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Mon animal me parle : les dessous de la communication animale

En période de confinement, nous avons particulièrement été contactés par des propriétaires désireux de connaître l’état émotionnel de leur animaux. Il s’agissait pour la plupart de propriétaires de chevaux qui ne pouvaient plus aller voir leurs équidés, mais aussi de chiens.

Cet engouement a mis en exergue l’intérêt des personnes pour le bien-être et la considération animale et leur ouverture d’esprit en ce qui concerne des choses aussi impalpables que la communication animale. Chaque communicant a sa propre façon d’expliquer ce qu’est la communication animale. Certains s’appuient sur une approche très spirituelle ou métaphysique, d’autres s’appuient sur l’inter-connectivité des éléments. Chaque élément du vivant faisant partie d’une chaine unique. Nous nous impactons tous et sommes tous reliés d’une façon comme d’une autre. C’est le point de vue que je partage.

Tous reliés, tous dans le même système

Toutes les femmes qui sont mères, seront d’accord pour dire qu’un lien spécial uni la maman à son nouveau né. Il n’a pas besoin de parler pour se faire comprendre. Une maman comprend son bébé, comme si une acuité spéciale avait été créée pour l’évènement. Une mère ressent son enfant. Cette affirmation est valable pour l’ensemble des mammifères, bon nombres de reptiles et la majeure partie des oiseaux.

Les insectes tels que les termites, fourmis ou abeilles ont aussi élaborés un système de communication extra-sensoriel. En plus de communiquer entre individus de la même espèces, les insectes sont capables de communiquer avec d’autres espèces et aussi avec leur environnement végétal. Des études ont montré des relations étroites entre des fournis et l’habitat qu’elles occupaient, ainsi qu’avec les pucerons qu’elles élevaient pour le miellat.

Les animaux vont choisir leur habitat en fonction des vibrations du lieu. Ils vont considérer le nourriture que le lieu peut conférer, mais aussi les aspects sécuritaires et vibratoires, que ce soit un terrier, un arbre, un nid au sol ou dans une cavité rocheuse. Ils vont ressentir l’endroit et savoir s’il est approprié pour une nidification.

Les animaux sont sensibles aux lignes telluriques, aux magnétismes, aux vibrations de la planète. Ils ressentent les évènements, préviennent d’un danger – ils ont cette sensibilité consciente, une intuition, une sensorialité exacerbée. Dans de nombreuses confessions ou approches spirituelles, on parle de connections. Comme si tous les êtres vivants étaient interconnectés, reliés par un fil invisible.

Cette théorie est de plus en plus étudié dans le développement des réseaux et la communication entre végétaux. Les plantes avaient inventé « internet » bien avant les hommes. Le réseau est composé de minces filets de champignons que l’on appelle mycélium. La relation des racines des plantes et des champignons est appelée « mycorhize ». Elle est bénéfique pour les deux parties concernées : les plantes fournissent des glucides aux champignons et en échange, les champignons fournissent de l’eau et des nutriments (phosphore et l’azote). Ce réseau fongique permet aux plantes de s’entraider dans leur croissance et leur épanouissement.

L’étude menée par David Johnson, diplômé de l’Université d’Aberdeen, et son équipe montre que les fèves utilisent également le réseau fongique pour intercepter le danger imminent sur une autre plante. Quand les pucerons affamés se nourrissent sur les feuilles de l’un des pieds de fève, les plantes reliées via le mycélium, ont commencer à excréter leur défenses chimiques anti-pucerons, alors que les pieds qui n’étaient pas reliés n’ont eu aucune réaction.

De nombreuses études ont ouvert de nouvelles perspectives dans la compréhension des plantes et leurs réactions à leur environnement, et leur transmission d’information. Les plantes apparaissent comme étant loin d’être des organismes figés qui ne font que prendre la lumière et dégager du CO2. Elles interagissent avec les animaux qui les entourent, et les stimuli visuels et sonores. Véritable acteurs du système, les plantes communiquent avec les animaux. Ainsi, quand une plantes ressent un stress par manque d’eau ou coupure de leur tige. Elles émettent des sons détectables par d’autres organismes présents à quelques mètres d’elle, insectes ou petits mammifères. Ainsi les papillons ne pondraient pas leurs œufs sur une plante dont ils perçoivent le stress dû à un manque d’eau.

Le ressenti émotionnel

Si les insectes ou petits mammifères parviennent à percevoir les messages des plantes, on peut alors aller un peu plus loin dans le développement de notre approche sur la communication animale.

Si on s’accorde à dire que nous sommes tous reliés, sans en avoir conscience. Quand une personne adopte un chien, un chat ou tout autre animal, l’inter-connectivité existe déjà de façon inconsciente. Nous allons tisser des liens relationnels conscients avec notre animal, qui vont venir s’ajouter aux liens d’inter-connectivité.

Les liens que nous allons créer vont vibrer dans un « nouvel état », un nouveau niveau de vibration, car nous allons y mettre une partie de notre émotionnel et l’animal met une partie de son émotionnel aussi. Nous créons une sorte « d’harmonique émotionnelle ». C’est comme si nous faisons vibrer différentes cordes d’une guitare pour créer un accord. Si les individus s’accordent bien, on dira qu’il y a accord parfait, sinon, nous pourrons parler de dissonance.

Quand deux individus – quelque soit leur sexe, espèce – établissent des liens avec un rapport émotionnel fort, chaque protagoniste va être capable de ressentir à un moment donné, l’état émotionnel de l’autre. On voit ça dans des couples qui ont passé bons nombres d’années ensemble, mais aussi entre un humain et son chien ou son chat. Son animal n’a pas eu besoin de s’exprimer, l’humain sait ce qu’il veut. En plus d’un décryptage comportemental, il a ressenti les vibrations émotionnelles de son compagnon à poils. Tous les propriétaires d’animaux empathiques connaissent cette sensation : comprendre ce que nous dit l’animal, ressentir sa demande, ses besoins et parfois sa détresse.

Comment se fait-il que le communicant puisse ressentir ce que lui envoie un animal qu’il ne connait pas ?

Profession Communiquant

Si le fait qu’une personne puisse comprendre son chien ou son chat, est un fait acquis, comment expliquer qu’une personne n’ayant aucun lien avec l’animal puisse alors entrer en communication avec lui ?

Nous avons expliqué précédemment qu’une interconnexion existe entre les être vivants. Que des plantes peuvent communiquer entre elle par un réseau fongique, qu’elles communiquent avec les insectes par des sécrétions chimiques, des signaux visuels et sonores. Et les animaux communiquent entre eux aussi, intra et inter espèces. Les témoignages d’animaux venant en aide spontanément et sans motivation autre que l’empathie ornent les réseaux sociaux tels que YouTube, Facebook, et autres : un hippopotame connu pour leur agressivité qui va aider une jeune antilope à sortie d’une rivière avant de se faire dévorer par un crocodile ; un chien qui va aider un chat tomber dans un trou. il y a eu une histoire aussi, ou une lionne adopte et protège une jeune impala.

Comment expliquer ces phénomènes contre-nature, si on ne considère pas l’empathie, l’intelligence émotionnelle des animaux, mais pas seulement. Une lionne peut faire preuve d’empathie en ne dévorant pas une jeune antilope, mais irait-elle jusqu’à la protéger si un lien très spécial ne s’était pas créé entre les deux animaux ? Ce lien doit même être plus fort que l’instinct de prédation. L’impala a dû communiquer sa détresse à la lionne, qui a laissé parler son instinct maternel, plutôt que celui de prédateur. Cette lionne a été réceptive aux vibrations et harmoniques de l’impala car elles étaient toutes les deux au diapason à ce moment là, « sur la même longueur d’ondes ».

Et c’est précisément ce qu’il se passe entre un communiquant et un animal. Le communiquant va se mettre sur la même longueur d’ondes vibratoires que les animaux avec qui il va communiquer. L’affect ne rentre pas en compte. Le communiquant ne va pas avoir besoin d’avoir tissé des liens affectifs avec l’animal. Ce qui est en contre partie indispensable, est que sa démarche se fasse dans la bienveillance la plus totale pour créer une harmonie émotionnelle, comme évoquée plus haut.

Grace à un apprentissage, mais aussi de la patience et de la pratique, nous sommes tous en mesure de communiquer avec les animaux. Il faut apprendre les méthodes et se connaitre aussi pour savoir gérer son émotionnel et ne pas laisser son mental prendre le dessus.

Comment les communicants recoivent-ils les informations ?

La première étape consiste à apprendre à adapter nos vibrations sur le canal des vibrations des animaux. Les humains sont trop dans le mental et la réflexion. Ils faut apprendre le lâcher prise, la relaxation et la méditation au préalable, pour faire « taire le mental » et ouvrir nos canaux sensoriel.

Ainsi certains communicants vont recevoir les informations sous forme d’images, d’autres sous formes de sons ou de sensations tactiles, et bien entendu, sous forme de pensées qui ne leur appartiennent pas.

La pratique va permettre aux communicant débutants de savoir faire la différence entre ses propres pensées et celles des animaux. Dès lors que le message est reçu, l’autre exercice périlleux va être de ne pas faire d’interprétation et de restituer le message tel qu’il a été donné. C’est une spécialité humaine que d’interpréterles informations qui nous ont été transmises, les faire passer dans nos filtres cérébraux et les rendre avec notre perception. Or, il faut se discipliner à ne pas le faire pour rester fidèle au message initial, ou bribes de messages reçus. Ce qui n’a pas de sens pour nous, peut en avoir pour l’humain de l’animal. Nous ne devons pas « déformer  » le message reçu.

Pour illustrer, lors d’une communication, un chat montre de l’herbe et du poisson. Le communiquant dit au propriétaire du lapin: « il veut de l’herbe à chat pour se purger et il veut du poisson ». Le propriétaire surpris, dit que son chat n’aime pas le poisson. Le communicant insiste, et bien entendu, le propriétaire va chercher du poisson et de l’herbe à chat. Sauf que le chat fait une allergie à l’herbe à chat et ne mange pas le poisson, car il n’aime pas ça. Le communicant a eu une partie de l’information et a interprété que le chat en faisait la demande. Le propriétaire avait l’autre partie de l’information : mon chat n’aime pas ça. Mais il s’est laissé influencer par le communicant. Ce que le communicant aurait du faire, c’est dire « l m’a montré de l’herbe et du poisson », le propriétaire aurait répondu naturellement « bizarre, il n’aime pas ça. ». Ainsi le communicant aurait compris que le chat avait un vrai problème avec ses deux éléments.

Les interprétations peuvent être de vrais ennemis.

Communiquer, c’est aimer

Communiquer avec un animal doit se faire exclusivement pour aider l’animal, intervenir pour gérer un problème, l’écouter, comprendre ces motivations ou son manque de motivation. Le communiquant professionnel est un thérapeute à part entière. Il doit adopter une déontologie et une éthique. Bon nombre de communicants / communicateurs ont une démarche mercantile, où l’appât du gain face au désarroi des propriétaires a prit le dessus sur la déontologie ; comme dans beaucoup de professions liées à la santé et au bien-être, me direz-vous.

Pendant le bisous, mon chien s’est lis à bailler… il en avait marre de mes bisous

Communiquer, c’est aimer, c’est vouloir partager, transmettre, apprendre, donner. On ne peut pas communiquer avec un animal sans avoir cette notion à l’esprit. Un animal, quel qu’il soit, est dénué de vice ou mauvaises pensées (sans parler de prédation ou de lutte à mort pour la survie). Un animal ne cherchera jamais à nuire. Il est dans ce que l’on appelle l’amour inconditionnel. Vouloir communiquer avec lui, c’est tendre aussi à cet amour inconditionnel. On ne peut communiquer avec les animaux que si nos intentions sont louables et justes.

Il faut apprendre à communiquer avec les animaux, car ils ont beaucoup de choses à nous dire et à nous transmettre, à commencer par leur volonté de partager leur environnement avec nous et coexister pacifiquement. Ne faisons-nous pas partie du même monde ?

Corine Gomez, Comportementaliste animalier

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La pyramide des besoins chez le chien

Pour assurer un bon équilibre physique, émotionnel et comportemental, un chien doit pouvoir être satisfait dans tous points. Tous les besoins doivent être comblés en permanence et non pas l’un après l’autre.

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Pourquoi devenir membre ?

Apprendre à masser et apaiser son chien par le toucher. Les stagiaires viendront avec leur chien et découvriront l’art de masser leur compagnon pour amplifier la relation. Les membres Plus, Pro et Plus Mix bénéficient d’un tarif réduit.

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La première formation en Thérapies Animalières

Combien de personnes souhaitent annuellement réorienter leur vie professionnelle ? trouvez un nouveau souffle ? s’investir dans des causes qui leur parlent vraiment ?

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« Les Emotions Animales » : le 18 Novembre 2018 à Villeneuve Loubet

L’objectif de cette conférence, est de présenter, de débattre et de partager avec l’auditoire, le panel des émotions animales, comme décrite par Charles Darwin, il y a 150 ans en arrière : la joie, la colère, la tristesse, la peur, la surprise et le dégoût.

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Souhaitez-vous savoir ce que les chiens font, pensent et ressentent ?

« J’ai des émotions que tu peux comprendre en tant qu’humain, mais j’ai besoin que tu me comprennes en tant que chien. »

Vous voulez devenir un éthologue dans un parc à chien?

Rex arrive au parc canin. Il attend impatiemment que son humain ouvre la porte. Il franchit la barrière et se dirige immédiatement vers un rocher, lève sa jambe droite comme s’il était le « meilleur » des chiens, urine un jet régulier, gratte le sol vigoureusement, se dirige vers la clôture qui entoure le parc, relève sa jambe, projette un peu de pipi, puis regarde autour de lui pour voir qui d’autre est là, ou pour voir fièrement si quelqu’un l’a vu faire ça. C’est la routine de Rex. Cependant, après qu’il ait un peu regardé un peu la seconde fois, si Rex voit son ami Tony, il s’en va, court droit vers lui, fait quelques révérences, et les deux luttent, se mordent l’un l’autre, se poursuivent partout, se ruent sur d’autres chiens et bousculent presque les gens. Ils jouent aussi longtemps que leurs humains le leur permettent. Cependant, si Tony n’est pas là, et Rex regarde les autres chiens qui le regardent, il urine et gratte le sol à nouveau pour s’assurer qu’ils comprennent ce qu’il a fait. Et si un autre chien s’approche et renifle le pipi de Rex et urine dessus, Rex reviendra pour remettre ça dessus.

Cette description de Rex jouant et urinant, est un excellent exemple de ce que à quoi les notes de terrain ressemblent. En effet, les gens dans les parcs à chiens et ailleurs passent beaucoup de temps à observer et à commenter ces comportements. Dans les parcs à chiens, pour devenir éthologues, il faut se concentrer généralement sur le jeu, le pipi, le grattage du sol et les chiens qui observent les autres chiens. Ces comportements sont d’excellents outils pédagogiques car les individus peuvent être identifiés, ils peuvent être vus tout au long de la rencontre, et les actions sont claires et faciles à marquer. Il est également possible de connaître les différences de personnalité entre les chiens observés. Ce clip standard et ce genre d’interactions permettent d’apprendre à devenir de meilleurs observateurs. En principe, nous sommes toujours contents quand les avis se rejoignent sur ce que font les chiens et sur ce que les comportements signifient. Mais les divergences occasionnelles d’opinions sont également instructives. Les gens peuvent voir les choses différemment, et ces différences sont importantes à analyser.

Dans les parcs à chiens ou ailleurs, les gens sont souvent reconnaissants pour ces mini-leçons d’éthologie. Devenir un citoyen éthologue permet de « rentrer» dans la peau d’un chien et de se sentir vraiment plus proche d’eux. Ce sentiment est positif, car les chiens et les humains ne peuvent qu’en bénéficier.

Les chiens sont le rêve d’un éthologue

Lorsque nous observons attentivement les chiens, ce que nous apprenons est une histoire sans fin. Il y a toujours un élément de plus au puzzle expliquant pourquoi les chiens font ce qu’ils font. De plus, pour comprendre les chiens, il n’y a aucun substitut à une observation et à une description soigneuse. Pour les éthologues, observer les chiens dans tous les types d’environnement et de situation est essentiel pour générer des expériences, des modèles et des théories. Pour le compagnon humain d’un chien, observer de près votre propre chien est le meilleur moyen d’améliorer la qualité de vie de votre chien et de soulager le stress que tant de chiens endurent jour après jour.

Il est important de réaliser que pour apprendre ce que c’est que d’être un chien, nous devons, dans un certain sens, devenir un chien. Nous devons essayer d’adopter la perspective d’un chien, même si cela nécessite un saut imaginatif. Quand nous regardons les chiens et d’autres animaux, il est essentiel de voir selon leur propre angle de vision pour finalement comprendre leur point de vue ; de cette façon, nous, les observateurs, devenons les observés.

Pour comprendre ce qu’un chien pense et ressent, nous devons porter une attention particulière aux subtilités de son comportement, qui sont toutes importantes. Et il y a beaucoup de bonnes raisons d’apprendre autant que possible sur le comportement des chiens, y compris l’apprentissage de leurs douleurs potentielles.

Que font les éthologues ?

Les éthologues observent les animaux et posent des questions sur l’évolution et l’écologie des différents comportements. En termes plus élémentaires, l’éthologie c’est l’étude en détails de qui fait quoi à qui, combien de fois, quand et où. Beaucoup de psychologues s’intéressent également au comportement des chiens, mais ils ne prennent généralement pas une vision aussi large, écologique et évolutive du comportement.

Les éthologues se concentrent généralement sur les animaux en liberté plutôt que sur les animaux captifs. Certains chiens sont en liberté et nous pouvons apprendre beaucoup en les regardant, en notant où ils vont, avec qui, et dans quel but, quand aucun humain n’interfère avec leurs choix. Nous pouvons étudier les chiens sauvages tout comme nous étudions d’autres animaux sauvages. Cependant, nous pouvons également étudier les chiens de compagnie dans tous les contextes. Ce domaine d’étude s’appelle l’écologie comportementale des chiens parce que nous pouvons les observer et les étudier dans différentes niches écologiques, y compris dans les chemins où ils peuvent courir, parcs pour chiens, et dans nos maisons, en laisse et détachés, et au cours de leurs diverses interactions : avec d’autres chiens, avec des combinaisons de chiens et de personnes, avec des étrangers, et avec leur famille humaine. L’un des principaux avantages de l’étude des chiens de compagnie est qu’il est possible d’identifier des individus, de les voir interagir avec d’autres chiens identifiables, et de les observer au fil du temps. Quand on étudie d’autres animaux sur le terrain, il n’est pas toujours possible d’identifier les individus de manière fiable ou de les observer sur du long terme.

Il est essentiel de réaliser que le comportement n’est pas seulement quelque chose qu’un individu fait, mais c’est aussi quelque chose qu’un individu a de façon innée, des actions qui peuvent être mesurées. Les modèles de comportement qui perdurent avec le temps (ou entre générations) sont considérés comme des adaptations évolutives. Par exemple, l’arc de jeu est adaptatif car il fonctionne pour initier et maintenir une « ambiance de jeu». Ce geste a été exposé pendant de nombreuses générations, et chaque nouvelle génération continue à l’utiliser.

En pensant et en étudiant le comportement animal de cette manière, l’éthologue Konrad Lorenz a montré comment l’évolution peut influencer une grande variété de comportements, y compris les signaux utilisés pour communiquer la menace et la domination, ainsi que le jeu, parmi d’autres comportements. Auteur de « Man Meets Dog », Konrad Lorenz est souvent appelé le père de l’éthologie, et il est devenu célèbre pour avoir empreigné des canetons et des jeunes. L’importance considérable des recherches éthologiques a été soulignée en 1973 quand, avec Niko Tinbergen, souvent surnommé le curieux naturaliste, Karl von Frisch, pour son travail sur le language des abeilles, a reçu conjointement le prix Nobel de physiologie et de médecine.

Beaucoup de scientifiques qui considéraient leur propre travail comme une « vraie recherche» étaient assez irrités que ce prix sacré soit allé à trois camarades payés pour regarder des animaux. Quoi, créer des expériences de terrain ingénieuses pour étudier le comportement animal – et s’amuser à le faire – n’est pas une véritable recherche ? Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

Devenir un chien en parlant couramment le chien

Un éthologiste veut toujours en apprendre plus sur tout ce que font les chiens et pourquoi ils le font, comparer les individus d’une espèce à une autre et à faire des comparaisons inter-espèces pour essayer de comprendre pourquoi il y a des similarités et des différences.

En fin de compte, en devenant vous-même un éthologue, vous pouvez « devenir un chien», ou du moins obtenir une bonne approximation de ce que c’est que d’être un chien ; il s’agit de phénoménologie, un domaine qui met l’accent sur l’importance des expériences directes.

Les modèles d’interaction sociale. Il est important de noter que souvent, lorsque vous observez des chiens ou d’autres animaux, les différentes sortes d’interactions se brouillent terriblement vite. Parfois, il est simplement impossible de savoir qui a initié et qui a mis fin à une rencontre, et quand il y a plus de deux chiens, ou un chien et un humain, cela peut devenir un cauchemar très rapidement. Néanmoins, nous pouvons encore apprendre beaucoup de l’analyse des différents types d’interactions en utilisant cette matrice simple.

Destinataire
Initiateur Chien Humain
Chien 1 2
Humain 3 4

Au cours de votre parcours pour devenir éthologue, vous pouvez créer votre propre matrice ou un ensemble de matrices et remplir les chiffres pour toutes sortes d’interactions. C’est un exercice simple et amusant à travers lequel vous apprendrez beaucoup sur la personnalité de votre chien. Par exemple, est-ce un leader ou un suiveur, un joueur ou plus d’un solitaire ? Quels types d’interactions initient-ils, et quelles sortes de rencontres n’aiment-ils pas particulièrement et essayent-ils d’éviter ? Vous pouvez également découvrir s’ils préfèrent certains chiens plutôt que d’autres, s’ils passent une bonne ou une mauvaise journée, et comment leur comportement change au fil du temps avec des chiens familiers et inconnus et des humains dans différents contextes sociaux et physiques. La liste des choses que vous pouvez apprendre est longue, selon vos intérêts. C’est ce qui rend les chiens si excitants !

Comment mesurer le comportement

En devenant éthologue, vous apprendrez également que les types de données que vous collectez dépendent des méthodes que vous utilisez pour observer des individus ou des groupes d’animaux. Les éthologues essaient d’utiliser des critères et des mesures objectifs lorsqu’ils observent et analysent un comportement. Certaines de ces mesures comprennent :

  • La fréquence : C’est simplement le nombre de fois qu’un comportement est effectué.
  • Taux (fréquence / temps) : C’est un raffinement de la fréquence, en ce que les facteurs de taux dans le temps ou la durée. À quelle fréquence un chien a-t-il un comportement particulier pendant une période donnée ?
  • Intensité : Il est difficile de mesurer l’intensité (ou la concentration) lorsqu’on observe des individus, de sorte que certains chercheurs utilisent souvent ce qu’on appelle l’indice de distraction. A savoir, est-ce difficile d’empêcher un animal de faire quelque chose ? Ainsi, par exemple, quand un chien se promène avec le nez coincé au sol, il est parfois presque impossible d’attirer leur attention. L’intensité est une mesure subjective, mais elle peut être rendue un peu plus objective en mesurant la force d’une odeur, l’intensité du bruit requis et le temps qu’il faut pour attirer l’attention de l’individu.

Construire un éthogramme, ou un menu de ce que font les chiens

La façon la plus simple de devenir un chien ou un autre animal est de passer du temps à les regarder. Il est incroyablement instructif de simplement les observer courir librement, ou presque, comme dans les parcs à chiens et sur les sentiers où ils sont autorisés à courir et à explorer par leurs propres moyens. Cependant, l’observation des chiens pendant qu’ils marchent attachés par une laisse à un humain fournit également des données. Et, il est presque aussi important de regarder les gens qui sont avec les chiens. Le résultat de ces observations serait une liste de modèles de comportement appelés un éthogramme. Cette liste est juste cela, un menu descriptif de ce que les chiens et les humains font sans interprétation ou explication de pourquoi ils le font. Les actions peuvent être décrites par leurs caractéristiques physiques – à quoi elles ressemblent – telles que les postures, les gestes, les expressions faciales et la démarche, ou par leurs conséquences, telles que l’orientation d’un individu vers des objets ou des individus dans l’environnement, qui conduisent à l’accomplissement d’une tâche ou à un résultat.

Développer un éthogramme, ou un menu de ce que font les animaux, est la partie la plus importante d’une étude comportementale. C’est une grande expérience d’apprendre comment les animaux agissent. Certains modèles de comportement comprennent l’approche d’un chien à d’autres chiens (vitesse et orientation); la morsure dirigé vers différentes parties du corps; intensité mordante (inhibée et douce, ou dure et accompagnée d’une secousse de la tête ou non); rouler dessus; se tenant sur; le menton au repos, le jeu sollicitant; auto-jouer; uriner et la posture utilisée; cacaoyer; grondement; aboiement; gémissements; approcher et se retirer; pawing dirigé vers différentes parties du corps; position de l’oreille; position de queue; démarche; etc.

« Alors, que faire de toute cette recherche éthologique pour moi et mon chien ? »

Permettez-moi de terminer en considérant une question : « Alors, qu’est-ce que toute cette recherche éthologique fait pour moi et mon chien ? » Il est important de sortir de notre tour d’ivoire et d’entrer en piste. Trop de chercheurs et d’éducateurs canins observent les chiens dans un système type « laboratoire » ou quand les chiens sont au travail, mais ils doivent aussi aller dans des endroits où les chiens sont promenés et autorisés à courir librement. Les parcs pour chiens sont d’excellents endroits pour étudier le comportement des chiens.

Il est également important de se référer à la science citoyenne dans la recherche sur les chiens et entendre ce que les autres pensent des chiens que nous observons ensemble. La science en général, et l’éthologie des chiens en particulier, ne pourront être améliorées et croître grâce aux efforts des scientifiques citoyens. Brian Hare, expert en chiens de l’Université Duke, mentionne : «À l’avenir, les scientifiques citoyens produiront des ensembles de données utiles qui testeront les hypothèses et répondront aux questions en complément des techniques de laboratoire conventionnelles utilisées pour étudier la psychologie canine. »

En fin de compte, notre objectif commun est d’utiliser ce que nous savons pour rendre la vie des chiens, avec qui nous partageons nos maisons et nos cœurs, la meilleure possible. Je suis également sûre que pendant que nous surveillons les chiens, ils nous observent attentivement et apprennent notre comportement. Eux aussi ont besoin d’apprendre sur le comportement de leurs humains et d’autres humains afin de mieux s’adapter à notre monde.

Dans «Learning to Speak Dog Part 4: Reading a Dog’s Body », il est mentionné: «Étudier le comportement d’un chien et les observer interagir avec le monde, peut être un spectacle fascinant, surtout si vous savez ce qu’il faut rechercher. Cela peut être utile pour apprendre à lire le langage corporel de votre chien, le comprendre et avoir une idée de ce qu’il ressent, de son humeur et de ce qu’il essaie de dire, il vous aidera à éviter les problèmes potentiels et à diffuser ceux qui existent déjà. Cela peut vous aider à mieux vous connaître, et vous apprendrez une nouvelle langue. « 

20160921_164514Je ne pourrais pas être plus d’accord. En apprenant sur le comportement des chiens et en parlant couramment le chien, vous aiderez le chien ou les chiens avec qui vous vivez à profiter pleinement de la vie. En outre, ces informations peuvent être utilisée pour améliorer vos relations avec votre chien et d’autres – un gagnant-gagnant.

Prenez part aux discussions sur la fascinante vie sociale, cognitive, émotionnelle et morale des chiens. De nombreuses recherches sont menées dans le monde entier, et presque chaque semaine, nous en apprenons davantage sur le comportement de nos compagnons canins et sur leurs motivations, ce qu’ils savent et ce qu’ils ressentent, comment fonctionnent leurs sens et leurs cerveaux, et comment ils négocient leurs mondes sociaux, y compris leurs interactions avec d’autres chiens et humains.

Corine Gomez

Revue d’Article – Marc Bekoff

References

  1. Bekoff, Marc. Canine Confidential: Why Dogs Do What They Do. Chicago: University of Chicago Press, 2018.
  2. Also see: Canine Confidential: Why Dogs Do What They Do and Mark Derr’s An Eminent Ethologist Elucidates Dogs
  3. Stewart, Laughlin et al. Citizen Science as a New Tool in Dog Cognition Research.” PLoS One, 2015. 
  4. Learning to Speak Dog Part 4: Reading a Dog’s Body : https://thelabsand.co/learning-to-speak-dog-part-4-reading-a-dogs-body/
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Anthropomorphisme: un outil éthique ?

L’anthropomorphisme a souvent été un levier, utilisé par ses détracteurs, pour mettre à mal l’éthologie cognitive. Cette dernière met en avant les émotions des animaux, en utilisant des termes et des caractéristiques propres aux humains. De nombreux scientifiques voient d’un mauvais œil, l’emploi de mots tels que joie, tristesse, chagrin, humour, jalousie pour décrire les comportements des animaux non-humains. Et c’est précisément cela, l’anthropomorphisme.

Des mots humains pour des émotions universelles

C’est une méthode pour accéder aux sentiments, pensées des animaux en utilisant les mots que nous connaissons. Ainsi pour dire que mon chien est content (car son comportement met cette émotion en évidence), je vais utiliser le mot « content », car tout le monde le comprendra et saura de quoi je parle.
Les comportementalistes et éthologues, tout comme toutes personnes connaissant bien les animaux, savent que c’est le seul vocabulaire utilisable. Nous utilisons les mêmes mots pour décrire les sentiments humains et les sentiments non-humains, car ce sont les mêmes sentiments. Sa manifestation sera différente fonction des espèces, mais la joie reste de La Joie chez le chien, le chat et l’humain. Le chagrin demeure le Chagrin de la même façon.
De nombreux psychologues, tels que Gordon Burghardt mentionne qu’il est déplorable de ne pas suivre les intuitions éveillées par ce que vit l’animal. (1)
Donald Hebb, psychologue et neuropsychologue canadien, à l’origine de la révolution cognitive aux États-Unis en fournissant à la psychologie une alternative crédible au béhaviorisme, mentionne que pour lui, les témoignages anthropomorphiques des gardiens de zoo avaient autant de valeurs que des études « hautement » scientifiques. (2)
Pour la plupart des scientifiques, l’anthropomorphisme est une dérive anthropocentrique. Ce n’est pas l’émotion de l’animal qui serait décrite, mais celle du narrateur qui fait un transfert de ses propres émotions sur l’animal. L’animal dépourvu de système émotionnel, de cognition, ni d’intelligence, se voit attribuer, par son humain, les traits de ce dernier.
A bien y réfléchir, faire de l’anthropomorphisme revient à faire ce que nous faisons naturellement : nous ressentons les émotions de l’autres et nous considérons l’autre comme un être à part entière, et non plus comme un objet. Le fait d’attribuer des émotions à un animal, c’est prendre conscience qu’il peut avoir ces émotions. Et il est nécessaire de faire de l’anthropomorphisme pour continuer à conserver le point de vue de l’animal. « Que vit l’animal ? », « Que ressent-il ? », aucune donnée ne permet de classifier l’anthropomorphisme dans un champs scientifique, mais elle peut nous amener à devenir de meilleurs humains.

Toutes les émotions ne sont pas bonnes à dévoiler

Si les émotions positives sont aisées à être mentionnée et reconnue par tous, scientifiques y compris, les négatives, beaucoup plus délicates.
Comment un responsable de parc marin, qui a investi dans une transaction énorme, avec un budget conséquent, peut admettre que l’orque, que l’on a arraché à son groupe social, puis jeté en captivité, est triste, en pleine dépression et empli de chagrin. Bien sûr que non, cet orque va très bien ! Il a le moral ! Et puis, il a couté tellement cher… Pourtant ce pauvre cétacé qui tourne en rond dans son bassin exigu, cri sa détresse avec des vocalises aigües, et exprime sa douleur et sa peine. Mais comment admettre cette émotion sans devoir se considérer comme une personne mauvaise et sans cœur, et sans avoir à prendre des décisions, qui iraient certes dans le sens d’une éthique certaine, mais à l’encontre d’une logique économique.

L’horreur vécu par les beagles, à qui on coupe les cordes vocales, pour ne plus entendre leurs gémissements et leurs pleurs, dans les laboratoires pour des essais cliniques, est peu avouable. Et ne pas ouvrir les yeux sur leurs émotions, revient à faire un dénie.

Pour avoir bonne conscience, il est préférable de ne pas dévoiler les émotions négatives que l’on percevrait. Si on en parle pas, alors ça n’existe pas. Il est tentant d’écouter seulement notre intérêt et de se convaincre que les animaux sont contents ou insensibles, parce que nous en éprouvons le désir ou le besoin. Le garde-fou de l’anthropomorphisme est le savoir et les études sur l’intelligence et les émotions animales.

L’empathie et les neurones miroirs

Si l’anthropomorphisme revient à décrire avec des mots humains ce que nous voyons, il existe des choses plus profondes. Certaines personnes ont la capacité de savoir et ressentir ce l’autre ressent, saisir les émotions de l’animal humain ou non-humain, en pleine conscience. On parle ici d’empathie affective. Des études ont montré la véracité de ce fait. Elles portent sur les « neurones miroirs ». Il s’agit d’une partie du cerveau qui permet de comprendre le comportement de l’autre. En se mettant à la place de l’autre, au sens figurer et mental. Ainsi nous pouvons ressentir ses émotions. Ce phénomène existe chez des animaux non-humains. Il a été montré, par es chercheur de l’université de Parme (3), que les macaques ont dans leur cerveau, des cellules appelées « neurones miroirs ».

L’équipe du Prof. Christophe Boesh à Leipzig a découvert que les chimpanzés en captivité, collaboraient entre eux et aidaient leurs congénères à accéder à la nourriture, quand ces derniers n’y parvenaient pas. (4)

Des expériences effectuées sur des rats, ont également montré l’empathie des rongeurs à l’égard de leurs congénères. Des rats étaient placés dans une cage au sol électrifié (cage A). Le passage de l’électricité se déclencher quand d’autres rats, placés dans une cage adjacente (cage B), ouvraient une trappe pour accéder à de la nourriture.  Les rats de la cage B ont cessé d’ouvrir la trappe quand ils ont compris que cela faisait souffrir les rats de la cage A.

Des mesures éthiques au nom des animaux

Nous sommes programmés pour projeter sur l’autre (humain ou non humain) nos intentions, nos croyances et notre mental. L’anthropomorphisme peut correspondre à ce besoin d’attribuer des émotions, sans pour autant les dénaturer. Si l’anthropomorphisme en quoi je crois, peut être utilisé comme un outil de connaissance. Le savoir acquis par ce biais, doit être au service de l’éthique animale et au service des animaux.(5)

Corine Gomez, Comportementaliste

Ref.

  1. Gordon Burghardt : « Animal Awareness: Current Perception and Historical Perspectives », American Psychologist, 40, 1985 p.905-919-
  2. Donald Hebb : Emotion in Man and Animal : Analysis of the Intuitive Process of Recognition », Psychological Review, vol. 53, 1946, p. 88-106
  3. Vittorio Gallese & Alvin Goldman, « Mirror Neurons and the Simulations Theory of Mind-Reading », Trends in Cognition science, 2, 1998
  4. A.P Melis, B. Hare & M. Tomasello, « Chimpanzees Recruit the best Collaborators », Science, 311, 2006
  5. Mark Bekoff: The Emotional Lives of Animals : Anthropomorphisme. p.202-215

 

 

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Saint François d’Assise : l’homme qui parlait aux animaux

Saint François d’Assise serait donc le premier communicant animalier reconnu ? Chose est sûre, il est l’un des saints catholiques les plus connus et appréciés par les profanes et religieux. Un des fondateurs de l’ordre des franciscains, prônant une vie dans la pauvreté, il prêchait surtout l’amour de toute la Création. L’amour de la Nature comme intérêt majeur.

Saint François d’Assise est né en 1181 à Assise, en Italie, d’une famille aisée. Sa mère, Dona Joanna Pica de Bourlémon était une femme pieuse originaire de Provence et Pietro Bernadone dei Moriconi, son père était un très riche marchand drapier de la ville. De retour d’un voyage en France, son père décide de nommer son fils Francesco (François, « le français ») en hommage à la France, alors que sa mère l’avait fait baptiser Giovanni (Jean, du nom de l’apôtre).

Dans sa jeunesse, François fait des études de Latin et se laisse aller aux plaisirs de son âge et de son statut. Il rêve d’accéder à la noblesse et désire être chevalier. Il participe à la guerre qui oppose les bourgeois d’Assise aux nobles de la ville rivale de Pérousse. Mais il sera capturé et emprisonné pendant an.

Durant son emprisonnement, il médite sur sa vie. Libéré grâce à l’argent de son père, il est prêt à s’engager dans l’armée pour accomplir ses desseins mais, soudain, une voix le questionne : « Pourquoi sers-tu le serviteur et non le maître ? » Cet événement est important dans la vie de François et lui impose une totale remise en question. Peu à peu, il se défait de son ancienne vie agitée, de ses anciens amis ; il s’éloigne des lieux de fête et se tourne vers les chapelles et la foi.

L’Appel de la foi

En 1205, alors qu’il prie devant la croix de la chapelle San Damiano, en ruine, Jésus crucifié lui parle et dit : « François va, et répare ma maison, qui, tu le vois, tombe en ruine. » Ainsi, il s’en va vendre, à Foligno, des marchandises appartenant à son père dans le but de restaurer la chapelle. Son père, furieux l’assigne en justice pour le déshériter. Devant l’évêque d’Assise, François se dévêtit entièrement, se dépouillant du luxe qu’il porte et déclare, nu devant la foule : « Jusqu’ici je t’ai appelé père sur la terre ; désormais je peux dire : Notre Père qui êtes aux cieux, puisque c’est à Lui que j’ai confié mon trésor et donné ma foi. » L’évêque le prend alors sous sa protection. Saint François d’Assise ne sait pas que, au-delà de la restauration d’une simple église, c’est l’Église elle-même qu’il va refonder.

De la foi à la Communication animale

 

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St François d’Assise et le Loup de Gubbio

Plus tard, il se rend dans le village de Gubbio où il trouve une communauté effrayée par les attaques d’un loup. Partant à la rencontre de l’animal, il s’adresse à lui, l’appelant « Frère loup », parvient à l’apaiser et le loup se jette à ses pieds, subjugué par ses paroles. La légende voudrait que la bête, pour promettre de ne plus jamais attaquer la ville, soit venue déposer sa patte dans la main que lui tendait François, qui mit ses méfaits sur le compte de la faim et lui pardonna. Le loup aurait ainsi vécu ensuite parmi les habitants, passant de maison en maison sans que personne ne le craigne. Il mourut de vieillesse et tout le village le regretta.

 

François ne considère tout être vivant. Ainsi prêche-t-il aux animaux et aux oiseaux, comme ici : « Mes frères les oiseaux, vous avez bien sujet de louer votre créateur et de l’aimer toujours ; Il vous a donné des plumes pour vous vêtir, des ailes pour voler et tout ce dont vous avez besoin pour vivre. 
De toutes les créatures de Dieu, c’est vous qui avez meilleure grâce ; il vous a dévolu pour champ l’espace et sa simplicité ; Vous n’avez ni à semer, ni à moissonner ; il vous donne le vivre et le couvert sans que vous ayez à vous en inquiéter. »  À ces mots, rapportent le saint lui-même, les oiseaux expriment à leur façon une admirable joie, allongeant le cou, déployant leurs ailes, ouvrant le bec et le regardant attentivement.
De retour de Gubbio vers l’été 1206, François mendie pour financer la restauration de la chapelle San Damiano, mais aussi désormais de celles de San Pietro et de la Portioncule. Il décide d’« épouser Dame Pauvreté », s’habit d’une tunique avec une corde en guise de ceinture et gagne son pain de l’aumône et de travaux manuels.

 

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St François d’Assise prêchant aux Oiseaux- Giotto

Lors de la rencontre d’un lépreux, il l’embrasse plutôt que de le fuir et se prend de passion pour soigner ces pauvres hommes. « Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore dans les péchés la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignais de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. Ensuite j’attendis peu, et je dis adieu au monde. » Testament 1-3.

 

Naissance de l’ordre des Franciscains

Une communauté se resserre autour de François et il fonde l’Ordre des Frères mineurs. La première règle qu’il rédige pour cet ordre sera approuvée par le pape Innocent III de manière orale, en 1210. En 1212, il accueille Claire, une jeune noble d’Assise, avec laquelle il fonde l’Ordre des pauvres dames – appelées aujourd’hui les Clarisses.

Ensuite, bien décidé à mettre fin à la guerre entre Chrétiens et Musulmans, il parvient, après avoir été capturé, à rencontrer le sultan de Babylone en personne et tente, en vain, de le convertir. Il prêche l’Évangile avec un tel charisme et une telle dévotion que le sultan lui accorde toute son attention. « Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue : ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes », raconte saint Bonaventure.

Revenu en Italie, et devant ce qu’est devenue sa communauté et les désaccords qu’il entretient avec elle – notamment au sujet de l’éducation –, il se résigne à la diriger. En 1215, il crée à Bologne un troisième ordre pour les laïcs, le Tiers-Ordre, dont la première règle sera approuvée en 1221. En 1223, il invente le principe de la crèche de Noël au couvent de Greccio, près d’Assise. Il se retire ensuite dans un ermitage pour écrire la deuxième règle du Tiers-Ordre, qui sera approuvée la même année par Honorius III.

Retraite et mort

Menant toujours une vie retirée, François tombe malade et se réfugie dans une hutte près de la chapelle San Damiano, comme un retour aux origines. Dans un état très fragile, il y écrit le premier texte en italien moderne, où il fait part de son amour de toute la création et en remercie le Seigneur. Il meurt le 3 octobre 1226 dans la chapelle du Transito.

francois-dassiseL’homme qui prêchait aux oiseaux et considérait tout être vivant comme un frère est canonisé par le pape Grégoire IX deux ans après sa mort, en 1228. Ainsi saint François d’Assise, cet amoureux de la Nature et de l’unité de la Création qui prêchait l’humilité, la paix et l’Amour, est-il devenu le saint patron des louveteaux – enfants scouts de 8 à 12 ans – et des animaux. Il aimait les bêtes et, dit-on, celles-ci le lui rendaient bien, comme si elles ressentaient l’Amour bienveillant qui se dégageait de sa personne. En 1979, le pape Jean-Paul II le nomme, pour son œuvre, saint patron des écologistes. L’actuel pape François, de son aveu même, a choisi ce nom en hommage à ce saint illustre.

Après une jeunesse agitée, il a voulu toute sa vie être pauvre parmi les pauvres, « suivre nu le Christ nu ». Son nom évoque un art de vivre et une manière d’être Chrétien. « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix », disait-il dans l’une de ses prières. Il s’est fait maître de la contemplation, a chanté partout son amour de la Création, et a répandu la joie de l’Évangile. Par les similitudes de son parcours avec celui de Jésus – de là est peut-être née la légende de l’accouchement dans la paille –, on va parfois jusqu’à l’appeler « l’autre Christ ». Saint François d’Assise est fêté le 4 octobre.

Ref :
Christopher Lings
http://www.lebreviairedespatriotes.fr/03/10/2013/a-la-une/saint-francois-dassise-lhomme-qui-prechait-aux-oiseaux/