ces questions sur le suicide des animaux et qui gardent l’esprit ouvert. Quand j’étudie attentivement ce que nous savons du suicide animal et ce que les non-humains savent de leur propre mort et de celle des autres, je pense qu’il est trop tôt pour répondre aux questions : « Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous? » Je suis tout à fait d’accord avec le Dr Pierce quand elle écrit : « Bien que beaucoup de gens s’empressent d’écarter la question : les animaux peuvent-ils se suicider ? aussi stupide et aussi fantastiquement anthropomorphe, nous devrions nous arrêter et réfléchir sérieusement à la question. »

Restez à l’écoute pour plus de discussions sur la vie cognitive et émotionnelle des animaux. Il y a encore beaucoup à apprendre, et il ressort clairement d’une bonne partie de la recherche comparative détaillée sur d’autres animaux. Car nous ne sommes pas seuls à avoir développé des compétences cognitives et des émotions complexes et sophistiquées.

Marc_and_JethroEssai de Mark Bekoff – Publié le 08 Jan 2018

Article original: « Do Animals Really Know They’re Gonna Die? » [https://www.psychologytoday.com/blog/animal-emotions/201801/do-animals-really-know-theyre-gonna-die]

Ce post est en réponse à la publication du Dr Jessica Pierce « A New look at animal suicide » (un nouveau regard sur le suicide des animaux)

Reférences:

  1. Dr Jessica Pierce :  “A New Look at Animal Suicide” [https://www.psychologytoday.com/blog/all-dogs-go-heaven/201801/new-look-animal-suicide]
  2. Dr Peña-Guzmán : « Can nonhuman animals commit suicide? » [http://animalstudiesrepository.org/cgi/viewcontent.cgi?article=1201&context=animsent
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La vie dans l’ère de la Compassion, de la Liberté et de la Justice pour Tous

La coexistence dans l’Anthropocène et au-delà repose sur la compassion pour tous les êtres
Marc Bekoff – Article Publié le 31 déc. 2017 – Psychology Today.

Pour Noël, j’ai demandé au Père Noël de m’apporter le dernier livre écrit par Mark Bekoff et Jessica Pierce, « The Animals’ Agenda -Freedom, Compassion and Coexistence in the Human Age ». Le Père Noël a exhaussé mes vœux. Il me semblait important de le partager, car c’est un plaidoyer en faveur des animaux qui se doit d’être entendu. C’est une œuvre qui se doit d’être lu pour ceux qui veulent plus de moralité et de justice pour les animaux, humains et non-humains. Et je suis tombé sur cet essai qu’a écrit Mark Bekoff. Qui mieux que lui, peut ainsi se résumer lui-même.

Compassion et justice pour tous

« Nous avons besoin d’un autre concept, plus sage et peut-être plus mystique, des animaux. Loin de la nature universelle et vivant par artifice compliqué, l’homme dans la civilisation sonde la créature à travers le verre de sa connaissance et voit ainsi une plume magnifiée et toute l’image en distorsion. Nous les patronnons pour leur inachèvement, pour leur tragique destin d’avoir pris formes diverses si loin en dessous de nous. Et là nous nous trompons. Car l’animal ne doit pas être mesuré par l’homme. Dans un monde plus ancien et plus complet que le nôtre, ils se meuvent de manière achevée et complète, dotés de l’extension des sens que nous avons perdus ou jamais atteints, vivant par des voix que nous n’entendrons jamais. Ils ne sont pas frères, ils ne sont pas des subalternes : ce sont d’autres nations, prises avec nous-mêmes dans le filet de la vie et du temps, compagnons de captivité de la splendeur et du travail de la terre. » Henry Beston, The Outermost House: Une année de vie sur la grande plage de Cape Cod

Nous vivons tous dans l’Anthropocène, souvent appelé « l’âge de l’humanité », en réalité, il est plus correct de l’appeler « la rage de l’inhumanité », une époque où nous perdons des espèces animales non-humaines et leurs maisons à des taux sans précédent. Quelque chose doit être fait maintenant pour arrêter ces pertes horribles. Un moyen de favoriser la coexistence entre les non-humains et les humains, est d’arrêter d’utiliser d’autres animaux au service des humains. Nous devons travailler dur pour la liberté et la justice pour tous.

La citation ci-dessus d’Henry Beston, est l’un de mes favoris de tous les temps*. J’y vais constamment car cela en dit long sur les autres animaux et sur nos relations avec eux. Premièrement, nous voyons effectivement les autres à travers nos propres sens, mais nous savons que les autres animaux ne perçoivent pas le monde comme nous le faisons. Donc, nos opinions sont, en effet, déformées. Nous les patronnons aussi pour ne pas être comme nous, pour ce que nous percevons comme leur incomplétude, comme si nous, nous étions complets. Cette fausse représentation permet à certaines personnes de placer d’autres animaux au-dessous de nous sur une échelle évolutionnaire mythique. Ils sont considérés comme des êtres « inférieurs », un mouvement qui se traduit par un mauvais traitement rampant et un abus flagrant. Comme le dit Beston, « Et nous nous trompons« , car nous ne devrions pas être le modèle par rapport auquel nous mesurons d’autres animaux. J’aime aussi comment il considère les autres animaux comme « d’autres nations», car cela nous demande de les considérer comme les êtres qu’ils sont, pas comme ce que nous voulons qu’ils soient. Et sûrement, d’autres animaux sont pris dans le « travail de la terre », captifs de tout ce que nous voulons qu’ils fassent et de qui nous voulons qu’ils soient. Comme nous l’avons vu, cela crée beaucoup de stress, de douleur, de souffrance et de mort, alors qu’ils tentent de s’adapter à un monde dominé par l’homme. De plus, juste parce qu’un individu est « sauvage », il n’est pas nécessairement libre.

the animals'agendaLes humains s’engagent dans des relations intimes et nécessaires avec d’autres animaux, et dans la plupart de ces interactions, nous détenons le pouvoir. Mais le pouvoir n’est pas une droit pour la domination ou l’abus. Tenter d’imaginer un monde sans interactions homme-animal, est à la fois absurde et triste, surtout depuis que nous avons évolué ensemble. Mais pouvons-nous imaginer et créer un monde dans lequel nos interactions avec les animaux sont plus respectueuses de leurs propres besoins et intérêts?

Nous pensons que la réponse à cette question est un oui retentissant ! Cependant, travailler pour un tel monde exigera que nous arrêtions d’utiliser la science et l’arrogance centrée sur l’humain comme outils de la violence contre d’autres animaux. Nous devons aller au-delà du welfarisme.

Où va la science du bien-être ? Le vortex welfariste

La science du bien-être animal est en pleine croissance et s’est fermement développée en un domaine de recherche internationalement reconnu. Mais où est-ce exactement ? D’une part, il y a eu des changements positifs au nom des animaux. En mars 2016, la Chine a publié ses premières lignes directrices pour le traitement plus humain des animaux de laboratoire. Le Congrès des États-Unis a adopté des modifications à la Toxic Substances Control Act, dont l’Environmental Protection Agency doit réduire et remplacer les tests sur les animaux, où des alternatives scientifiquement fiables sont disponibles. Le comité de rédaction du New York Times a appelé le Pentagone à mettre un terme à l’utilisation d’animaux vivants dans l’entraînement au combat. Le zoo de Buenos Aires ferme ses portes après 140 ans, invoquant la raison pour laquelle la détention d’animaux sauvages en captivité est dégradante. L’Iran a interdit l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques, et au moment de la rédaction de ce rapport, 42 compagnies aériennes ont adopté des interdictions d’expéditions de trophées-animaux sur leurs transporteurs.

Nous reconnaissons que ce sont des mouvements positifs; Cependant, la science du bien-être animal nécessitera des changements plus profonds. Et au fil du temps, nous accumulons des données plus précises sur les désirs et les besoins des animaux. Donald Broom et Andrew Fraser, deux des plus grands chercheurs en bien-être au monde, écrivent: «Notre connaissance de. . . les indicateurs de bien-être se sont rapidement améliorés au fil des années, les chercheurs ayant étudié les effets des conditions difficiles sur les animaux. « . Les concepts de bien-être ont été affinés et les méthodes d’évaluation développées, développées, condensées. Nous avons une bonne liste de choses qui «défient» les animaux: exposition à des agents pathogènes, dommages tissulaires, attaque ou menace d’attaque, compétition sociale, stimulation excessive, manque de stimulation, absence de stimulus clés, et l’incapacité de contrôler leurs environnements.

En plus de ces données, la notion des Cinq Libertés semblent évoluer conceptuellement. Par exemple, David Mellor, du Centre de science et de bioéthique du bien-être animal de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande, a proposé un changement de terminologie aux «cinq domaines». Le modèle des domaines aborde certaines faiblesses des Cinq Libertés et offres, selon Mellor , une méthode plus scientifiquement mise à jour pour évaluer les dommages aux animaux. L’un des principaux problèmes avec les Cinq Libertés est que le mot «libérer de» dans quatre des cinq déclarations implique que l’élimination de certaines expériences (la faim, la peur, la douleur) soit possible. En effet, comme nous le savons tous, ces expériences affectives font partie intégrante de la vie et servent, biologiquement, à motiver un animal à s’engager dans des comportements essentiels à sa survie. Mellor prétend que l’objectif de la science du bien-être ne devrait pas être d’éliminer ces expériences, mais plutôt de les équilibrer contre des expériences affectives positives

Rien de tout cela ne constitue une évolution substantielle des principes moraux ou scientifiques fondamentaux et de la teneur de la science du bien-être. Mellor reconnaît que le paradigme welfariste permet des états de bien-être négatifs, mais il encourage une sorte de repondération des échelles afin que la souffrance que nous imposons soit tempérée en jetant quelques animaux supplémentaires à l’état de bien-être. Il admet que les animaux éprouveront toujours la douleur et la souffrance, mais veut leur donner autant de confort, de plaisir et de contrôle que possible et réduire l’intensité des états négatifs à des niveaux «tolérables», dans le contexte de leur utilisation comme nous le souhaitons.

Nous sommes toujours pris dans le «vortex welfariste» . Nous accumulons simplement de plus en plus de données, sur la façon dont nous nuisons aux animaux et ce qu’ils vivent dans  différentes situations considérées comme «difficiles» que nous leur imposons. Alors que certains peuvent prétendre que nous sommes trop critiques, ou que nous ne prêtons pas attention au nombre de changements qui ont été faits pour améliorer la vie des autres animaux, la science du bien-être continue de favoriser les intérêts humains par rapport aux autres animaux. Il y a de nouvelles données welfaristes – beaucoup de données – sur ce que nous savons de la meilleure façon d’abattre, de piéger, de confiner et de contraindre «humainement». Mais les engagements sur les valeurs des entreprises welfariste sont si fortement biaisés en faveur de leur intérêt personnel, que le traitement des animaux, sous ce régime, ne dépassera jamais l’exploitation et la violence.

Nous pouvons nous efforcer de donner aux animaux une vie meilleure, mais une vie meilleure n’est pas nécessairement une bonne vie.

Les engagements moraux (ou pour nous, les engagements immoraux) du welfarisme, sont restés constants : nous sommes toujours les pourvoyeurs de douleur et de souffrance. Dans quel genre de monde vivons-nous quand tout un programme de recherche est axé sur la meilleure façon de nuire aux animaux, et comment apaiser la conscience de ceux qui pourraient avoir des réserves sur la violence?

Le bouclier de la science du bien-être

Le Dr Yuval Noah Harari de l’Université hébraïque, l’auteur du livre phare Sapiens, a écrit un essai d’opinion pour le Guardian en 2015 appelant l’agriculture industrielle le plus grand crime de l’histoire. « L’étude scientifique des animaux« , écrit-il, « a joué un rôle lugubre dans cette tragédie. La communauté scientifique a utilisé sa connaissance croissante des animaux principalement pour manipuler leur vie plus efficacement au service de l’industrie humaine. « Harari a capturé l’essence de pourquoi le bien-être ne peut jamais être assez bon.

La science du bien-être animal fonctionne au service d’une variété d’industries,  bien que dans ce rôle, elle peut et ne fera jamais que renforcer le statu quo. Elle ne défiera jamais l’exploitation brutale des animaux dans l’agriculture ou dans la recherche en laboratoire, dans les zoos, les animaleries ou les programmes de recherche sur la conservation. En effet, comme le suggère Harari, la science n’a pas seulement gardé le silence sur notre traitement violent des animaux; il a apporté son soutien et son expertise à cette entreprise. Pire encore, la science du bien-être a tissé un masque d’objectivité autour des pratiques abusives. Broom et Fraser écrivent, par exemple, que «l’évaluation du bien-être peut être effectuée d’une manière objective et indépendante de toute considération morale». Comme le manteau d’invisibilité de Harry Potter, l’objectivité de la science du bien-être vise à protéger ceux qui valident l’examen moral. Mais le statu quo que la science du bien-être perpétue, est un ensemble d’hypothèses de valeurs, y compris l’hypothèse que les ressentis des animaux ne comptent pas vraiment, et même si elles importent un peu, les intérêts des animaux non-humains peuvent être vaincus quand cela sert les intérêts des animaux humains.

La science a été mise au travail pour rendre nos manipulations des animaux plus efficaces, plus productives et plus rentables. Elle a été un partenaire dans le crime avec les industries, qui utilisent et abusent des animaux. Elle a été utilisée pour justifier et neutraliser éthiquement les crimes contre les animaux. Mais ce n’est pas un rôle inévitable pour la science. Car la science a le potentiel d’aider les animaux et de guérir notre relation fracturée avec eux. En effet, à mesure que la science de la cognition et de l’émotion animales continue de progresser, il se peut fort bien que les faiblesses du welfarisme deviennent plus apparentes et que les incohérences de base soient dévoilées. Plus nous en savons sur la vie intérieure des animaux, plus la science du bien-être animal au service de l’industrie devient incongrue.

Science, éthique et plaidoyer: remplacer la science du welfarisme par la science du bien-être animal et se concentrer sur les animaux individuellement

Les connaissances de base de la science du bien-être animal sont extrêmement importantes.

Le premier d’entre eux est que les animaux ont des expériences subjectives.La seconde est que, non seulement les animaux éprouvent des sentiments négatifs comme la douleur et la peur et la frustration, mais éprouvent aussi du plaisir, du bonheur, de l’excitation et d’autres sentiments positifs.

À la suite de ces derniers, l’idée finale est que le comportement offre une fenêtre claire sur les sentiments des animaux. Le comportement est, en effet, une bonne fenêtre pour voir et connaître les animaux. Mais il peut s’agir d’une très petite fenêtre welfariste, dans une maison que nous concevons, construisons et gérons pour nos propres fins. Ou, il peut s’agir d’une fenêtre beaucoup plus grande, à travers laquelle nous pouvons scruter mais ne pas construire, dont les dimensions sont inconnues.

Si nous regardions à l’intérieur d’un abattoir ou regardions dans un bassin d’orque à SeaWorld, nous verrions une vaste collection de préoccupations de «bien-être». Mais l’abattoir et le bassin d’orques doivent être vus d’un point de vue beaucoup plus large. Nous ne devrions pas regarder dans l’abattoir et le bassin de l’orque, et bricoler avec les conditions que nous trouvons acceptables, mais en les regardant, en prenant pleinement mesure de ce que ces lieux signifient pour les animaux. L’essence de l’éthologie de la liberté est que le comportement est une fenêtre sur ce que les animaux veulent et veulent vraiment: être libres de vivre leur vie, être libérés de la souffrance et de l’exploitation auxquelles nous les soumettons – mais seulement si nous regardons la bonne façon: directement dans les yeux des animaux eux-mêmes.

Contrairement à la science du welfarisme, la science du bien-être utilise ce que nous apprenons de la cognition et de l’émotion au profit des animaux, cherchant continuellement à améliorer leur liberté de vivre leur vie en paix et en sécurité (2). science du bien-être, la science du bien-être ajoute le corollaire éthique essentiel que les sentiments des animaux individuels ont de l’importance. Contrairement au welfarisme, une science du bien-être admet d’emblée que la science et les valeurs sont intimement liées et que nos évaluations de ce dont les animaux ont besoin sont scientifiques et éthiques. En effet, les valeurs viennent en premier et éclairent le genre de questions scientifiques que nous sommes ouverts à poser et les types de réponses que nous sommes disposés à découvrir. Le welfarisme est une cage qui piège la perception humaine, celle qui limite aussi notre sens de l’empathie pour les autres êtres. Nous devons ouvrir les portes de la cage.

Il y aura toujours des compromis sur ce dont les humains ont besoin et sur ce dont les animaux ont besoin. Les humains interagissent et utilisent inévitablement d’autres animaux, et nous ne préconisons pas une approche non interventionniste des animaux et de la nature, bien que cela ne soit pas une mauvaise idée dans un monde dominé par l’homme. Mais un grand nombre de choses que nous faisons actuellement aux animaux sont simplement fausses et doivent cesser: l’abattage inutile des animaux pour la nourriture et la fourrure, l’utilisation d’animaux dans la recherche invasive, le confinement des animaux pour le divertissement humain et nos empiétements excessifs sur la faune. Le seuil pour enlever la liberté d’un animal ou nier l’une ou l’autre des Cinq Libertés est, actuellement, extraordinairement et offensivement bas. La barre doit être levée.

Comme nous l’avons souligné tout au long du livre, la question centrale qui motive la science du bien-être animal est «Qu’est-ce que les animaux veulent et ont besoin?» Cette question est restée au centre du welfarisme au cours des cinq dernières décennies.

En savons-nous assez pour répondre à cette question? Absolument. Nous en savons assez, maintenant, pour savoir que les animaux veulent être libres de l’exploitation humaine, libres de la captivité et libres des souffrances que nous leur imposons. Cela ne veut pas dire que de nouvelles recherches scientifiques sur le cœur et l’esprit des animaux ne sont pas importantes, car c’est le cas. Plus nous en savons, plus nous pouvons interagir avec les autres animaux, aussi longtemps que nous pouvons sortir de la cage welfariste et nous concentrer plus objectivement sur ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin. Ce que nous devons faire maintenant, c’est combler le fossé de l’application des connaissances.

Nous devons appliquer ce que nous savons de l’émotion et de la cognition, et suivre les implications morales de la science dont nous disposons actuellement. L’éthologie cognitive, l’étude des esprits animaux, doit prendre un «tournant pratique», mettant ce que nous savons des animaux au service des animaux eux-mêmes. Les scientifiques peuvent être des outils de l’industrie, ou ils peuvent être des défenseurs des animaux d’une manière qui sert vraiment les animaux. Nous aimerions voir plus de scientifiques s’éloigner des défenseurs du welfarisme et devenir des défenseurs plus positifs pour les animaux eux-mêmes. Alors que certains scientifiques prétendent qu’ils n’ont pas à être des défenseurs, ils oublient que la défense de l’utilisation des animaux, est un plaidoyer qui va à l’encontre des animaux.

Il y a quelques années, Marc Bekoff a donné une conférence à Sydney, en Australie, où il a soutenu qu’il était injuste de tuer des kangourous pour le sport, le plaisir et la nourriture. À la fin de cette discussion, un scientifique travaillant pour l’industrie de la viande de kangourou a critiqué son rôle d’avocat. Il a dit que la science est censée être objective et que les scientifiques ne devraient pas être des défenseurs. Marc Bekoff a répondu que lui et son critique étaient tous les deux des avocats. Marc Bekoff a plaidé pour les kangourous, alors que son critique plaidait en leur défaveur. Le meilleur espoir de combler le fossé de l’application des connaissances incombe aux futurs scientifiques et à tous les enfants, car ils n’ont pas encore été inoculés contre la compassion pour les animaux. On peut faire de la «bonne science» et toujours ressentir pour les animaux, et en effet, nous avons déjà vu que la compassion et la préoccupation pour les animaux peuvent produire une meilleure science.

En encourageant les écoles et les parents à inclure une éducation humaine, nous pouvons espérer faire grandir des enfants qui comprendront que les animaux ont des sentiments et, plus important encore, qui seront capables de traduire cela dans leur vie quotidienne et dans leurs choix. Marc Bekoff a beaucoup écrit sur la notion de «rééducation de l’éducation», sur le retour de notre relation avec la terre et sur le fait que les jeunes quittent leurs mégots et sortent dans la nature. Non seulement nos enfants bénéficieront d’une éducation de préemption, mais les générations futures le feront aussi alors, nous négocierons la sortie difficile de l’Anthropocène.

Ce que la recherche sur la cognition et l’émotion chez les animaux continue de démontrer, c’est à quel point nous sommes entrelacés, sur le plan de l’évolution. Le coté exceptionnel de l’ humain, l’idée que nous sommes tout à fait différents, et que nous avons le droit de faire ce que nous voulons (dans notre propre logique), est scientifiquement insupportable. En écrivant sur la découverte en 2015 de fossiles d’un parent humain précoce appelé Homo naledi, le primatologue renommé Frans de Waal a écrit: «Nous essayons beaucoup trop de nier que nous sommes des singes modifiés. La découverte de ces fossiles est une percée paléontologique majeure. Pourquoi ne pas saisir ce moment pour surmonter notre anthropocentrisme et reconnaître le flou des distinctions au sein de notre famille élargie? Nous sommes une riche collection de mosaïques, non seulement génétiquement et anatomiquement, mais aussi mentalement. »

Favoriser les libertés

Alors que le livre en était au début de sa rédaction, Marc Bekoff a reçu un courriel de Jennifer Miller, qui travaillait dans un centre de réintroduction pour des perroquets captifs au Costa Rica. Jennifer lui raconta l’histoire d’un grand ara vert qui s’était échappé du centre. Le sort du perroquet est devenu une source de discussions houleuses parmi le personnel du centre. Le sentiment de Jennifer était qu’ils ne devraient pas essayer de récupérer l’animal et devraient juste le laisser être libre. D’autres étaient fortement en désaccord, estimant que c’était leur obligation de le trouver et de le ramener parce qu’il risquait de mourir seul dans la nature. Cette histoire est un merveilleux exemple de la façon dont la liberté pour les animaux signifie différentes choses pour différentes personnes, et comment la liberté peut entrer en conflit avec d’autres valeurs.

Il a été décidé de demander à quelques personnes de partager leurs réflexions sur ce que la liberté pour les animaux signifie. Voici quelques réponses:

Michael Tobias (auteur et cinéaste primé): « Nous n’avons aucune idée de ce que signifie la liberté. Mais nous pouvons certainement apprécier ce que signifie le manque de liberté. »

Sarah Bexell (Institut pour la connexion homme-animal, Université de Denver): «Autodétermination. . . y compris le choix de l’endroit où errer, voler, nager, choix d’amis, choix d’activités, choix de nourriture, choix de partenaires, choix de la maison / nid, et même les mauvais choix qui mettent fin à leurs vies, mais au moins la mort est survenue »

Jo-Anne McArthur (cinéaste de la vidéo « Les fantômes dans notre machine »(3) et auteur de We Animals et Captive (4)):« Être libre de l’exploitation corporelle et psychologique par les humains. . . être respecté par les humains et non objectivé. »

George Schaller (biologiste de la conservation de renommée mondiale): » Une question intrigante. Je viens de rentrer hier de l’est de Tibet à la recherche d’animaux non- humains. Un animal dans la nature est libre de passer une grande partie de son temps à la recherche de nourriture ou de mourir de faim, en compétition pour son statut et ses compagnons, et reste en alerte pour éviter de devenir sa proie. Un animal captif est bien nourri, sa vie sociale, le cas échéant, confinée à ses compagnons de cellule, et, à l’abri du danger, son existence est émoussée et banale, sa force évolutive dépensée, la plaçant parmi les morts vivants. »

Hope Ferdowsian (bioéthicien (5)): « La même chose que pour les humains. La liberté de satisfaire nos besoins physiques fondamentaux, quels qu’ils soient, selon les espèces et les individus, y compris la liberté de mouvement (liberté corporelle); être à l’abri des dommages causés par les humains (intégrité corporelle – ce qui devrait inclure l’absence de dommages à l’esprit); liberté d’aimer et de se lier avec qui nous souhaitons; le respect de nos choix, et la liberté de l’humiliation et de la honte intentionnelle.  »

Ceci est un échantillon de ce que la liberté signifie pour les personnes qui ont travaillé dans divers secteurs de l’interface homme-animal. Mais l’histoire de l’ara nous rappelle que nous avons aussi besoin, et surtout, de penser à ce que la liberté signifie pour les animaux. Qu’est-ce que la liberté signifie pour l’oiseau échappé ? Être libre de voler mais ne pas survivre longtemps, ou retarder la liberté de vol jusqu’à ce qu’il soit mieux équipé

Transition du welfarisme au bien-être: le potentiel adjacent

Un numéro récent de l’Atlantic Monthly présentait sa grande question: «Quelles habitudes contemporaines seront les plus impensables dans 100 ans?» L’une des réponses était «Manger des animaux pour leur protéine». Il est en effet possible d’imaginer un avenir dans lequel les gens vont regarder en arrière comment les animaux ont été traités au début du vingt et unième siècle et frémir d’horreur. « Ils étaient des barbares« , disent-ils à propos de nous. «Comment pourraient-ils ignorer la sensibilité et la souffrance des animaux?» Ils pourraient le dire à propos de tous les lieux d’utilisation des animaux dont nous avons parlé.

Steven Johnson, qui a étudié et écrit sur l’histoire de l’innovation, explore la notion de ce qu’il appelle l’adjacente possible. Le possible adjacent, écrit Johnson, «est une sorte d’ombre qui plane sur les bords de l’état actuel des choses, une carte de toutes les façons dont le présent peut se réinventer». Le passé et le présent nous préparent à tout nombre des futurs. En fonction de ce qui a été posé et des idées qui circulent, certaines nouvelles pensées deviennent pensables. Comme le suggère Johnson, «L’étrange et belle vérité sur les adjacents possibles est que ses frontières se développent au fur et à mesure que vous les explorez. Chaque nouvelle combinaison ouvre la possibilité d’autres nouvelles combinaisons.  »

Les pièces sont ici en ce moment pour un changement de paradigme majeur dans la façon dont nous pensons et interagissons avec d’autres animaux. En effet, ils sont là depuis un certain temps, mais peu sont assez audacieux pour dire «assez c’est assez». Un avenir est possible dans lequel les humains et les autres animaux coexistent pacifiquement, où la non-violence est la norme plutôt que l’exception. Les animaux seront considérés comme moralement offensants. Le welfarisme soulève l’ante en reconnaissant que les animaux ont des sentiments et que ces sentiments sont importants. Mais en continuant à favoriser les intérêts humains au-dessus des intérêts des animaux individuels, cela ne va pas assez loin.

Renforcer les libertés et le bien-être des animaux individuels, et défendre la coexistence pacifique et l’harmonie des animaux et des personnes, ouvre la porte à un nouveau adjacent possible. L’anthropocène – l’âge de l’humanité – pourrait bien évoluer vers le Compassionocene – l’Age de la Compassion. Sur la lancée d’une préoccupation mondiale accrue pour le bien-être des animaux individuels, nous devons œuvrer pour un avenir de plus grande compassion, de liberté et de justice pour tous. C’est la bonne chose à faire.(6)

Bonne année à tous les êtres, non humains et humains, et travaillons tous ensemble pour faire de 2018 et au-delà – pour toujours – un bien meilleur endroit pour tous les individus. C’est aussi la bonne chose à faire.

Marc Bekoff

Marc Bekoff, Ph.D., is professor emeritus of ecology and evolutionary biology at the University of Colorado, Boulder.

Texte original : Psychology Today – 31 Dec 2017

Références

  1. Extrait et légèrement modifié (en italique) de l’Agenda des animaux: liberté, compassion et coexistence à l’ère humaine, chapitre 8, où des références spécifiques peuvent être trouvées. Cette partie de cet essai a été écrite avec Dr. Jessica Pierce, co-auteur de l’ordre du jour des animaux. Nous avons choisi l’image pour notre couverture de livre avec soin, en voyant un jeune lion sauvage sur le Maasai Mara comme un symbole de liberté. Ce jeune homme semble, par son expression d’intention, croire que le monde est son domaine et qu’il peut faire ce qu’il veut. Mais sa « baby-sitter » semble déjà lui dire que même s’il est sauvage, il n’est pas forcément libre.
  2. Pour plus d’informations sur la science du bien-être des animaux, veuillez vous reporter à «Les animaux ont besoin de plus de liberté, pas de plus grandes cages» et «Le programme des animaux: une interview sur le bien-être des animaux»
  3. « La douleur des animaux fait mal: les fantômes dans notre machine »
  4. « Captive: Un nouveau livre sur les zoos est un changeur de jeu »
  5. Auteur de Phoenix Zones: où la force est née et la résilience vit
  6. Pour plus de réflexion sur la possibilité de donner plus de liberté, de compassion et de justice aux autres animaux, veuillez vous reporter à la section «Comment améliorer le monde pour les animaux non humains» dans laquelle de nombreuses personnes interviennent.

 

 

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Dominance, personnalité individuelle et leadership chez les chiens

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Un article du Dr Marc Bekoff sur des études scientifiques montrant que les décisions de groupe sont fortement influencées par les leaders.

« Comment un groupe de chiens familial décide-t-il des directions à prendre leur de déplacements collectifs ? »

Ce matin, j’ai été alertée par un article à propos d’une étude très intéressante et très détaillée, publiée en 2014 par PLOS Computational Biology intitulé «Leadership et caractéristiques pendant les promenades liées à l’ordre de dominance et aux traits individuels chez le chien» par Zsuzsa Ákos de l’Université Eötvös et ses collègues. Ce document est disponible gratuitement en ligne, et bien qu’il soit probable qu’il ne sera pas facile à lire pour les non professionnels, cela vaut la peine de considérer les résultats globaux de cette étude unique, non seulement pour ce que cela signifie pour les chiens, mais aussi pour d’autres animaux non-humains et pour les humains.

groupe-chienLa question fondamentale était de savoir si les schémas de déplacements – rôles de leader et de suiveur – des chiens sont liés au rang de dominance individuelle et aux traits de personnalité. Ou, comme le disent les chercheurs, « Comment un groupe de chiens décide-t-il de la direction de leurs déplacement collectifs? »
Les chiens, comme de nombreux autres animaux, forment des relations hiérarchiques, il  est important de savoir si l’un des avantages de la « domination » est de contrôler ou d’influencer fortement les réactions et mouvements des autres membres du groupe. Ainsi, les chercheurs ont utilisé un questionnaire détaillé pour déterminer le positionnement hiérarchique de chaque individu dans le groupe.

Le Dr Ákos et ses collègues ont recueilli et analysé des données GPS (823 148 points de données) recueillies auprès de six chiens (cinq Vizslas et un petit croisé) qui marchaient sans laisse avec leur humain, tous partageant la même maison. Individuellement, les chiens ont montré des caractéristiques uniques, y compris la vitesse de course et la distance qu’ils entretenaient de leur humain.
Les chercheurs ont découvert que les chiens étaient des leaders entre 50 et 85 pour cent du temps, et que les rôles de leader et de suiveur étaient interchangeables quand ils ne suivaient pas leur humain. A certain moment, les mêmes chiens avaient tendances à suivre ou à prendre le leadership.
Lorsque l’équipe de recherche a analysé les caractéristiques du leader et des « suiveurs», ils ont appris que «les chiens leaders/ dominants ont une personnalité unique et spécifique: ils sont plus à même d’être formés/entrainés, ils sont plus contrôlables et font preuve de plus d’agressivité. De plus ils sont plus âgés que les chiens subalternes».

meute lycaon

Les chiens vivants en groupe, comme de nombreux autres animaux, forment des réseaux sociaux. En regardant les relations sociales entre les chiens du groupe, les chercheurs ont également découvert que « le réseau construit à partir de ces relations, leader/suiveur, est hiérarchique, et les positions des chiens dans le réseau sont en corrélation avec l’âge, le rang de dominance, la contrôlabilité et les mesures d’agression. » Et ce qui est très intéressant et important, c’est qu’ils pourraient également déterminer le rang de dominance et les traits de personnalité de chaque chien en fonction de leurs déplacements, soit comme leaders ou comme disciples. Le co-auteur Máté Nagy note: «Nous avons montré qu’il est possible de déterminer le classement social et les traits de personnalité de chaque chien à partir de leurs données de mouvement GPS. »

Dans l’ensemble, cette étude unique et extrêmement minutieuse et détaillée a montré que le réseau social hiérarchique sous-jacent d’un groupe de chiens et les différences individuelles de personnalité influencent fortement le déplacement du groupe dans son ensemble. Ce n’est pas un système égalitaire. Comment leurs données s’appliquent à d’autres non-humains et à l’homme, reste à étudier plus en détail.
Cette étude montre que les chiens sont unis par des relations hiérarchiques, que ce soit pour les chiens vivant avec des humains et pour les chiens en liberté, qu’ils soient seuls ou plus ou moins seuls. Leur positionnement hiérarchique, au sein du groupe influence les mouvements de groupe. En fonction des mouvements, les chercheurs pourraient déterminer de façon fiable le rang et la personnalité de chaque individu du groupe.
Il est toujours utile d’avoir différentes façons d’évaluer le statut social et les traits de personnalité lorsqu’il n’est pas possible de voir tout ce que font les individus d’un groupe.
Dans nos études de terrain sur les coyotes, nous nous sommes appuyés sur différentes façons d’évaluer le rang et les traits de personnalité et avons découvert que certains comportements étaient fortement corrélés.

L’application pratique de savoir qui est un leader et qui est un « disciple »

Il y a aussi un côté pratique important à cette étude. En plus d’en apprendre davantage sur les hiérarchies sociales, les chercheurs espèrent que cette façon d’étudier les chiens pourrait aider à créer des paires optimales de chiens utilisés pour des tâches importantes telles que les opérations de recherche et de sauvetage, rassemblant ceux qui ont la plus grande compatibilité.  » Ce serait un gagnant-gagnant pour les chiens et pour les humains pour qui ils cherchent.

Pour plus de débat sur la dominance chez les chiens nous vous invitons à les articles : « La domination sociale n’est pas un mythe : loups, chiens, et …« , « Dominance et Pseudoscience: le Sens du non-sens « ….

References