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Les animaux non-humain peuvent- ils se suicider ?

Commentaires et traduction de l’essai du Dr David M. Peña-Guzmán « Can non-human animals commit suicide« 

Commentaires: L’essai rédigé par le Dr Pena-Guzman fait appel à diverses approches. L’approche stricto sensu scientifique montre une dualité dans les visions : nombres de scientifiques soutiennent que les animaux se peuvent pas se suicider, car ils sont dépourvus de caractéristiques humaines qui sont des critères inaliénables pour mener au comportement suicidaire, tels que la subjectivité réflexive, el libre arbitre ou la conscience de la mort. D’autres éminents scientifiques avancent quant à eux, des arguments en faveur de la possibilité du suicide chez les animaux : les capacités émotionnelles, cognitives et comportementales chez les animaux sont aussi élaborés que chez les humains.

Si on s’inscrit dans une approche d’évolution continuitive, peut-on exclure que les animaux non humains ont développé à l’instar des animaux humains, des comportements similaires ou parallèles ?

Les scientifiques s’appuient sur des preuves, des observations et des modélisations pour démontrer des vérités. Est-il nécessaire de rappeler, que ce n’est pas parce qu’on ne voit pas une chose, qu’elle n’existe pas !

De plus, créer des modèle dans la recherche sur le suicide animal, signifierait « maltraiter suffisamment un animal » (voire des dizaine), pour les pousser au suicide. Et en ce point, une telle recherche serait controversé et répréhensible d’un point de vue éthique. Ainsi l’approche éthique et philosophe du suicide animal s’interposerait en ce sens.

Le Dr Pena-Guzman expose ces approches avec des arguments et des éléments qui laissent à penser que si la science se posent des question sur la possibilité que le suicide existe chez les animaux non humain, notre sens de l’éthique devrait nous pousser à tout faire pour éviter ces probabilités.

Corine Gomez, comportement

Je vous laisse découvrir l’essai, ci -dessous:

Abstract: Beaucoup de gens croient que seuls les humains ont des capacités cognitives et comportementales, et donc des capacités nécessaires pour un comportement suicidaire. Dans l’article, il sera notamment question de la subjectivité réflexive, du libre arbitre, de l’intentionnalité ou encore de la conscience de la mort. Trois contre-arguments – basés sur les émotions négatives et les psychopathologies chez les animaux non humains, la nature du comportement autodestructeur, et le schéma récurrent du suicide dans la recherche – suggèrent que les comportements auto-destructeurs et auto-flagellateurs chez les animaux humains et non humains varient le long d’un continuum.

Contre le concept de suicide chez les animaux

Le suicide est un phénomène complexe. Dans le cas des êtres humains, il soulève une question épineuse sur la vie et la mort auxquelles aucun être vivant n’est peut-être en mesure de répondre. Un problème auquel Camus (1955) a dit un jour: «Il n’y a qu’une seule question philosophique sérieux, et c’est le suicide ». Curieusement, le concept de suicide semble perdre toute sa complexité lorsqu’il est appliqué aux animaux non-humains, car beaucoup de personne considèrent que les animaux ne disposent pas des ressources émotionnelles et cognitives nécessaires, pour le commettre. Ce que Shneidman (1985) appelle «le meurtre au cent quatre-vingtième degré». Pour eux, le concept de suicide animal ne peut être qu’une blague, une erreur de catégorie ou une illusion anthropo-morphisque.

Ils répondent généralement à la suggestion selon laquelle certains animaux peuvent se livrer à des activités suicidaires, en subordonnant le suicide à certaines fonctions ou capacités que seul l’homme (les êtres humains) sont présumés posséder, tels que la subjectivité auto-réfléchissante, le libre arbitre ou la conscience de la mort. Ces points ne sont toutefois pas concluants.

Cependant ils sont en conflit avec les recherches empiriques sur les capacités des animaux non-humains qui s’appuient sur des hypothèses concernant la place de l’homo sapiens dans l’ordre des choses.

1.1. La subjectivité réflexive

Selon certains avis, le suicide n’est possible que pour les animaux dotés d’une forme de subjectivité qui comprend non seulement la sensibilité, mais aussi un type spécifique de subjectivité auto-réflexive (désormais «réflexivité») grâce à laquelle un animal est capable de se saisir en tant qu’agent capable d’agir (c’est-à-dire en tant que «je»). Le suicide, de ce point de vue, est un acte fondamentalement réflexif (sur soi) dont l’agent (le Je) est à la fois sujet et objet. En tant que tel, il nécessite un niveau de sophistication subjective que les animaux n’ont tout simplement pas.

Ce point de vue souffre de deux inconvénients. Le premier est autant conceptuel qu’empirique: elle suppose que la réflexivité est une dichotomie tout ou rien,et que les animaux n’en ont pas, ou en maquent résolument. Pourtant, nous n’avons aucune raison – du moins pas depuis que Darwin a mis les humains et les animaux sur un continuum naturel dans « Sur l’origine des espèces » (1859) et « La descendance de Man » (1871) – d’attendre de telles discontinuités dans la nature. Dans un article publié dans « TRENDS in Écologie et évolution » en 2004, Bekoff et Sherman soutiennent que la diversité naturelle et l’évolution biologique rendent très peu probable qu’il n’y ait qu’une seule norme pour classer les animaux, en deux classes simples: les nantis qui possèdent et les non-nantis qui ne possèdent pas.

Il n’y a pas de « test évident »pour déterminer le degré de connaissance de soi parmi tous les taxons »(p. 178). Pour faire suite aux thèse de Darwin, Bekoff et Sherman soutiennent que les animaux ont différents types de degrés de conscience de soi – types qui ne peuvent pas être réduits à «des types simples», et des degrés qui ne peuvent pas être facilement quantifiés. De nombreuses recherches empiriques soutiennent ce paradigme (DeGrazia 1996; Baars 2005; Seth, Baars et Edelman 2005; DeGrazia 2006; Feinberg et Mallatt 2013; Tononi et Koch 2015; Rowlands 2016).

Cette recherche remet en question la croyance conventionnelle voulant que la connaissance de soi définisse les êtres humains seulelmzent et exclue le reste de la nature (Bekoff et Sherman 2004, p. 179).

Bekoff et Sherman (2004) soulignent la diversité des animaux de ce continuum en identifiantau moins trois types différents de subjectivité qui sillonnent le règne animal de manière élaborée et non linéaire (voir le tableau 1), ce qui suggère que la connaissance de soi est un continuum qui évolue constamment (et dans de multiples directions) plutôt qu’une dichotomie qui sculpte et cisaille la nature à ses articulations: «Le degré de connaissance de soi des individus dans les espèces peuvent être représentées comme un point sur un continuum de complexité et de conscience participative »(p. 176). Comme tout le reste dans la nature, la connaissance de soi est une question de degré.

L’incohérence interne est le deuxième inconvénient sur l’idée que seuls les humains ont la subjectivité réflexive (cf. l’objet et le sujet) et donc que seuls les humains peuvent se suicider. Même si la réflexivité était une dichotomie naturelle et une condition nécessaire au suicide, il ne s’ensuivrait pas que la dichotomie correspond parfaitement à la classification des espèces. Il ne s’ensuivrait pas non plus que seuls les humains peuvent se suicider. Il existe des humains dont les comportements suicidaires ont été documentés, mais qui peuvent ne pas répondre aux exigences d’une théorie de la subjectivité réflexive, les enfants par exemple. (Stefanowski-Harding 1990; Matter and Matter 1984; Martin 2014; Heise, York et Thatcher 2016; Bodzy et al. 2016). Bon nombre d’animaux non-humain réussissent le test d’auto-reconnaissance, et de par là répondent aux exigences de réflexivité.

Les singes, les dauphins, les éléphants et la pie eurasienne, par exemple, ont tous passé le test de Gallup. (1970) : le célèbre « test du miroir », que de nombreux experts du comportement animal considèrent comme le test de la subjectivité réflexive et de la consciente de soi (Prior, Schwarz et Güntürkün 2008), alors que certains enfants humains échouent jusqu’à l’âge de six ans (Willett 2014, p. 122) .

D’où l’argument que les animaux ne peuvent pas se suicider parce qu’ils n’ont pas de notion de subjectivité.

Si on exclue tous les non-humains du domaine du suicide, cet argument devrait être être interprétée de manière assez stricte – dans ce cas, cela exclurait inévitablement certains humains.

Inversement, pour inclure efficacement tous les humains, il faudrait l’interpréter de manière plus libérale et dans ce cas, cela inclurait inévitablement des non-humains.

1.2. Le libre arbitre

Certains penseurs utilisent le concept de libre arbitre comme argument contre le suicide des animaux, en partie parce que ce concept façonne nos intuitions à propos du suicide (Szasz 1986; Higonnet 1986; Hassana 1998; Douglas 2015) . Inspiré par une compréhension théologique des êtres humains, de tels penseurs soutiennent que les animaux ne peuvent pas se suicide, car le suicide est une expression du libre arbitre, que seuls les humains en sont pourvus.

Est-ce que les animaux tels que les vaches, les cochons, les perroquets, les chiens et les orangs-outans ont le libre arbitre?

Bien que cela soit incompatible avec l’orthodoxie théologique, il est possible de prétendre que c’est le cas. Certaines cultures le revendiquent déjà, de même que des experts du «choix de comportement volontaire» et de la «Théorie du renforcement positif». Ces derniers considèrent que les animaux ne sont pas des agents passifs dans le processus de recherche, mais des participants actifs qui peuvent choisir de participer ou non à la recherche de leur propre volonté (Berns, Brooks et Spivak 2012; Tan et Hare 2013; Fenton 2014) . Dans un article de 2012 publié dans Biology & Philosophy, Fenton affirme que certains des animaux (des chimpanzés) ont la capacité de modifier leurs types d’interactions avec les humains et que, par conséquent, les protocoles de recherche, qui ne considèrent pas cette capacité, peuvent échouer en raison «des normes d’éthiques de la recherche »(p. 89). Le primatologue japonais Tetsuro Matsuzawa est du même avis. Après des décennies de travail avec les chimpanzés, Matsuzawa en est venu à la conclusion que les chimpanzés agissent librement et volontairement. Comme il le dit explicitement, ils agissent « sur la base de leur libre arbitre » (Matsuzawa, 2006). Comme Fenton, il pense également que la recherche comportementale et biomédicale doit s’adapter aux capacités volontaires et décisionnelles des chimpanzés, au même titre que la recherche biomédicale sur des sujets humains incorpore la capacité des êtres humains à consentir aux soins médicaux.

Maintenant, on pourrait éviter d’attribuer le libre arbitre à des animaux non humains selon Steward (2015), qui établit un équilibre fragile entre les engagements théologiques en faveur de l’exceptionnalisme et le corpus croissant de preuves empiriques selon lesquelles les animaux peuvent aussi agir librement (ou au moins aussi librement que les humains) en faisant la distinction entre ce qui est appellé «la pleine liberté»et« les capacités d’action volontaire ». Steward dit, que seuls les êtres humains ont un libre arbitre à part entière, mais de nombreux animaux peuvent agir volontairement. À première vue, cette position semble assez raisonnable, parfaitement logé entre les extrêmes. Il satisfait les théologiens qui affirment avec force que seuls les humains ont le libre arbitre et les scientifiques naturels dont les recherches indiquent que les animaux sont plus que des automates cartésiens ou des boîtes noires pavloviennes.

Cependant, si nous examinons attentivement cette position, elle se révélera rapidement intenable, voire incompréhensible. Dès que nous acceptons que les animaux ont des préférences, qu’ils les expriment et poursuivent ces préférences dans divers contextes, qu’ils planifient l’avenir, qu’ils maintiennent leurs intentions pendant de longues périodes, qu’ils acceptent et se dissocient de situations différentes et qu’ils font des choix non pré-déterminés, il devient assez difficile de voir les différence significative entre avoir un libre arbitre à part entière et simplement avoir la capacité d’agir librement.

Quelle différence empiriquement cela fait-il qu’un animal ait le libre arbitre ou qu’il soit complètement épanoui?

Y a-t-il des exemples qui montrent qu’un animal doté d’un libre arbitre à part entière peut faire des choix particuliers, qu’un animal seulement doté de capacités d’action volontaire ne peuvent pas faire ? Cela ne semble pas être le cas. Cette distinction peut alors être un cas classique de ce que William James (1995) avait autrefois appelé «la coupe de cheveux scolastique», une référence à la pratique médiévale consistant à faire des distinctions linguistiques dénuées de fondement empirique.

Par définition, le libre arbitre est un concept métaphysique. Il dénote une force qui est causalement efficace mais qui reste en quelque sorte en dehors de l’ordre de la nature, c’est-à-dire une force dont les effets peuvent être ressentis dans le monde naturel, mais cela ne change rien à ce qu’il se passe dans ce monde. En tant que tel, ce concept a un air anti-naturaliste qui peut être incompatible avec l’épistémologie scientifique en général et avec les compréhension contemporaines du suicide en particulier.

Définir le suicide en termes de libre volonté, c’est placer le phénomène sur un piédestal métaphysique, en dehors de la portée de la science et des explications – littéralement au-delà de la (méta) nature (physis). Pourtant, il n’est pas rare pour les scientifiques et les laïcs de réagir aux histoires d’animaux suicidaires : citons par exemple, le cas du scorpion qui se pique quand il est entouré par le feu ou le rat qui cherche l’odeur d’un chat et se fait tués. Les scientifiques affirment qu’il ne s’agit pas de «vrais» suicides, car ils peut être expliqué en termes de causes purement naturelles – par exemple, une réaction réflexe simple dans le cas du scorpion et de l’activité du parasite Toxoplasma gondii dans le cas du rat.

Les vrais suicides, disent-ils, exigent un «choix libre de la volonté».

L’hypothèse qui sous-tend que si une mort auto-induite peut être expliquée de façon naturalistique (par des processus physiques, chimiques, biologiques ou psychologiques), elle ne peut être appelé «suicide». Que dire alors de la mort humaine auto-provoquée qui peut aussi être expliqué de cette manière? Prenons le cas des antidépresseurs. Il est de notoriété publique que le nombre de suicides augmente pendant le traitement antidépresseur avec sérotonine sélective des inhibiteurs de la recapture (ISRS). ISRS, qui se trouvent dans les antidépresseurs populaires comme le Prozac, le Paxil et le Zoloft. Ils affectent le cerveau de manière à ce que les patients qui les prennent puissent éprouver de nombreux états émotionnels généralement associés au suicide (dépression, manie, agression, etc.). Maintenant, imaginons qu’un patient sous ISRS se suicide. En supposant que la science fasse le lien entre les ISRS et le suicide, nous pourrions accepter une explication purement naturaliste du suicide. Nous dirions: «La cause de la la mort de la patiente était l’effet des ISRS sur son cerveau. » Nous ne dirions pas: » La cause était sa mort est le pouvoir transcendental, donné par Dieu, d’agir d’une manière qui ne soit déterminée par aucune cause. « 

Perlin (1994) observe que la vision médiévale du suicide comme «pécheur» a donné la façon moderne de l’interpréter comme «environnementale». Aujourd’hui, les chercheurs recherchent les mécanismes causaux impliqués dans le suicide; et ils les recherchent dans le domaine de la physique nature, pas au-delà. Aucune théorie scientifique contemporaine n’explique le suicide via le concept de libre arbitre. Les théories neurologiques se concentrent sur les processus neurochimiques concomitants avec suicide. Les théories psychologiques se réfèrent au contenu émotionnel et cognitif du suicide et de l’esprit (pensées, sentiments, affects, tendances). Les théories sociologiques, épidémiologiques et écologiques se concentrent sur les facteurs sociaux, environnementaux et politiques qui agissent sur les individus : la pauvreté, le sans-abrisme, la toxicomanie, la maladie mentale, les caractéristiques du milieu de vie, des modèles de désorganisation sociale et des systèmes fracturés de signification (Jones 1982). Même s’ils sont en désaccord sur de nombreux points, toutes ces théories s’accordent sur un même point – à savoir que la cause du suicide doit être recherchée non pas danbs le domaine métaphysique qui est extrait du monde empirique, mais dans le monde empirique lui-même. Durkheim (2002) a fait valoir ce point de manière assez convaincante dans son étude fondamentale de 1897 sur le suicide, où il a rejeté les cadres transcendantaux en faveur des cadres empiriques (Douglas 2015). Plus de cent ans plus tard, la science continue de suivre l’initiative de Durkheim. Comme l’écriture de cet article, aucune théorie scientifique du suicide n’intègre le libre arbitre dans son espace explicatif. Il faut donc se poser la question suivante : si nous n’utilisons plus le concept de le libre arbitre pour donner un sens au suicide humain, pourquoi l’utilisons-nous dans le cadre de ces actes pour les non-humains?

1.3. La conscience de la mort

On dit généralement que pour se suicider, un individu doit avoir l’intention de créer sa propre mort, ce que les animaux ne peuvent pas faire car ils ne peuvent pas «représenter» ou «conceptualiser» la mort en première place. Mais même si nous supposons, pour les besoins de l’argumentation, que les animaux n’ont pas de concept de mort, on ne sait toujours pas pourquoi cela devrait les empêcher de se suicider. D’autant qu’il y a des humains qui se suicident et qui peuvent aussi ne pas posséder ce concept (par exemple, les enfants). En outre, il n’est pas prouvé que les animaux soient dépourvus de ce concept.

La mort joue un rôle plus central dans la vie de nombreux animaux . Des rituels funéraires ont été observés chez diverses espèces animales, notamment les corbeaux (BBC News 2015), pies (Bekoff 2009a), gorilles en captivité (Morin 2015), renards roux (Bekoff 2009b), les éléphants et les dauphins (Goldman 2012). En outre, de nombreux animaux – y compris les animaux de compagnie tels que les chats et les chiens, et les animaux de la ferme comme les chevaux, les lapins et les oiseaux – des expériences ont montré les sentiments de deuil, de mélancolie et de chagrin éprouvés lors de la mort d’un parent, amis ou compagnons , ce qui peut signifier que les survivants comprennent la différence entre la vie et la mort (Angier 2008; King 2013; Bekoff 2009b). Ces sentiments peuvent être si aigus que les vétérinaires recommandent que les animaux endeuillés “aient le droit de voir le corps d’un compagnon récemment décédé [… comme]. Cela peut aider avec une sorte d’acceptation de la perte »(Wedderburn 2015, p. 1). Comme leur les humains, les animaux non-humains comprendre la finalité de la mort; comme nous, ils ont besoin de dire au revoir. Dans l’étude de Walker, Waran et Phillips (2016), sur les perceptions des propriétaires concernant la réaction de leurs compagnons non-humains à la mort d’un autre animal, ils soutiennent ce point de vue : les animaux doivent dire adieu à leur compagnons.

Des recherches dans le domaine émergeant de la «thanatologie pan», qui consiste à étudier comment les membres du genre Pan se situent et traitent la mort. Ils montre également que les chimpanzés et les bonobos ont une emprise sur la mort qui dépasse le simple fait d’expérimenter le chagrin et la tristesse à la vue du visage d’un être cher qui n’est plus. Les membres de ce genre ont des rituels entourant la mort,

Les bonobos, par exemple, empêchent souvent les corps d’amis et de proches décédés, d’être déplacés ou touchés par des étrangers, même si cela implique de causer un préjudice à eux-mêmes (NOVA 2008), alors que les chimpanzés traitent des congénères malades et en bonne santé différemment, tout comme ils traitent les corps des malades différemment avant et après la mort (Anderson, Gillies et Lock, 2010). Des chimpanzées ont été filmées portant le restes momifiés de leurs bébés sur le dos pendant des semaines ou des mois après que les bébés ont péri (Matsuzawa 1997; Biro et al. 2010). Ce comportement, qui réfute sans doute la thèse de Varki et Brower (2013) selon laquelle seuls les humains peuvent «nier» la mort, a été documentée chez un large éventail de mammifères, y compris des mammifères terrestres tels que les gorilles, babouins, macaques, lémuriens et géladas (Goldman 2012, p. 1), et mammifères marins tels que les grands dauphins Indo-Pacifique, dauphins spinelles, épaulards, baleine à bosse australienne, dauphins, cachalots, dauphins de Risso et globicéphales noirs (Reggente et al.2016).

2. Arguments en faveur du concept de suicide chez les animaux

Les scientifiques qui défendent ouvertement la possibilité de suicide animal sont une minorité. Cela pourrait être dû à l’excentricité du sujet, mais aussi à la façon dont la plupart des scientifiques actuellement à l’apogée de leur carrière ont été formés pour réfléchir et écrire sur animaux dans les années 60, 70, 80, 90 et le début des années 2000 – à savoir, à une distance fraîche et avec un air de scepticisme, et sans jamais imputer des émotions, des sentiments, ou même un état mental aux animaux, de peur de sonner «anthropomorphique» (King 2013, p. 8; Bekoff 2007, p.xvii).

Sans le savoir, un bon nombre de chercheurs peuvent donc se choisir eux-mêmes des sujets de recherche qui nécessitent une discussion sur ce que Bekoff (2007) appelle «la vie émotionnelle des animaux », y compris le suicide. Quoi qu’il en soit, ce qui devrait nous surprendre c’est qu’il n’y ait pas plus de scientifiques qui embrassent ouvertement la possibilité du suicide chez les animaux. Ceci suggère qu’il existe des raisons scientifiquement valables de croire que le suicide peut ne pas être un phénomène exclusivement humain.

2.1. Émotions négatives et psychopathologies

Certains chercheurs admettent que certains animaux peuvent avoir «la machinerie mentale pour commettre un suicide »(Preti 2011b), car ils peuvent expérimenter de nombreux états émotionnels typiquement liée au suicide (p. 2). Un large éventail d’animaux éprouvent de l’impuissance (Seligman 1972; Malkesman et al. 2009), la léthargie (Anderson, Gillies et Lock 2010) et de nombreux autres ont des états symptomatiques de la dépression, tels qu’anxiété chronique, agressivité, des problèmes de sommeil et d’anhédonie (Preti 2011a). Certains présentent même des pathologies homologues à des troubles psychiatriques humains reconnus comme antécédents de suicide, y compris les troubles post-traumatiques.

Les troubles de stress, troubles de l’alimentation et antisocial, limite et schizoïde, des troubles de la personnalité (Lilienfeld et al. 1999; O’Connor et al. 2001; Bradshaw 2005; Bruene et al. 2006) . Il est également révélateur à cet égard que nous diagnostiquons régulièrement des animaux en utilisant des modèles psychologiques et psychiatriques humains et nous traitons leurs troubles mentaux avec des médicaments destiné à l’usage humain. Par exemple, il n’est pas rare que des animaux domestiques et captifs, luttant contre l’anxiété chronique et la dépression se font prescrire des antidépresseurs humains comme le Prozac, le Xanax et le Paxil (Braitman 2014; Korte et al. 2007; Overall 2000), souvent avec des résultats favorables (Crawley, Sutton et Pickar, 1985).

2.2. Comportement auto-destructeur parallèle

Les animaux non humains pratiquent souvent les mêmes types de comportements d’auto-mutilation et d’autodestruction qui, chez les êtres humains, sont décrits comme «suicidaires». Crawley, Sutton et Pickar (1985) constituent un condensé utile de preuves de comportements autodestructeurs chez animaux non humains qui sont «pertinents pour les comportements autodestructeurs et suicidaires chez l’homme»(p. 300), sur la base desquelles ils concluent que «l’être humain n’est pas le seul à manifester comportements qui finissent par causer l’automutilation ou la mort »(p. 308) (voir tableau 2).

Certes, de nombreux comportements énumérés par Crawley, Sutton et Pickar (1985) ont été expliquée par des théories qui ne font aucune référence au suicide. Cela est mis sur le comptes de l’évolution de la sélection, par exemple, comment expliquer avec succès le comportement altruiste des hyménoptères, alors que les théories écologiques de la croissance démographique expliquent le comportement de dispersion des lemmings. Mais il y a une différence entre la façon dont nous expliquons le comportement et comment nous l’appelons. Comme nous expliquons le décès d’un patient sous ISRS en faisant appel aux effets du médicament et en appelant la mort, un «suicide», nous pouvons expliquer nombre de ces comportements de nombreuses façons et appelez-les «suicidaires». Néanmoins, nous voudrons peut-être diviser Crawley, Sutton et Pickar (1985) des preuves «faibles» et «fortes». Des preuves faibles incluraient des facteurs comportementaux généraux. Ils existent des parallèles entre les humains et les non-humains qui ne sont pas spécifiques au suicide, alors que force est de constaté que ces preuves incluraient des parallèles biologiques, chimiques, neurologiques et psychologiques avec des liens plus direct au suicide. Gould et al. (2017) a récemment décrit plusieurs de ces parallèles en détails, ainsi que d’autres non mentionnés dans Crawley, Sutton et Pickar (1985), tels que «les anomalies du système des neurotransmetteurs, modifications endocriniennes et neuro-immunes, […] déficits décisionnels, ainsi que le rôle des interactions critiques entre génétique et facteurs épigénétiques »(Gould et al. 2017, p. 1).

Envisager, comme de preuves solides, les comportements autodestructeurs des cétacés et, plus spécifiquement, le sujet controversé du suicide des dauphins. À l’Academy Award-Winning, le documentaire primé « The Cove » (2009), le dresseur de dauphins et activiste des droits des animaux, Richard O’Barry affirme avoir observé un dauphin nommé Kathy se suicider, en choisissant de ne plus respirer. Selon O’Barry, Kathy, apparue dans le film des années 1960 « Flipper », était gravement déprimé après avoir passé toute sa vie en captivité. O’Barry a dit, « elle a probablement perdu sa volonté de vivre et s’est suicidée: «Ce sont des créatures conscientes de soi avec un cerveau plus grand qu’un cerveau humain. Si la vie devient si insupportable, ils ne prennent tout simplement pas le prochain souffle. C’est un suicide » (Nobel 2010, p. 1).

Aux oreilles sceptiques, cette histoire sent l’anthropomorphisme. Il semble projeter sur un dauphin une gamme d’états mentaux et de motivation que seuls les êtres humains sont supposés expérimenter.

Pourtant, selon Naomi Rose, une experte de renommée mondiale en comportement des orque et membre du Comité scientifique de la Commission baleinière internationale, la proposition d’O’Barry n’est pas aussi aussi invraisemblable que certains puissent le penser (Braitman 2014, p. 167). Elle n’est pas seule dans cette vue.

Marino (2016), un expert en cognition des dauphins dont les recherches ont d’abord montré que les dauphins passent l’épreuve du miroir de Gallup et sont d’accord avec elle. Dans un livre blanc sur le suicide des dauphins, Marino affirme que «les preuves comportementales, cognitives, neurologiques et physiologiques suggèrent qu’il est possible que les dauphins possèdent la capacité de mettre fin à leurs propres vies »(p. 1). Elle donne trois raisons de ce point de vue.

Premièrement, les dauphins sont des mammifères extraordinairement intelligents capables de prendre conscience de soi et métacognition. Ils se reconnaissent dans un miroir (Reiss et Marino 2001), «ils démontrent leur conscience de leur propre corps de diverses manières» (Mercado et al. 1998, 1999) et ils affichent une cognition sociale de haut niveau (Marino 2016, p. 1-2).

Dauphin aux comportements dépressifs en captivité

Seconde, les dauphins ont un grand cerveau complexe: «Le néocortex des dauphins (la partie du cerveau impliquée dans la pensée d’ordre supérieur) est massive et encore plus alambiquée. En outre, le système limbique du dauphin, une série de structures neuronales et de circuits qui contrôlent la mémoire et les émotions à long terme, est particulièrement élaboré« , qui suggère que les dauphins «possèdent une capacité sophistiquée d’émotions et de processus de pensées qui seraient impliqués dans des états de motivation complexes, tels que ceux qui accompagnent les pensées suicidaires »(ibid., p. 2).

Et troisièmement, la nature de la respiration des dauphins fournit un mécanisme viable pour l’exécution du suicide. Contrairement aux humains, les dauphins sont des respirateurs volontaires. Chaque respiration qu’ils prennent reflète une décision consciente qu’ils prennent. « Ils n’ont pas la réaction d’inhalation involontaire qui causerait la noyade chez l’homme et d’autres animaux terrestres. Au lieu de cela, les dauphins peuvent retenir leur souffle indéfiniment jusqu’à ce qu ‘ils meurent d’hypoxie. Ceci fournit un mécanisme physiologique qui permettrait de cesser de respirer volontairement »(ibid.). 19 Marino conclut que les dauphins peuvent être capables d’avoir l’intention de se suicider. Elle ajoute cependant que la conclusion est provisoire car il est difficile de confirmer des états subjectifs.

L’histoire particulière d’O’Barry, ainsi que les preuves récoltées suggèrent que la capacité de suicide «peut exister chez les dauphins »(ibid.). King (2013) fait écho à cette affirmation, en affirmant que l’hypothèse de la présence de cette capacité chez les dauphins ne peut être exclue même lorsque la technologie du sonar militaire joue un rôle dans la mort auto-infligée d’un dauphin (p. 122). [Voir aussi King 2016 et accompagnant commentaires, ce journal. – éd.]

En général, les preuves d’un comportement auto-destructeur et autodestructeur chez les animaux sont importants et nombreux. Dans un rapport de 2007, Preti a passé en revue toutes les recherches sur le suicide chez les animaux publiées entre 1967 et 2007 dans les bases de données Medline / PubMed et Psycho-INFO pour déterminer si les preuves disponibles étayaient la conviction que les animaux se livraient à des actes suicidaires.

Son examen complet a fourni de nombreuses preuves de cette conviction. Beaucoup d’animaux, particulièrement captifs et isolés, adoptent des comportements autodestructeurs qui fonctionnent pleinement gamme allant de l’automutilation à l’auto-canibalisme (p. 834). Certaines des espèces mentionnées dans les rapports de Preti incluent des singes rhésus, des lapins, des rats, des psittacidés et des poulpes, accepte d’autres mécanismes de suicide chez les dauphins, notamment le refus de manger et le refus de s’engager avec d’autres, qui entraînent tous deux une mort lente (Braitman 2014, p. 168).

La liste est non exhaustive. Ailleurs, Preti s’appuie sur cette idée en indiquant que de nombreux animaux se laisse mourir de faim volontairement s’ils sont capturés ou séparés de leurs proches, alors que d’autres s’autodétruisent dans la psychopathologie. D’autres encore perdent tout simplement leur intérêt dans des activités typiques d’espèce, améliorant la vie si elles se trouvent dans des conditions de vie sous-optimale, en particulier celles «perçues comme incontrôlables» (Preti 2011a, p. 819). Preti (2007) termine sur une note similaire à celle de Marino: bien que les preuves existantes ne prouvent pas que les animaux se suicident, cela démontre que cette possibilité ne peut être «rejetée a priori» (p. 843).

2.3. Le dilemme de la fidélité du modèle dans la recherche sur le suicide

Les modèles sont des représentations conceptuelles qui aident les scientifiques à expliquer et à prédire les phénomènes naturels. Avec eux, les scientifiques décrivent les mécanismes de causalité impliqués dans différents types de phénomènes et faire des estimations sur le comportement futur des systèmes de ressources naturelles. Les modèles facilitent ce que les philosophes de la science appellent le «raisonnement de substitution», qui est une manœuvre épistémique par laquelle on fait des déductions sur un système cible en observant le comportement d’un modèle, en faisant des prédictions sur son comportement futur et en extrapolant du modèle à la cible.

Dans la littérature de philosophie de la science, les modèles qui capturent assez de les relations de causalité d’un système cible pour aider les scientifiques à tirer des conclusions fiables concernant son comportement est dit «d’un ordre de fidélité élevé». Des modèles qui ne parviennent pas à accélérer les recherches scientifiques.

L’explication et la prédiction, en revanche, sont considérées comme «d’un faible ordre de fidélité». Alors que les modèles d’animaux sont éthiquement controversés (DeGrazia 2016; DeGrazia et Sebo2015; Conlee 2012), ils sont régulièrement utilisés dans la recherche sur le suicide humain, où ils sont considérés comme «des outils formidables pour étudier l’étiologie d’une maladie, son évolution et son potentiel traitement »(Preti 2011a, p. 818). La plupart des chercheurs sur le suicide croient, explicitement ou implicitement, qu’il existe un lien clair et vérifiable entre les modèles animaux et leurs systèmes cibles et que, par conséquent, les premiers sont d’un ordre de fidélité élevé (Lipsaka 2000) – sinon, ils n’utiliseraient pas ces modèles dans leurs recherches, et encore moins les traiteraient comme fiables.

En effet, la validation de modèles animaux est si forte que les chercheurs les parlent de triple validation, c’est-à-dire validé dans trois sens: (1) au sens d’avoir un degré élevé de « correspondance » ou de « similitude » avec leur mécanisme cible (« validité apparente »), (2) dans la façon d’induire des changements de comportement chez les animaux «pouvant être surveillés et inversés par les modalités de traitement efficaces chez l’homme  » (« validité prédictive « ), et (3) dans le sentiment de capturer des voies biologiques, chimiques et neurologiques ayant une importance causale chez des animaux comparables à ceux qui interviennent dans la biologie et le comportement humains (« validité ») (ibid.).

Il est de constaté que l’engagement des scientifiques envers leur utilisation a des conséquences sur le suicide chez les animaux. Actuellement, les chercheurs utilisent des modèles animaux pour étudier les états émotionnels considérés comme des antécédents au suicide, aux comportements autodestructeurs de l’être humain et au «comportement biologique intermédiaires» qui, chez l’être humain, mènent d’un antécédent émotionnel à un effet comportemental (par exemple, de la psychopathologie à l’autodestruction). Cela implique que les animaux peuvent expérimenter certaines de ces émotions et des psychopathologies conduisant au suicide chez l’homme (Malkesman et Al. 2009, p. 165) et donc que les animaux peuvent adopter des comportements qui, chez l’homme, sont «suicidaire» et que les processus intermédiaires sont similaires chez l’homme et chez l’animal (ou, du moins, suffisamment similaire pour permettre un raisonnement de substitution dans la recherche sur le suicide) (Crawley, Sutton et Pickar 1985; Preti 2011a). Nos meilleures pratiques de recherche nous engagent donc à considérer que les animaux non- humains (i) expérimentent les conditions émotionnelles et psychologiques que, chez les êtres humains, se suicident; (ii) afficher des comportements qui, chez l’homme, sont exemplaire du suicide; et iii) subissent les mêmes processus biochimiques et biologiques (i) à (ii).

Sur quoi nous basons-nous alors pour penser qu’il serait impossible pour un animal de se suicider ou d’adopter un comportement suicidaire?

Peut-être que la réponse n’est qu’un biais d’interprétation impactant les domaines de la recherche sur le suicide: le parti pris de l’humanisme. Dès son plus jeune âge, on nous apprend que l’homme se tient au-dessus de tous les autres animaux en vertu de posséder un « quelque chose » spécial (raison, langage, subjectivité, volonté libre, conscience de la mort ou autre chose) qui nous donne un statut moral exceptionnel et inimitable. Cette croyance affecte notre façon de penser et de parler des animaux, sans parler de la façon dont nous les traitons. Cela peut également affecter la façon dont nous interprétons les données sur la richesse et la complexité de leur vie cognitive, comportementale et sociale.

Nous sommes amener à appliquer des normes de preuve atypiques dans certains contextes mais pas dans d’autres et donc de rejeter d’emblée les hypothèses selon lesquelles nous sommes psychologiquement prédisposé à douter ou à rejeter des évidences (Leavens, Bard et Hopkins 2017; Willett 2014; Burghardt 2016). On pourrait soutenir qu’en sciences animales, ce biais se manifeste principalement comme un parti pris anti-conformiste qui nous incite à être hyper sceptique des idées qui remettre en question notre croyance en notre unicité et notre supériorité présumées. Dans nos esprits, de telles idées ne jamais être confirmées – peu importe le soutien qu’ils pourraient avoir. Ce biais met les chercheurs spécialistes du suicide dans une double impasse, car ils doivent prendre position sur l’existence du lien entre les émotions négatives et les comportements autodestructeurs à la fois chez les humains et les animaux non-humains. S’ils acceptent le lien, ils préservent la validité du modèle animal dans la recherche sur le suicide. S’ils le rejettent, ils préservent l’idéologie de l’homme exceptionnalisme mais remettent en question la légitimité de la recherche sur le suicide chez les animaux elle-même.

Si les animaux peuvent s’autodétruire en raison d’émotions négatives ou psychopathologies, nous nous justifions (sur le plan épistémologique, pas nécessairement éthiquement) en les utilisant comme modèles de suicide humain. Mais alors nous ne pouvons pas exclure la possibilité que eux aussi se suicident. Si, au contraire, ils ne le peuvent pas, nous pouvons exclure la possibilité de suicide chez les animaux, mais nous devons cesser d’utiliser des modèles animaux car ils ne peuvent «faire avancer notre savoir sur le suicide »(Rezaeian 2012, p. 17). Notre conviction que les animaux ne peuvent pas s’engager dans un comportement suicidaire, et notre conviction que la recherche sur les animaux peut éclairer «chaque l’étape menant au suicide chez l’homme »(Preti 2011a, p. 821) peuvent être incompatible.

3. L’hypothèse du suicide chez les animaux: une approche continuisme

Considérer les comportements autodestructeurs comme des points sur un spectre incluant les humains et les animaux, ouvre la porte à une nouvelle façon de penser au suicide qui mettrait comportements suicidaires au premier plan. De ce point de vue, que nous pourrions appeler «le point de vue continu», le comportement suicidaire est un spectre naturel qui englobe un large éventail d’activités animales, qui sont (i) autodirigées et qui (ii) causent des blessures graves à l’animal jusqu’à la cessation de son activité, soit soudainement, soit sur une longue période. À la fin de ce spectre, nous trouvons certains des actes les plus sophistiqués d’auto-annihilation. D’un bout on trouve les animaux complexes sur le plan cognitif, y compris l’homme; à l’autre bout, on trouve des formes plus basiques, en ce qui concerne l’automutilation et l’autodestruction, nous pouvons citer l’auto-piqûre du scorpion. […]

Il est une notion appelée «conservation-retrait», qui correpond à un processus complexe et réalisable de multiples façons par lequel un animal désactive ou annule ses activités habituelles de conservation de la vie. Deux dimensions de cette théorie doivent être élaborées. Tout d’abord, notez que cette théorie n’admet aucun écart radical entre l’homme et le non humain. Il rejette la notion populaire ce «quelque chose» nous rend, homo sapiens, biologiquement unique. Fait important, cela ne veut pas exclure des différences significatives entre les différents types de comportements suicidaires ou entre les types de comportements suicidaires possibles pour différentes espèces. […]

le paradigme continuiste exige que nous considérions tous les comportements suicidaires comme «identiques». le point de vue continuiste est qu’il n’ya pas «quelque chose» qui fasse du comportement suicidaire une possibilité seulement pour les humains. Le comportement suicidaire est réalisable à plusieurs reprises, ce qui signifie qu’il peut être effectuée par différentes voies de causalité et peut prendre des formes radicalement différentes qui varieront probablement en fonction d’un certain nombre de facteurs, tels que les lignées évolutives de différentes espèces, les antécédents de développement de différents animaux, les moyens d’autodestruction à leur disposition, la présence ou l’absence de psychopathologies différentes.

Deuxièmement, et plus controversé, la théorie continuiste supprime la classique notion selon laquelle l’intention précède toujours le comportement et doit être une composante de toutes les explications des suicides.

De nombreux commentateurs s’interrogeront sans doute sur une théorie du suicide qui abandonne le concept d’intention, puisque «c’est une prémisse quasi-universelle dans les sciences cognitives que les états mentaux provoquent le comportement »(Leavens, Bard et Hopkins 2017, p.6) Pourtant, il y a de bonnes raisons de se méfier de cette croyance «quasi universelle», qui perd déjà du terrain dans les sciences animales à la lumière des travaux récents sur la cognition animale qui expliquent le comportement des animaux sans recourir à des états mentaux, y compris des intentions.

Considérons les travaux récents de Leavens et al. (2017) sur la cognition sociale des singes et la communication. De nombreux primatologues ont affirmé que les singes ne se livraient pas à des activités déclaratives ou à des gestes expressifs (tels que pointer du doigt), car ils ne peuvent pas évoquer les qualités mentales requises. C’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas avoir l’intention voulue de la bonne manière. Cette vue, qui a façonné pratiquement toutes les recherches sur la cognition des singes depuis les années 1970, repose « sur l’hypothèse fondamentale selon laquelle les états intentionnels et épistémiques provoquent un comportement manifeste » (Leavens et al. 2017, p. 6). En l’absence d’états épistémiques, le comportement ne peut se matérialiser. Cependant, ce point de vue est attaqué sous trois angles.

Tout d’abord, cette hypothèse fondamentale n’est pas nécessaire, car il existe de nombreux modèles de comportement qui n’hypostisent pas les états mentaux (croyances, intentions, désirs) en tant que causes de comportement. Dans l’étude du comportement humain, ces modèles incluent des «positions théoriques fondés sur des perspectives cognitives distribuées ou incarnées […], ainsi que sur certains récentes extensions du behaviorisme »(ibid.). 21 Dans l’étude du comportement des animaux, cela inclut, les approches expérimentales basées sur des «croisements», une «opérationnalisation radicale», «Formation» et des «échantillonnage», que tous les auteurs préconisent (ibid. P. 5-12).

Leavens et al. soulignent également que, l’hypothèse que les états mentaux causent le comportement est empiriquement en défaut. Bien que nous soyons habitués à penser que les états mentaux causent le comportement, « il est en pratique impossible d’attribuer une valeur de vérité à la présence ou à l’absence de tout état mental hypothétique »(ibid. p. 7). À l’heure actuelle, il n’y a pas de procédure scientifique – pas d’IRM, pas de questionnaire, pas d’intervention chirurgicale – cela peut détecter. Durkheim (2002) soutient que l’intention n’est pas une condition nécessaire au suicide humain. Entre-temps, Jones (1982) nous invite à considérer le suicide comme une chaîne complexe d’événements dans lesquels le comportement suicidaire vient en premièr et l’intention ensuite. Pour lui, l’intention de mourir, si elle se forme, se forme souvent après que le processus de conservation-retrait ait commencé. Les théories contemporaines du suicide qui permettent de s’intégrer à la notion d’intention peuvent donc limiter leurs propres explications.

L’étude scientifique du suicide bénéficiera probablement de la valorisation de l’image du suicide en tant que continuum de comportements de conservation-retrait. Cette image va mieux avec les dernières découvertes empiriques sur les capacités comportementales et cognitives de nombreux animaux et ne rend pas tout le domaine de la recherche sur le suicide humain épistémologiquement suspect en mystifiant les «parallèles inter-espèces» qu’il présuppose (Malkesman et al. 2009). En outre, c’est un cadre explicatif plus ordonné et plus élégant que son équivalent anthropocentrique.

Selon sa formulation, la théorie anthropocentrique selon laquelle seuls les êtres humains s’engagent dans le suicide ne permet pas d’expliquer divers suicides chez l’homme. Quand il nécessite une subjectivité réflexive, il ne parvient pas à expliquer les suicides d’êtres humains qui pourraient ne pas répondre à certains critères de connaissance de soi, tels que les enfants et les personnes souffrant de graves troubles cognitifs. Quand il faut la libre volonté, il ne parvient pas à expliquer les suicides humains déclenchés par des causes naturelles traitables empiriquement (tels que les antidépresseurs). Quand il faut prendre conscience de la mort, il se heurte à nouveau au problème des enfants et des personnes gravement handicapées sur le plan cognitif qui peuvent ne pas comprendre leur propre mortalité ni celle des autres. Enfin, quand il mentionne l’intention, la théorie anthropocentrique se heurte au problème empirique que l’intention est infalsifiable, le problème de causalité qu’il ne peut pas précéder le comportement, et l’épistémologique problème qui (même s’il existe et précède le comportement) peut être impossible à déterminer,

4. Humilité épistémique

L' »humilité épistémique » se réfère à une attitude d’ouverture et de modestie par rapport aux croyances propres. Être humble au sens épistémique signifie être franc à propos des limites des connaissances scientifiques – à reconnaître les lacunes, les clivages et les lacunes qui caractérisent souvent même nos théories les plus puissantes (et de calibrer nos croyances sur le monde en conséquence).

Cela signifie rester ouvert à des possibilités compatibles avec les principes d’observation et des échafaudages théoriques d’une science même s’ils vont à l’encontre de la sagesse reçue ou conviction personnelle. Être humble sur le plan épistémique, c’est être modeste sur la force et atteindre d’autres façons de voir et d’interpréter le monde. Appliqué au suicide animal, l’humilité exige de prendre au sérieux les preuves empiriques qui remettent en question nos des idées préconçue sur les capacités cognitives, émotionnelles et comportementales des animaux non humains, et de faire face aux faiblesses empiriques et conceptuelles de la théorie anthropocentrique de suicide.

Certains experts en comportement animal adoptent déjà une interprétation continuiste de suicide (Crawley, Sutton et Pickar 1985, p. 308; Braitman 2014, p. 210). Pourtant, les adversaires les repoussent souvent en soulignant que nous n’avons pas encore créé de modèle animal réussi de suicide (Comai et Gobbi 2016; Hooper 2010). Selon eux, cela prouve que les animaux sont incapables de comportement suicidaire. Comme le disent Comai et Gobbi (2016): «il n’y a pas d’animaux modèles de suicide principalement parce qu’il n’ya pas d’exemple de suicide chez les animaux »(p. 177).

Mais en plus de poser la question, cet argument ignore de nombreuses alternatives d’explications de la non-existence de ces modèles . Considérant qu’il est vrai que le suicide chez les animaux n’a pas encore été modélisé en laboratoire, l’humilité épistémique veut qu’il ne peut être totalement exclu sur la base des connaissances actuelles.

Épistémologiquement, cette attitude nous aide à éviter des conclusions irréfléchies sur les animaux susceptibles d’entrer en conflit avec les conclusions empiriques de l’analyse cognitive. Sur le plan éthique, il est le moins susceptible de contribuer, directement ou indirectement, au harcèlement des animaux. Willett (2014) soutient que les jugements scientifiques sur les animaux peuvent ou non motiver des jugements non scientifiques sur ce que les humains peuvent ou non leur faire. Moins nous pensons que les animaux sont capables de le faire, plus nous rationalisons.

Faut-il «instrumentaliser» et causer un préjudice pour le bénéfice humain (dans les laboratoires, usines, fermes, etc.), pour permettre la modélisation? Les jugements sur le suicide chez les animaux ne sont donc pas que scientifiques; elles sont éthiques aussi. Et d’un point de vue éthique, une attitude d’humilité épistémique est préférable parce qu’il répond au mieux à ce que les philosophes appellent le «principe minimax» de la rationalité, qui considère que, lors du choix entre deux options, il convient de choisir celle qui est la plus susceptible de donner le moins pire scénario.

Si les animaux peuvent se suicider et que l’hypothèse du suicide d’animal est correcte, le traitement épistémique éviter des traitement non éthiques sur les espèces animales non humaines

L’humilité nous aide à éviter (a) la perte épistémique de fausses déductions sur les animaux non-humains et b) le risque éthique que ces déductions soient utilisées pour justifier la violation de l’éthique sur le traitement des animaux. Si l’hypothèse du suicide chez l’animal est fausse, l’humilité épistémique n’entraîne (a) aucun coût éthique et (b) seul le coût épistémique négligeable d’avoir retardé l’acceptation de cette inférence correcte.

Une analyse coûts-avantages éthique fait pencher la balance en faveur du point de vue du continu. [Cf. Bouleau (2017) article ciblé et commentaires sur le principe de précaution dans ce journal – éd.]

5. Implications

L’hypothèse du suicide chez les animaux bouleverse nos croyances culturelles sur les animaux et, si exact, peut avoir d’importantes implications pratiques et éthiques. Dans leur travail sur le deuil du chimpanzé, par exemple, Anderson, Gillies et Lock (2010), soutiennent que si nous acceptons que chimpanzés ont le concept de la mort, nous pouvons engager un certain nombre de responsabilités éthiques envers eux, cela devrait affecter la façon dont nous les traitons et les gérons dans les zoos, les sanctuaires et laboratoires. Pour eux, le débat scientifique sur le fait de savoir si les chimpanzés ont le concept de le mort, a des implications au-delà de la science.

Un argument similaire peut être avancé à propos du suicide. Si nous accordons que les animaux se livrent à un comportement suicidaire, un certain nombre de choses peuvent suivre. Peut-être qu’il s’ensuit que les vétérinaires devraient être mieux formés au diagnostic et à la gestion des comportements suicidaires chez les animaux.

Il en résulte que les chercheurs spécialisés dans les animaux devraient investir plus de temps et d’énergie pour étudier comment le comportement suicidaire se manifeste chez différentes espèces et sous différentes conditions environnementales. Peut-être aussi que si certains animaux, mis en lumière lors de recherches futures, seront statistiquement plus susceptibles de s’autodétruire dans certains environnements, nous devrions avoir le devoir moral de changer ces environnements ou de déplacer les animaux. Si les animaux peuvent se suicider alors qu’ils sont sous la responsabilités et les les soins donnés par des humains, nous devrions appliquer une norme de contrôle strict. Plus généralement, il se peut aussi que nous devions tous nous engager dans une autocritique sérieuse et repenser nos hypothèses sur les animaux (et modifier nos pratiques en conséquence).

Par exemple, si certains animaux adoptent un comportement suicidaire, cela signifie-t-il qu’ils se livrent à une sorte de «comportement de négation» que les anthropologues ont historiquement qualifié de «Prométhéen».

Les chimpanzés, par exemple, ont la capacité de dire «non» – «non» aux autres animaux, «non» aux humains, « non » peut-être à la vie elle-même? Les animaux peuvent-ils réfléchir sur leurs conditions de vie et les rejeter?

Est-ce qu’un chimpanzé, à l’instar de Socrate, peut faire la différence entre une «vie» et une «vie qui vaut la peine d’être vécue? Celles-ci peuvent sembler être des questions philosophiques abstraites, mais elles ont des ramifications concrètes pour les chercheurs, les vétérinaires et même les éthiciens que nous ne pouvons pas ignorer. Ethiquement, qu’est-ce que cela pourrait signifier que la captivité pousse certains animaux au bord de l’auto-déshumanisation?

De même, que peut signifier que nous utilisons souvent des êtres sensibles qui peuvent être capable de consentir à la recherche biomédicale invasive sans leur consentement (quelle que soit les conditions)? C’est le problème des questions philosophiques : elles semblent lointaines, jusqu’elles viennent frappé à la porte.

6. Conclusion

Il existe de bonnes raisons empiriques et philosophiques de soutenir l’hypothèse du suicide animal. Certains découlent de recherches éthologiques et de laboratoires sur la sensibilité, la cognition et le comportement des animaux : autres de ce que les pratiques actuelles en matière de recherche sur le suicide impliquent.

Le «changement de paradigme» (Kuhn 1970) dans la recherche sur le suicide d’un mentaliste et anthropocentrique à un une approche plus comportementaliste et continuiste pourrait approfondir notre compréhension des parallèles qui existent entre les animaux humains et non humains et aider à résoudre divers problèmes conceptuels sur le suicide humain. Cela ferait également pression sur les chercheurs pour définir plus clairement ce qu’est le suicide, et sur les éthologues pour mieux justifier la « grande division » entre les humains et les animaux.

Bien que les histoires d’animaux suicidaires soient anecdotiques, l’important est qu’elles soient parfaitement plausible du point de vue de la science contemporaine (Preti 2011a, p. 819). Ainsi, même si nous ne pouvons actuellement pas prouver qu’un animal se soit suicidé, il existe un nombre important et croissant d’éléments de preuves indiquant que cette possibilité ne peut être réglée par principe. Certaines créatures, pour citer Braitman (2014), «devraient recevoir le bénéfice du doute »(p. 159). Compte tenu des enjeux, nous devons au moins autant aux animaux, qu’aux humains.

Références:

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« Les Emotions Animales » : le 18 Novembre 2018 à Villeneuve Loubet

Le Centre Kami organise la première conférence sur « Les Emotions Animales », le 18 Novembre 2018, dans la salle Irène Kenin du Pôle Culturel Auguste Escoffier à Villeneuve Loubet (06270, dans les Alpes Maritimes), en partenariat avec la Ville de Villeneuve Loubet.

L’objectif de cette conférence, est de discuter avec l’auditoire, des 5 émotions de base, que tous les mammifères sont capables de ressentir , comme décrite par Charles Darwin, il y a 150 ans en arrière : la joie, la colère, la tristesse, la peur, la surprise et le dégoût.

Si la plupart des scientifiques s’accordent à reconnaître que les animaux sont pourvus d’émotions, il est important que professionnels des métiers animaliers et propriétaires d’animaux soient informer sur le fonctionnement émotionnel et cognitif des animaux, et les méthodes thérapeutiques, pouvant les aider dans leurs relations avec les animaux. Divers intervenants, experts du monde animal, viendront partager leur expérience des émotions animales.

Portraits des intervenants

yolaine de la bigneYolaine de La Bigne :  journaliste française de presse écrite et de radio. Elle est également l’auteur de plusieurs livres. Sensibilisée à la nature, elle prend réellement conscience de l’urgence d’agir et se lance dans diverses actions pour défendre l’environnement : replanter des haies bocagères, tenir la page « Ecolo-J » dans le magazine Jonas (2001), écrire des chroniques radio « Les bonnes nouvelles de l’environnement » pour Nature et Découvertes diffusées sur une centaine de radio-locales (2006), créer la Fêt Nat’ (dès 2006 : fête de la nature et de l’écologie sur Paris avec défilés de mode, ateliers de recyclage, spectacle…), un événement qui lui vaut d’être Femme en or 2007…  Elle publie L’Agenda vert 2009 chez Arthaud et lance en 2007 le premier gratuit sur l’environnement, Néoplanète (qui paraît jusqu’en 2014), avec un site et une web-radio. Elle fonde en août 2016 « L’Université d’été de l’animal », qui a pour objectif de réunir chaque année les meilleurs spécialistes de l’intelligence animale et de communiquer leurs découvertes au grand public.

Quelques publications :

  • Quelle époque épique, éditions Hors Collection, 1993
  • L’Agenda vert, éditions Flammarion, 2008
  • Le bon sens, c’est le bonheur ! éditions La Martinière, 2010
  • L’animal est-il l’avenir de l’homme ? L’intelligence animale par les plus grands experts (dir. d’ouvrage), Éditions Larousse, 2017 (ISBN 978-2-03-593076-7)

Joy fromentalJoy Fromental : aventurière de la vie, dont tous les actes et les chemins vont vers le mieux-être des êtres vivants et de la nature. Après avoir apporté son soutien à différentes ONGs et associations humanitaires entre l’Europe et l’Amérique latine, Joy a décidé de développer ses sens et son savoir en découvrant la pranathérapie : une méthode de soins qui permet de soulager les troubles physiques et émotionnels grâce à l’énergie du Cœur, et la Déprogrammation : passer par l’inconscient, pour changer les croyances et redevenir qui nous sommes vraiment au plus profond de nous.
Joy a multiplié des rencontres qui l’ont conduite à « réveiller » ses capacités naturelles à communiquer avec les animaux. Aujourd’hui Joy se risque à s’élever et ouvrir son esprit xà d’autres approches thérapeutiques, et d’autres techniques de guérisons.from joy-logo-high-res

Elle communique et rencontre des animaux -plus ou moins- sauvages et écoute leurs messages pour ensuite transmettre et partager !
Présidente de L’association From Joy to Animals, Nature, Earth (FJANE)

miaMia Berggreen Nielsen : Photographe animalière française qui photographie les chevaux et les hommes en communion. Fascinée par les animaux depuis toujours, Mia consacre sa vie à les magnifier à travers son objectif. Ses photos parlent de l’authenticité, et de la beauté animale vraie. L’instant saisi, la lumière spéciale, le pas des chevaux… on pourrait presque sentir la poussière… Mia est une artiste qui raconte la vérité sur cette relation étroite qu’entretienne l’homme et l’animal.

nathalie schindelmanNathalie Schindelman : Fondatrice de ViA’nimaux et intervenante professionnelle diplômée en médiation animale. Intervenante en Médiation Animale », Nathalie Schindelman suit un cycle de formation Management de projets option Zoothérapie, ainsi qu’une formation organisée par Medianimal : le chien en zoothérapie (mai 2016)

Ses publications :

  • Moi, animal, 200 gr, JE PEUX VOUS AIDER, en 2017

Programme :

09h00 : Ouvertures des portes
09h30-09h45 : Monsieur le Maire, Lionel Luca, Discours d’inauguration
09h45 – 10h00 : Présentation d’ouverture
10h00 – 10h45 : La médiation animale : Passeur d’émotions, Nathalie Schindelman 
11h15 – 12h00 : La communication animale ou l’éveil à la sensibilité des animaux, Joy Fromental 
14h00 – 14h45 : Les émotions des animaux à travers l’objectif, Mia Berggreen Nielsen 
15h15 – 16h15 : L’intelligence animale, Yolaine de la Bigne 
16h30 – 17h00 : Discours de clôture

A qui s’adresse cette conférence :

Cette conférence s’adresse à tout public : adultes, enfants, professionnels, particuliers,… Elle sera une opportunité d’éclairer sur la perception que nous avons des émotions animales et ce qu’il en est. Les intervenants nous livreront une ouverture sur :

  • la sensibilisation et la conscience des émotions et des capacités cognitives des animaux.
  • la réflexion pour modifier nos façons d’interagir avec les animaux, pour le bien-être des animaux humains et non-humains.
  • une nouvelle vision et considération pour vivre de façon plus harmonieuse en renforçant les liens avec notre environnement.

Pour les enfants… et les grands enfants aussi !

Tout au long de la journée, des ateliers coloriages et « Découverte de l’animal » seront au rendez-vous sur le stand de l’association « Les Patounes ».

Les enfants pourront rencontrer Nathie de l’association et aussi Nini, son adorable chienne et ses lapins. Nini et les lapins adorent être caresser et brosser.

Dans l’après midi, Claire de « Poils et Plume », expliquera comment il faut s’occuper d’un animal domestique peu et mal connu : le furet !

Victoria de l’association « Pawsitiv’Alie » fera une démonstration d’obérythmée avec son berger australien Alie, à 11:00 et une seconde à 15:00 !

Les partenaires, sans qui rien n’auraient été possible:

L’association Pawsitiv.AliePawsitiv'Alie
Association Les Patounes L’association From Joy to Animals,Nature, Earth 

Poils et plumes Poils et Plumes 06 L’atelier du foumilier
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Qu’est-ce que la Sentience Animale?

Article de Musky, parue le 3 Janvier 2017  « Cruelty Free Lifestyle. org » – traduction C. Gomez

Qu’est-ce que la sentience animale?

Si vous venez de commencer à faire des recherches sur le droit des animaux, vous avez probablement rencontré ce terme : «sentience animale». Bien qu’il soit utilisé assez souvent, le concept et son importance ne sont pas toujours bien expliqués. C’est pourquoi nous avons décidé d’explorer le concept plus en profondeur aujourd’hui, pour vous aider à prendre des décisions éclairées en ce qui concerne votre point de vue éthique. Bien que cela soit censé être un article éducatif, je veux vous donner mon opinion personnelle sur la sensibilité des animaux.

Ce numéro est «L’éléphant dans la pièce» et vient de l’Université de la blague évidente! Vous entendrez sans doute le classique, l’argument «Les plantes ont aussi des sentiments», utilisé par les personnes qui doivent justifier la cruauté envers les animaux (généralement propagée par l’industrie de la viande!).

Donc, voici une expérience amusante à essayer si vous avez le moindre doute …

Courez vers un mouton et criez « BOUHH ». Le mouton va s’enfuir. Maintenant, montez à une plante et criez « BOUHH ». Est-ce qu’il s’enfuit? Evidemment, c’est une explication très simpliste.

cow-cflorg
Si vous êtes préoccupé par le traitement éthique des animaux, je vous invite à lire le document « Unconscious machines or sentient beings ? », car les informations fournies vous indiqueront la voie à suivre, ainsi que les racines de nombreux problèmes éthiques que nous rencontrons aujourd’hui.
Alors asseyez-vous, versez-vous une tasse de thé et profitez du voyage dans les basiquess du droit des animaux.

Qu’est-ce que la sentience animale?

Tout d’abord, il est important de comprendre un concept plus large avant de le lier aux droits des animaux.

Selon Oxford Dictionaries, être sensible signifie être « capable de percevoir ou de ressentir des choses ». Donc, bien sûr, les humains sont des êtres très sensibles, mais qu’en est-il des animaux?

La sentience animale expliquée

Il existe une définition très bien établie pour la sentience animale. Un animal sensible est «capable de prendre conscience de son environnement, de ses relations avec les autres animaux et les humains et des sensations dans son propre corps, y compris la douleur, la faim, la chaleur ou le froid». En d’autres termes, un animal sensible est « un être qui a des intérêts; c’est-à-dire un être qui préfère, désire ou veut. » Tout comme les humains, les autres êtres sensibles, y compris – mais sans s’y limiter – tous les mammifères et oiseaux, évitent la souffrance et recherchent des expériences heureuses et positives. L’interprétation principale de ce concept, approuvée par un groupe international d’éminents neuroscientifiques, a définie la Déclaration de Cambridge sur la conscience de 2012, qui confirme que les animaux ont les « substrats neurologiques générateurs de conscience ».

Pourquoi est-il important de prendre en compte la sensibilité des animaux?

Le fait est que si vous êtes ici, vous le considérez probablement déjà, car quelque chose vous a amené ici, pour en savoir plus sur l’éthique animale et les pratiques cruelles modernes, telles que l’élevage industriel et les tests de produits cosmétiques sur les animaux. Pendant de nombreuses années, dans de nombreuses cultures, les animaux ont été considérés comme des êtres supplémentaires aux êtres humains, et leur valeur était proportionnelle à la façon dont elles étaient exploitables par l’homme. Aujourd’hui, certaines personnes conservent cette approche et, si elles y croient vraiment, il sera impossible de leur faire changer d’avis.

Cependant, si vous êtes ici, vous êtes déjà différent, car quelque chose vous dit que ce n’est « pas juste » de percevoir les êtres vivants et respirants comme des ressources.

Commençons par une histoire!

Qu’on le veuille ou non, si vous pensez aux gens que vous connaissez, chacun a son propre agenda dans la vie, qui peut ou non être différent du vôtre. Vous êtes probablement très conscient de cela, et savez que vous ne pouvez pas justifier moralement de traiter les autres humains différemment parce que leurs intérêts ne correspondent pas aux vôtres.

En acceptant que les animaux soient des êtres sensibles (ce qui est un fait scientifiquement prouvé ), vous reconnaissez également que: Ces êtres ont des intérêts. Leurs intérêts peuvent être très différents des vôtres. Alors, pourquoi traiteriez-vous une créature avec un certain esprit (ce qui signifie que cette créature peut éprouver de la frustration ou de la satisfaction) comme si c’était une ressource?

La seule réponse, qui n’est pas nécessairement convaincante, est « nous le faisons depuis longtemps ».

Bien, peut-être, il est temps d’arrêter!

Les animaux ont des émotions.

Ce n’est pas parce que les animaux ne sont pas capables de signaler verbalement leurs sentiments que ces sentiments ne sont pas présents.

En fait, la science dit le contraire: les ressources scientifiques disponibles aujourd’hui confirment que de nombreux animaux ont une « vie riche et profondément émotive ».

Cela signifie que les émotions agréables, ainsi que le stress et la peur, sont très importants à considérer.

Par exemple, avez-vous remarqué que les animaux aiment jouer?

Les jeunes veaux caressent et frappent des objets juste pour s’amuser, les poulets heureux battent des ailes et les chiens remuent la queue lorsqu’ils reçoivent un traitement.

Tout comme les humains, les animaux apprécient également leur nourriture, leurs interactions tactiles et sexuelles et leur confort de base, comme se détendre à l’ombre par une journée chaude.

Malheureusement, dans la réalité moderne, des millions d’animaux se voient quotidiennement refuser ces expériences de base, sans parler de celles plus sophistiquées. Pour eux, c’est comme passer leur vie entière dans un camp de concentration – ce n’est pas la vie, c’est la survie pleine de souffrance et de douleur, à la fois physique et émotionnelle.

Les animaux sont des êtres sociaux

Les animaux sensibles apprécient les interactions sociales et présentent souvent des structures sociales complexes et des comportements interactifs au sein de leur propre type et entre espèces.

Nier ces liens sociaux avec les animaux entraîne une détresse horrible et une souffrance émotionnelle.

Par exemple, séparer les nouveau-nés de leurs mères est une expérience très traumatisante pour les mères et les bébés – ils pleurent les uns les autres et restent très stressés plusieurs jours après la séparation.

Ne me croyez pas? Vivre à côté d’une ferme laitière. C’est pitoyable d’entendre les pleurs constants de la mère pendant des jours.

Les animaux méritent d’être mieux traités

Malheureusement, les pratiques cruelles mentionnées ci-dessus sont largement répandues et mal réglementées par les organismes gouvernementaux (pour des raisons qui deviennent évidentes lorsque vous faites des recherches sur le sujet).

Nous croyons qu’il est temps de changer et nous espérons sincèrement que vous êtes prêt à vous joindre au mouvement, surtout maintenant que vous savez pourquoi vous aviez ces sentiments suspects envers la cruauté envers les animaux.

Pour finir avec un devis:

Les animaux sont beaucoup plus conscients et intelligents que nous ne l’avons jamais imaginé et, bien qu’ils aient été élevés en esclaves domestiques, ils sont des êtres à part entière.

En tant que tels, ils méritent notre respect.

Référence :

  • Article original « Cruelty Free Lifestyle. org »  03 Janvier 2017

What is animal sentience article, from Cruelty-free lifestyle .org

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Souhaitez-vous savoir ce que les chiens font, pensent et ressentent ?

« J’ai des émotions que tu peux comprendre en tant qu’humain, mais j’ai besoin que tu me comprennes en tant que chien. »

Vous voulez devenir un éthologue dans un parc à chien?

Rex arrive au parc canin. Il attend impatiemment que son humain ouvre la porte. Il franchit la barrière et se dirige immédiatement vers un rocher, lève sa jambe droite comme s’il était le « meilleur » des chiens, urine un jet régulier, gratte le sol vigoureusement, se dirige vers la clôture qui entoure le parc, relève sa jambe, projette un peu de pipi, puis regarde autour de lui pour voir qui d’autre est là, ou pour voir fièrement si quelqu’un l’a vu faire ça. C’est la routine de Rex. Cependant, après qu’il ait un peu regardé un peu la seconde fois, si Rex voit son ami Tony, il s’en va, court droit vers lui, fait quelques révérences, et les deux luttent, se mordent l’un l’autre, se poursuivent partout, se ruent sur d’autres chiens et bousculent presque les gens. Ils jouent aussi longtemps que leurs humains le leur permettent. Cependant, si Tony n’est pas là, et Rex regarde les autres chiens qui le regardent, il urine et gratte le sol à nouveau pour s’assurer qu’ils comprennent ce qu’il a fait. Et si un autre chien s’approche et renifle le pipi de Rex et urine dessus, Rex reviendra pour remettre ça dessus.

Cette description de Rex jouant et urinant, est un excellent exemple de ce que à quoi les notes de terrain ressemblent. En effet, les gens dans les parcs à chiens et ailleurs passent beaucoup de temps à observer et à commenter ces comportements. Dans les parcs à chiens, pour devenir éthologues, il faut se concentrer généralement sur le jeu, le pipi, le grattage du sol et les chiens qui observent les autres chiens. Ces comportements sont d’excellents outils pédagogiques car les individus peuvent être identifiés, ils peuvent être vus tout au long de la rencontre, et les actions sont claires et faciles à marquer. Il est également possible de connaître les différences de personnalité entre les chiens observés. Ce clip standard et ce genre d’interactions permettent d’apprendre à devenir de meilleurs observateurs. En principe, nous sommes toujours contents quand les avis se rejoignent sur ce que font les chiens et sur ce que les comportements signifient. Mais les divergences occasionnelles d’opinions sont également instructives. Les gens peuvent voir les choses différemment, et ces différences sont importantes à analyser.

Dans les parcs à chiens ou ailleurs, les gens sont souvent reconnaissants pour ces mini-leçons d’éthologie. Devenir un citoyen éthologue permet de « rentrer» dans la peau d’un chien et de se sentir vraiment plus proche d’eux. Ce sentiment est positif, car les chiens et les humains ne peuvent qu’en bénéficier.

Les chiens sont le rêve d’un éthologue

Lorsque nous observons attentivement les chiens, ce que nous apprenons est une histoire sans fin. Il y a toujours un élément de plus au puzzle expliquant pourquoi les chiens font ce qu’ils font. De plus, pour comprendre les chiens, il n’y a aucun substitut à une observation et à une description soigneuse. Pour les éthologues, observer les chiens dans tous les types d’environnement et de situation est essentiel pour générer des expériences, des modèles et des théories. Pour le compagnon humain d’un chien, observer de près votre propre chien est le meilleur moyen d’améliorer la qualité de vie de votre chien et de soulager le stress que tant de chiens endurent jour après jour.

Il est important de réaliser que pour apprendre ce que c’est que d’être un chien, nous devons, dans un certain sens, devenir un chien. Nous devons essayer d’adopter la perspective d’un chien, même si cela nécessite un saut imaginatif. Quand nous regardons les chiens et d’autres animaux, il est essentiel de voir selon leur propre angle de vision pour finalement comprendre leur point de vue ; de cette façon, nous, les observateurs, devenons les observés.

Pour comprendre ce qu’un chien pense et ressent, nous devons porter une attention particulière aux subtilités de son comportement, qui sont toutes importantes. Et il y a beaucoup de bonnes raisons d’apprendre autant que possible sur le comportement des chiens, y compris l’apprentissage de leurs douleurs potentielles.

Que font les éthologues ?

Les éthologues observent les animaux et posent des questions sur l’évolution et l’écologie des différents comportements. En termes plus élémentaires, l’éthologie c’est l’étude en détails de qui fait quoi à qui, combien de fois, quand et où. Beaucoup de psychologues s’intéressent également au comportement des chiens, mais ils ne prennent généralement pas une vision aussi large, écologique et évolutive du comportement.

Les éthologues se concentrent généralement sur les animaux en liberté plutôt que sur les animaux captifs. Certains chiens sont en liberté et nous pouvons apprendre beaucoup en les regardant, en notant où ils vont, avec qui, et dans quel but, quand aucun humain n’interfère avec leurs choix. Nous pouvons étudier les chiens sauvages tout comme nous étudions d’autres animaux sauvages. Cependant, nous pouvons également étudier les chiens de compagnie dans tous les contextes. Ce domaine d’étude s’appelle l’écologie comportementale des chiens parce que nous pouvons les observer et les étudier dans différentes niches écologiques, y compris dans les chemins où ils peuvent courir, parcs pour chiens, et dans nos maisons, en laisse et détachés, et au cours de leurs diverses interactions : avec d’autres chiens, avec des combinaisons de chiens et de personnes, avec des étrangers, et avec leur famille humaine. L’un des principaux avantages de l’étude des chiens de compagnie est qu’il est possible d’identifier des individus, de les voir interagir avec d’autres chiens identifiables, et de les observer au fil du temps. Quand on étudie d’autres animaux sur le terrain, il n’est pas toujours possible d’identifier les individus de manière fiable ou de les observer sur du long terme.

Il est essentiel de réaliser que le comportement n’est pas seulement quelque chose qu’un individu fait, mais c’est aussi quelque chose qu’un individu a de façon innée, des actions qui peuvent être mesurées. Les modèles de comportement qui perdurent avec le temps (ou entre générations) sont considérés comme des adaptations évolutives. Par exemple, l’arc de jeu est adaptatif car il fonctionne pour initier et maintenir une « ambiance de jeu». Ce geste a été exposé pendant de nombreuses générations, et chaque nouvelle génération continue à l’utiliser.

En pensant et en étudiant le comportement animal de cette manière, l’éthologue Konrad Lorenz a montré comment l’évolution peut influencer une grande variété de comportements, y compris les signaux utilisés pour communiquer la menace et la domination, ainsi que le jeu, parmi d’autres comportements. Auteur de « Man Meets Dog », Konrad Lorenz est souvent appelé le père de l’éthologie, et il est devenu célèbre pour avoir empreigné des canetons et des jeunes. L’importance considérable des recherches éthologiques a été soulignée en 1973 quand, avec Niko Tinbergen, souvent surnommé le curieux naturaliste, Karl von Frisch, pour son travail sur le language des abeilles, a reçu conjointement le prix Nobel de physiologie et de médecine.

Beaucoup de scientifiques qui considéraient leur propre travail comme une « vraie recherche» étaient assez irrités que ce prix sacré soit allé à trois camarades payés pour regarder des animaux. Quoi, créer des expériences de terrain ingénieuses pour étudier le comportement animal – et s’amuser à le faire – n’est pas une véritable recherche ? Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

Devenir un chien en parlant couramment le chien

Un éthologiste veut toujours en apprendre plus sur tout ce que font les chiens et pourquoi ils le font, comparer les individus d’une espèce à une autre et à faire des comparaisons inter-espèces pour essayer de comprendre pourquoi il y a des similarités et des différences.

En fin de compte, en devenant vous-même un éthologue, vous pouvez « devenir un chien», ou du moins obtenir une bonne approximation de ce que c’est que d’être un chien ; il s’agit de phénoménologie, un domaine qui met l’accent sur l’importance des expériences directes.

Les modèles d’interaction sociale. Il est important de noter que souvent, lorsque vous observez des chiens ou d’autres animaux, les différentes sortes d’interactions se brouillent terriblement vite. Parfois, il est simplement impossible de savoir qui a initié et qui a mis fin à une rencontre, et quand il y a plus de deux chiens, ou un chien et un humain, cela peut devenir un cauchemar très rapidement. Néanmoins, nous pouvons encore apprendre beaucoup de l’analyse des différents types d’interactions en utilisant cette matrice simple.

Destinataire
Initiateur Chien Humain
Chien 1 2
Humain 3 4

Au cours de votre parcours pour devenir éthologue, vous pouvez créer votre propre matrice ou un ensemble de matrices et remplir les chiffres pour toutes sortes d’interactions. C’est un exercice simple et amusant à travers lequel vous apprendrez beaucoup sur la personnalité de votre chien. Par exemple, est-ce un leader ou un suiveur, un joueur ou plus d’un solitaire ? Quels types d’interactions initient-ils, et quelles sortes de rencontres n’aiment-ils pas particulièrement et essayent-ils d’éviter ? Vous pouvez également découvrir s’ils préfèrent certains chiens plutôt que d’autres, s’ils passent une bonne ou une mauvaise journée, et comment leur comportement change au fil du temps avec des chiens familiers et inconnus et des humains dans différents contextes sociaux et physiques. La liste des choses que vous pouvez apprendre est longue, selon vos intérêts. C’est ce qui rend les chiens si excitants !

Comment mesurer le comportement

En devenant éthologue, vous apprendrez également que les types de données que vous collectez dépendent des méthodes que vous utilisez pour observer des individus ou des groupes d’animaux. Les éthologues essaient d’utiliser des critères et des mesures objectifs lorsqu’ils observent et analysent un comportement. Certaines de ces mesures comprennent :

  • La fréquence : C’est simplement le nombre de fois qu’un comportement est effectué.
  • Taux (fréquence / temps) : C’est un raffinement de la fréquence, en ce que les facteurs de taux dans le temps ou la durée. À quelle fréquence un chien a-t-il un comportement particulier pendant une période donnée ?
  • Intensité : Il est difficile de mesurer l’intensité (ou la concentration) lorsqu’on observe des individus, de sorte que certains chercheurs utilisent souvent ce qu’on appelle l’indice de distraction. A savoir, est-ce difficile d’empêcher un animal de faire quelque chose ? Ainsi, par exemple, quand un chien se promène avec le nez coincé au sol, il est parfois presque impossible d’attirer leur attention. L’intensité est une mesure subjective, mais elle peut être rendue un peu plus objective en mesurant la force d’une odeur, l’intensité du bruit requis et le temps qu’il faut pour attirer l’attention de l’individu.

Construire un éthogramme, ou un menu de ce que font les chiens

La façon la plus simple de devenir un chien ou un autre animal est de passer du temps à les regarder. Il est incroyablement instructif de simplement les observer courir librement, ou presque, comme dans les parcs à chiens et sur les sentiers où ils sont autorisés à courir et à explorer par leurs propres moyens. Cependant, l’observation des chiens pendant qu’ils marchent attachés par une laisse à un humain fournit également des données. Et, il est presque aussi important de regarder les gens qui sont avec les chiens. Le résultat de ces observations serait une liste de modèles de comportement appelés un éthogramme. Cette liste est juste cela, un menu descriptif de ce que les chiens et les humains font sans interprétation ou explication de pourquoi ils le font. Les actions peuvent être décrites par leurs caractéristiques physiques – à quoi elles ressemblent – telles que les postures, les gestes, les expressions faciales et la démarche, ou par leurs conséquences, telles que l’orientation d’un individu vers des objets ou des individus dans l’environnement, qui conduisent à l’accomplissement d’une tâche ou à un résultat.

Développer un éthogramme, ou un menu de ce que font les animaux, est la partie la plus importante d’une étude comportementale. C’est une grande expérience d’apprendre comment les animaux agissent. Certains modèles de comportement comprennent l’approche d’un chien à d’autres chiens (vitesse et orientation); la morsure dirigé vers différentes parties du corps; intensité mordante (inhibée et douce, ou dure et accompagnée d’une secousse de la tête ou non); rouler dessus; se tenant sur; le menton au repos, le jeu sollicitant; auto-jouer; uriner et la posture utilisée; cacaoyer; grondement; aboiement; gémissements; approcher et se retirer; pawing dirigé vers différentes parties du corps; position de l’oreille; position de queue; démarche; etc.

« Alors, que faire de toute cette recherche éthologique pour moi et mon chien ? »

Permettez-moi de terminer en considérant une question : « Alors, qu’est-ce que toute cette recherche éthologique fait pour moi et mon chien ? » Il est important de sortir de notre tour d’ivoire et d’entrer en piste. Trop de chercheurs et d’éducateurs canins observent les chiens dans un système type « laboratoire » ou quand les chiens sont au travail, mais ils doivent aussi aller dans des endroits où les chiens sont promenés et autorisés à courir librement. Les parcs pour chiens sont d’excellents endroits pour étudier le comportement des chiens.

Il est également important de se référer à la science citoyenne dans la recherche sur les chiens et entendre ce que les autres pensent des chiens que nous observons ensemble. La science en général, et l’éthologie des chiens en particulier, ne pourront être améliorées et croître grâce aux efforts des scientifiques citoyens. Brian Hare, expert en chiens de l’Université Duke, mentionne : «À l’avenir, les scientifiques citoyens produiront des ensembles de données utiles qui testeront les hypothèses et répondront aux questions en complément des techniques de laboratoire conventionnelles utilisées pour étudier la psychologie canine. »

En fin de compte, notre objectif commun est d’utiliser ce que nous savons pour rendre la vie des chiens, avec qui nous partageons nos maisons et nos cœurs, la meilleure possible. Je suis également sûre que pendant que nous surveillons les chiens, ils nous observent attentivement et apprennent notre comportement. Eux aussi ont besoin d’apprendre sur le comportement de leurs humains et d’autres humains afin de mieux s’adapter à notre monde.

Dans «Learning to Speak Dog Part 4: Reading a Dog’s Body », il est mentionné: «Étudier le comportement d’un chien et les observer interagir avec le monde, peut être un spectacle fascinant, surtout si vous savez ce qu’il faut rechercher. Cela peut être utile pour apprendre à lire le langage corporel de votre chien, le comprendre et avoir une idée de ce qu’il ressent, de son humeur et de ce qu’il essaie de dire, il vous aidera à éviter les problèmes potentiels et à diffuser ceux qui existent déjà. Cela peut vous aider à mieux vous connaître, et vous apprendrez une nouvelle langue. « 

20160921_164514Je ne pourrais pas être plus d’accord. En apprenant sur le comportement des chiens et en parlant couramment le chien, vous aiderez le chien ou les chiens avec qui vous vivez à profiter pleinement de la vie. En outre, ces informations peuvent être utilisée pour améliorer vos relations avec votre chien et d’autres – un gagnant-gagnant.

Prenez part aux discussions sur la fascinante vie sociale, cognitive, émotionnelle et morale des chiens. De nombreuses recherches sont menées dans le monde entier, et presque chaque semaine, nous en apprenons davantage sur le comportement de nos compagnons canins et sur leurs motivations, ce qu’ils savent et ce qu’ils ressentent, comment fonctionnent leurs sens et leurs cerveaux, et comment ils négocient leurs mondes sociaux, y compris leurs interactions avec d’autres chiens et humains.

Corine Gomez

Revue d’Article – Marc Bekoff

References

  1. Bekoff, Marc. Canine Confidential: Why Dogs Do What They Do. Chicago: University of Chicago Press, 2018.
  2. Also see: Canine Confidential: Why Dogs Do What They Do and Mark Derr’s An Eminent Ethologist Elucidates Dogs
  3. Stewart, Laughlin et al. Citizen Science as a New Tool in Dog Cognition Research.” PLoS One, 2015. 
  4. Learning to Speak Dog Part 4: Reading a Dog’s Body : https://thelabsand.co/learning-to-speak-dog-part-4-reading-a-dogs-body/
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Walking Dog : en marche pour l’adoption

Dimanche 29 avril dernier, plusieurs associations de protection animale se sont mobilisées pour présenter une trentaine de chiens, de toutes races et de tout age, sur la promenade de Cagnes-sur-Mer (06).

Ces chiens sont en famille d’accueil, en refuge, et ont un point commun : ils recherchent une famille pour y vivre et y vieillir heureux. 

Le Centre Kami s’est joint à Aide et Sauvetage aux Animaux 06 pour faire provoquer le coup de foudre en présentant Kimi.

Kimi, une chienne de 1 an seulement et qui pourtant, a connu bien des déboires. Kimi a été trouvée attachée à un poteau à Nice Cimiez, livrée à elle-même. Les bénévoles ont été choqué par la dé-pilosité de son dos et ses flancs et de ses pattes arrières, l’état de sa peau couverte d’eczéma allergique, mais aussi ses mamelles gonflées et pleine de lait.  Tout cela sous-entendait  des chiots qui n’étaient pas là. Les bénévoles de l’association No Name ont fait un travail d’investigation énorme. Ils ont découvert que la chienne avait eu 4 chiots et n’ont pu en retrouvé qu’un. Le chiot a été rendu à sa maman. Kimi a manifesté tellement de joie en retrouvant un de ses petits. Elle, jeune primipare, à qui on a arraché l’essence de sa vie.

kimi & taiko

Kimi et Taïko ont donc défilé dimanche dernier pour trouver une famille. Mais des histoire comme celle là, il y en a tant.

On peut aussi parler de Shams, de LRoy, de Bahia, de Léo, de Boyka, et des dizaine d’autres chiens qui attendent dans les refuges des Alpes Maritimes, de PACA, de France…

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Et puis il y a les jolies histoires : Celle de Nestor, qui était en pension depuis longtemps. il devait participer à la marche, mais personne pour l’y amener. Une famille a décidé d’aller le chercher la veille pour assurer sa présence lors de la marche et maximiser ses chances d’être adopté. Finalement, la famille a juste craqué pour Nestor, un chien Porcelaine mâle, et l’a finalement adopté. Pour Nestor, cette initiative a été un miracle.

Pour Bordon, un grand gaillard croisé border collier, l’issue a également été favorable. Une personne, qui suivait la marche, a eu le coup de  foudre et a décidé de l’adopter.

D’autres promesses d’adoptions ont été faites. Bien évidemment, voir les chiens marcher, relax, heureux, c’est plus sympa que derrière des barreaux…

Tant de superbes chiens cherchent une famille… n’achetez pas… adoptez.

Un grand merci aux organisateurs : des personnes au grand cœur qui oeuvre tous les jours pour les supers loulous.

Un grand merci à la photographe : crédit photos: Victoria Weckmann

Retrouvé les articles de presse se référant à l’événement :

Prochaine étape : « Walking Dog » à Cannes en Juin : les organisatuer ont été solliciter par Monsieur le Maire de Cannes pour renouveler l’expérience sur la Croisette… en fin de  journée.

Une initiative qui pourrait être reprise de partout en France !

Et n’oubliez pas : Kimi vous attend. Contactez nous par email

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Levée de fond pour « Le Guide du Petit Comportementaliste »: votre contribution est cruciale

« Aimer les animaux, c’est faire en sorte que les adultes du futur les respectent; Pour cela il faut les éduquer aujourd’hui » 

Nous avons créé des ateliers éducatifs pour enfants, dans le but de leur enseigner les bases du comportement animal, les bons gestes et le respect envers les animaux. Ces ateliers se veulent ludiques et pédagogiques : des quizz, des jeux de rôles et des cas à traiter… comme de vrai comportementaliste.

Nous avons développé pour les besoins de nos ateliers, « le Guide du Petit Comportementaliste« .

guide PC couverture

Il s’agit d’un livret qui traite de façon éducative du chien, du chat, du furet et des rongeurs familiers, avec 3 axes majeurs :

La prévention : prévenir des accidents qui incluent les animaux et les enfants, et qui peuvent être dramatiques pour tous.

Le respect de l’autre : voir l’animal différemment et comprendre qu’un animal a des besoins vitaux à respecter

L’élargissement des connaissances : en appendre plus pour mieux comprendre

Pour finaliser le projet, nous avons besoin de soutien financier et avons mis en place une levée de fond sur leetchi, pour imprimer les livrets et pouvoir les distribuer gratuitement aux enfants. Permettez nous d’éduquer les enfants pour les aider à bien grandir.

Soutenez nous et contribuez à ce projet

Les enfants et les animaux méritent qu’on les protège et les éduque

Retrouvez tous les détails des ateliers pour enfants, développé par le Centre Kami.

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Vivre avec un chien est bon ! Seulement si c’est bon pour vous et pour le chien

Une étude montre qu’un chien est un atout pour la santé, en particulier pour les personnes vivant seules.

Un essai de Luisa Dillner, publié dans le Guardian, « Est-ce que posséder un chien est bon pour votre santé ? » (2) pose la question qui intéresse bon nombre de personnes. Alors que de nombreuses études montrent que vivre avec un chien de compagnie a divers effets positifs sur le mode de vie et la santé, tous ceux qui vivent avec un chien ne les ressentent pas, et certaines personnes ne veulent pas partager leur vie avec un autre animal.

Mme Dillner fait référence notamment à une étude de cohorte nationale publiée dans Scientific Reports «La possession de chien et le risque de maladie cardiovasculaire et de mortalité » (3) . Les chercheurs ont pu étudier une énorme part de la population suédoise: 3 432 153 (48% d’hommes, 52% de femmes, 57 ans d’âge médian) qui ont participé à la cohorte nationale et 34 202 (45% d’hommes, 55% de femmes et 57 ans d’âge médian). ) qui ont participé à une cohorte jumelle. Ils ont également été en mesure de recueillir des données détaillées sur la cause des décès dus aux maladies cardiovasculaires, y compris l’infarctus aigu du myocarde, l’insuffisance cardiaque, l’AVC et l’AVC hémorragique.

Le détail avec lequel cette étude a été menée, établit la norme pour de telles analyses. Dans l’ensemble, les chercheurs concluent : « Ensemble, nous croyons que notre conception longitudinale à l’échelle de la population fournit les preuves les plus solides du lien entre la possession et l’état de santé des chiens, bien que des biais de causalité inverse, de classification erronée et de confusion ne puissent être exclus. Dans une étude nationale sur la population avec 12 ans de suivi, nous montrons que la possession de chiens est associée à un risque plus faible de maladies cardiovasculaires dans les ménages individuels et à un risque réduit de décès cardiovasculaire et toutes causes dans la population générale.  »

Mme Dillner écrit : « Une étude menée auprès de 3,4 millions de personnes âgées de 40 à 80 ans a montré que le fait d’avoir un chien était associé à une réduction de 23% des décès dus aux maladies cardiovasculaires, au cours des 12 années de l’étude.  » Elle note en outre comment les chercheurs ont fait de leur mieux pour contrôler « les différences d’éducation, les problèmes de santé et les modes de vie existants entre les personnes avec et sans chien ». Le plus grand effet positif de vivre avec un chien était pour les personnes qui vivaient seules.

Vivre avec un chien n’est bon pour vous que si c’est bon pour vous et le chien.

Est-ce que vivre avec un chien est vraiment bénéfique ?  Il semble que choisir de vivre avec un chien est une panacée pour toutes sortes de situations et de conditions. Ce n’est pas vrai à 100%. Car de façon indéniable, le chien doit faire partie de l’équation et sa qualité de vie doit être prise en compte.

Les données montrent qu’il y a des avantages sociaux et sanitaires pour beaucoup de personnes qui vivent avec un chien :  sortir et faire de l’exercice font partie de ces facteurs. Cependant :« Vivre avec un chien n’est bon que pour vous si c’est bon pour vous et le chien ! » Même si cela prête à rire, cette allocution est très sérieuse.

Choisir de vivre avec un chien doit être une affaire à double sens dans laquelle l’homme et le chien bénéficient de la relation. Car il ne faut pas négliger les besoins de nos animaux pour contenter les nôtres. C’est cette relation à double sens qui est bénéfique, c’est donner de son temps, de son énergie, de son amour à un être qui le rend au centuple, qui permet de récolter tous les bienfaits.

Choisir de partager notre maison et notre cœur avec un chien (ou un autre animal) est une énorme responsabilité qui pourrait être très stressante pour certaines personnes qui n’ont tout simplement pas le temps, l’énergie, l’argent ou le savoir pour donner la meilleure vie possible. Les chiens peuvent souffrir à cause de cela. Si en dépit de toutes les bonnes intentions, nous ne pouvons pas leur apporter ce dont les animaux ont besoin, alors cela peut être source de stress, d’anxiété, de nervosité et finalement néfaste. Donc, pour eux, le choix n’est pas bon malgré leurs bonnes intentions.

Pour conclure vivre avec un chien (ou tout autre animal de compagnie) est une grande source de bien-être, si le binôme (animal humain et animal non-humain) y trouve leur épanouissement.

Il reste une solution pour ceux qui ne peuvent pas assumer un animal (par manque de temps, de place, de moyen), mais qui veulent cependant bénéficier du bien-être que procure un animal :

  • Devenir bénévole : Donner de votre temps pour aider les animaux en refuge, dans les associations
  • Faire une zoothérapie

Bref… des solutions existent toujours

Corine Gomez

Références:

  1. Mark Bekoff : “ Living With a Dog Is Good, If It’s Good for You and the Dog” –  psychologytoday.com – Posted Dec 04, 2017
  2. Luisa Dillner, « Is owning a dog good for your health? » -The Guardian – http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2017/dec/04/is-owing-a-dog-good-for-your-health: « The Pet Factor: Companion Animals as a Conduit for Getting to Know People, Friendship Formation and Social Support« 
  3. Scientific Reports.: « Dog ownership and the risk of cardiovascular disease and death—a nationwide cohort study, »
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« Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? » – essai de Marc Bekoff

Les discussions sur le suicide des animaux soulèvent de nombreuses questions fascinantes.

Que savons-nous vraiment du suicide chez les animaux non humains et de leur conception de la mort ?

« Bien que les histoires d’animaux suicidaires soient anecdotiques, ce qui compte, c’est qu’elles sont parfaitement plausibles du point de vue de la science contemporaine (Preti 2011a, p.819). Ainsi, même si nous ne pouvons pas actuellement prouver qu’un animal s’est effectivement suicidé, il existe un nombre croissant de preuves indiquant que cette possibilité ne peut pas être exclue par principe.- David M. Peña- Guzmán, 2017 »

De récentes discussions, sur le fait de savoir si les animaux non-humains se suicident, soulèvent de nombreuses questions fascinantes et majeures sur ce qu’ils savent de leur propre mort et de celle des autres. Dans l’excellent essai du Dr Jessica Pierce intitulé « Un nouveau regard sur le suicide des animaux », elle mentionne : « Bien que beaucoup de gens s’empressent d’écarter la question . Les animaux peuvent-ils se suicider? Aussi stupide et aussi fantastiquement anthropomorphe, nous devrions nous arrêter et réfléchir sérieusement à la question. » Son article m’a permis de recevoir quelques emails sur cette possibilité. Deux étaient écrits comme suit: «Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir? » et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous? »

L’essai du Dr Pierce a été motivé par un article du philosophe David Peña-Guzmán, qui a suscité la réflexion : « Les animaux non humains peuvent-ils se suicider? » Dans l’essai, il conclut qu’il y a des raisons scientifiques et philosophiques qui soutiennent l’idée que les non-humains peuvent être source d’automutilation et de leur propre mort. Il écrit :

« Beaucoup de gens croient que seuls les humains ont les capacités cognitives et comportementales nécessaires pour un comportement suicidaire, comme la subjectivité réflexive, le libre arbitre, l’intentionnalité, ou la conscience de la mort. Trois contre-arguments basés sur (i) les émotions négatives et les psychopathologies chez les animaux non-humains, (ii) la nature du comportement autodestructeur et (iii) le problème de la fidélité au modèle dans la recherche sur le suicide – suggèrent que les comportements autodestructeurs et autodestructeurs parmi les animaux humains et non humains varient le long d’un continuum. »

Quelque chose doit émaner de l’exceptionnalisme humain

Le raisonnement du Dr. Peña-Guzmán est en accord avec les idées de Charles Darwin sur la continuité évolutionniste qui soulignent que dans de nombreux contextes, les différences entre les membres de diverses espèces, sont des différences de degré plutôt que de type. Ce sont des nuances de gris, plutôt que de fortes différences entre les noirs et les blancs, ce qui signifie que nous devons garder l’esprit ouvert sur les capacités cognitives et émotionnelles des autres animaux et sur leur ressemblance avec les nôtres. L’ esprit animal et la manie de l’Exceptionalisme Humain « .

En ce qui concerne l’unicité et la supériorité humaines supposées, le Dr Peña-Guzmán écrit:

« On pourrait faire valoir que dans le cas des sciences animales, ce biais se manifeste principalement comme un biais anti-confirmation qui nous incline à être hyper-sceptique des idées qui remettent en question notre croyance en notre unicité et notre supériorité présumées. Dans notre esprit, de telles idées ne sont jamais confirmées – peu importe le soutien qu’elles peuvent avoir. Ce parti pris met les chercheurs suicidaires dans une double contrainte puisqu’ils doivent prendre position sur la question de savoir si le lien entre les émotions négatives et les comportements autodestructeurs existe aussi bien chez les humains que chez les animaux non humains … »

Je suis d’accord à 100% avec les docteurs Peña-Guzmán et Pierce, concernant leur conclusion, selon laquelle nous devons garder l’esprit ouvert sur la question de savoir si oui ou non les non-humains se suicident. En Juillet 2012, j’ai écrit un essai intitulé « Did a Female Burro Commit Suicide? » basé sur une histoire que m’a racontée Cathy Manning au sujet d’une ânesse qui semblait vouloir se suicider après avoir donné naissance à un bébé avec un bec de lièvre qui ne respirait pas. Le bébé ne pouvait pas être ranimé et Cathy regardait la mère marcher dans un lac et se noyer.

« Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? » et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous ? « 

Parmi les emails que j’ai reçus, j’en ai sélectionné deux, parce qu’ils soulèvent des questions profondément importantes qu’il est très difficile de répondre avec certitude, étant donné ce que nous savons actuellement. Les autres questions que j’ai reçues pourraient être facilement regroupées dans ces deux requêtes générales.

Concernant les questions : « Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? » et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous ?  » Je ne sais pas, et je ne suis pas sûr que quelqu’un d’autre le sache non plus. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas le cas, mais je ne connais aucune recherche qui montre de façon concluante ce qu’il en est. Lorsque j’ai parlé à quelques personnes de ces possibilités au cours des dernières années, on me refuse des réponses claires tel un « oui » définitif ou un « non » définitif. Vivre dans cette troublante zone d’incertitude – peut-être qu’ils le savent et peut-être pas – me fait garder l’esprit ouvert sur les capacités cognitives et émotionnelles des non-humains, qui peuvent s’informer de leur propre disparition et de ce qu’ils savent quand d’autres sont morts et ne reviennent pas. Cela me garde éveillé la nuit parfois, et je me demande qui sont les autres animaux et que savent-ils vraiment sur ces choses qui se passent dans leur vie fascinante.

Quand on me pousse à donner des réponses plus définitives, je me retrouve à répondre : « Je ne pense pas qu’un animal non-humain se demande si sa vie finit comme celle des humains. » Mais je qualifie immédiatement cette déclaration en disant clairement : « Je ne sais vraiment pas et je ne pense pas que quelqu’un d’autre le sait en ce moment. » Et, je ne pense pas non plus qu’un non-humain est conscience de la mort d’un autre individu, mais le mot clé ici est « penser ».

Cette zone grise d’incertitude – peut-être qu’ils le savent et peut-être qu’ils ne le savent pas – ne disparaît pas.

Ainsi, les humains sont-ils exceptionnels parmi les mammifères et les autres non-humains en ayant un concept plus développé de leur propre et de la mort d’autres. Je sais cependant que beaucoup de non-humains souffrent et pleurent la perte des autres individus, mais je ne sais pas s’ils savent que les défunts sont partis pour toujours.

Ce que les autres animaux pensent et ressentent lorsqu’ils sont profondément attristés lorsqu’un autre animal meurt n’est pas clair, mais il est évident qu’une grande variété d’animaux subit la perte de leur famille et de leurs amis. L’histoire de Cathy au sujet de l’ânesse qui s’est noyé, et d’autres, dont certaines sont discutées par le Dr Peña-Guzmán, m’a fait repenser la question de savoir si les animaux se suicident et j’espère que ces histoires et d’autres porte pour une discussion éclairée et une recherche comparative sur cette possibilité intrigante. Nous devons prêter une attention particulière aux histoires qui ont un thème commun, et espérons qu’elles stimuleront davantage de recherches dans un domaine donné. Nous devons également réfléchir davantage à la question de savoir quand une différence de degré devient une différence de nature, mais c’est un sujet épineux pour les futurs essais.

Je suis profondément redevable aux Drs. Peña-Guzmán et Pierce pour avoir écrit leurs réflexions et pour leur ouverture d’esprit en matière de suicide animal. Je suis également reconnaissant à ceux qui prennent au sérieux ces questions sur le suicide des animaux et qui gardent l’esprit ouvert. Quand j’étudie attentivement ce que nous savons du suicide animal et ce que les non-humains savent de leur propre mort et de celle des autres, je pense qu’il est trop tôt pour répondre aux questions : « Les animaux savent-ils vraiment qu’ils vont mourir ? et « Est-ce que les animaux ont le même concept de mort que nous? » Je suis tout à fait d’accord avec le Dr Pierce quand elle écrit : « Bien que beaucoup de gens s’empressent d’écarter la question : les animaux peuvent-ils se suicider ? aussi stupide et aussi fantastiquement anthropomorphe, nous devrions nous arrêter et réfléchir sérieusement à la question. »

Restez à l’écoute pour plus de discussions sur la vie cognitive et émotionnelle des animaux. Il y a encore beaucoup à apprendre, et il ressort clairement d’une bonne partie de la recherche comparative détaillée sur d’autres animaux. Car nous ne sommes pas seuls à avoir développé des compétences cognitives et des émotions complexes et sophistiquées.

Marc_and_JethroEssai de Mark Bekoff – Publié le 08 Jan 2018

Article original: « Do Animals Really Know They’re Gonna Die? » [https://www.psychologytoday.com/blog/animal-emotions/201801/do-animals-really-know-theyre-gonna-die]

Ce post est en réponse à la publication du Dr Jessica Pierce « A New look at animal suicide » (un nouveau regard sur le suicide des animaux)

Reférences:

  1. Dr Jessica Pierce :  “A New Look at Animal Suicide” [https://www.psychologytoday.com/blog/all-dogs-go-heaven/201801/new-look-animal-suicide]
  2. Dr Peña-Guzmán : « Can nonhuman animals commit suicide? » [http://animalstudiesrepository.org/cgi/viewcontent.cgi?article=1201&context=animsent
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La vie dans l’ère de la Compassion, de la Liberté et de la Justice pour Tous

La coexistence dans l’Anthropocène et au-delà repose sur la compassion pour tous les êtres
Marc Bekoff – Article Publié le 31 déc. 2017 – Psychology Today.

Pour Noël, j’ai demandé au Père Noël de m’apporter le dernier livre écrit par Mark Bekoff et Jessica Pierce, « The Animals’ Agenda -Freedom, Compassion and Coexistence in the Human Age ». Le Père Noël a exhaussé mes vœux. Il me semblait important de le partager, car c’est un plaidoyer en faveur des animaux qui se doit d’être entendu. C’est une œuvre qui se doit d’être lu pour ceux qui veulent plus de moralité et de justice pour les animaux, humains et non-humains. Et je suis tombé sur cet essai qu’a écrit Mark Bekoff. Qui mieux que lui, peut ainsi se résumer lui-même.

Compassion et justice pour tous

« Nous avons besoin d’un autre concept, plus sage et peut-être plus mystique, des animaux. Loin de la nature universelle et vivant par artifice compliqué, l’homme dans la civilisation sonde la créature à travers le verre de sa connaissance et voit ainsi une plume magnifiée et toute l’image en distorsion. Nous les patronnons pour leur inachèvement, pour leur tragique destin d’avoir pris formes diverses si loin en dessous de nous. Et là nous nous trompons. Car l’animal ne doit pas être mesuré par l’homme. Dans un monde plus ancien et plus complet que le nôtre, ils se meuvent de manière achevée et complète, dotés de l’extension des sens que nous avons perdus ou jamais atteints, vivant par des voix que nous n’entendrons jamais. Ils ne sont pas frères, ils ne sont pas des subalternes : ce sont d’autres nations, prises avec nous-mêmes dans le filet de la vie et du temps, compagnons de captivité de la splendeur et du travail de la terre. » Henry Beston, The Outermost House: Une année de vie sur la grande plage de Cape Cod

Nous vivons tous dans l’Anthropocène, souvent appelé « l’âge de l’humanité », en réalité, il est plus correct de l’appeler « la rage de l’inhumanité », une époque où nous perdons des espèces animales non-humaines et leurs maisons à des taux sans précédent. Quelque chose doit être fait maintenant pour arrêter ces pertes horribles. Un moyen de favoriser la coexistence entre les non-humains et les humains, est d’arrêter d’utiliser d’autres animaux au service des humains. Nous devons travailler dur pour la liberté et la justice pour tous.

La citation ci-dessus d’Henry Beston, est l’un de mes favoris de tous les temps*. J’y vais constamment car cela en dit long sur les autres animaux et sur nos relations avec eux. Premièrement, nous voyons effectivement les autres à travers nos propres sens, mais nous savons que les autres animaux ne perçoivent pas le monde comme nous le faisons. Donc, nos opinions sont, en effet, déformées. Nous les patronnons aussi pour ne pas être comme nous, pour ce que nous percevons comme leur incomplétude, comme si nous, nous étions complets. Cette fausse représentation permet à certaines personnes de placer d’autres animaux au-dessous de nous sur une échelle évolutionnaire mythique. Ils sont considérés comme des êtres « inférieurs », un mouvement qui se traduit par un mauvais traitement rampant et un abus flagrant. Comme le dit Beston, « Et nous nous trompons« , car nous ne devrions pas être le modèle par rapport auquel nous mesurons d’autres animaux. J’aime aussi comment il considère les autres animaux comme « d’autres nations», car cela nous demande de les considérer comme les êtres qu’ils sont, pas comme ce que nous voulons qu’ils soient. Et sûrement, d’autres animaux sont pris dans le « travail de la terre », captifs de tout ce que nous voulons qu’ils fassent et de qui nous voulons qu’ils soient. Comme nous l’avons vu, cela crée beaucoup de stress, de douleur, de souffrance et de mort, alors qu’ils tentent de s’adapter à un monde dominé par l’homme. De plus, juste parce qu’un individu est « sauvage », il n’est pas nécessairement libre.

the animals'agendaLes humains s’engagent dans des relations intimes et nécessaires avec d’autres animaux, et dans la plupart de ces interactions, nous détenons le pouvoir. Mais le pouvoir n’est pas une droit pour la domination ou l’abus. Tenter d’imaginer un monde sans interactions homme-animal, est à la fois absurde et triste, surtout depuis que nous avons évolué ensemble. Mais pouvons-nous imaginer et créer un monde dans lequel nos interactions avec les animaux sont plus respectueuses de leurs propres besoins et intérêts?

Nous pensons que la réponse à cette question est un oui retentissant ! Cependant, travailler pour un tel monde exigera que nous arrêtions d’utiliser la science et l’arrogance centrée sur l’humain comme outils de la violence contre d’autres animaux. Nous devons aller au-delà du welfarisme.

Où va la science du bien-être ? Le vortex welfariste

La science du bien-être animal est en pleine croissance et s’est fermement développée en un domaine de recherche internationalement reconnu. Mais où est-ce exactement ? D’une part, il y a eu des changements positifs au nom des animaux. En mars 2016, la Chine a publié ses premières lignes directrices pour le traitement plus humain des animaux de laboratoire. Le Congrès des États-Unis a adopté des modifications à la Toxic Substances Control Act, dont l’Environmental Protection Agency doit réduire et remplacer les tests sur les animaux, où des alternatives scientifiquement fiables sont disponibles. Le comité de rédaction du New York Times a appelé le Pentagone à mettre un terme à l’utilisation d’animaux vivants dans l’entraînement au combat. Le zoo de Buenos Aires ferme ses portes après 140 ans, invoquant la raison pour laquelle la détention d’animaux sauvages en captivité est dégradante. L’Iran a interdit l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques, et au moment de la rédaction de ce rapport, 42 compagnies aériennes ont adopté des interdictions d’expéditions de trophées-animaux sur leurs transporteurs.

Nous reconnaissons que ce sont des mouvements positifs; Cependant, la science du bien-être animal nécessitera des changements plus profonds. Et au fil du temps, nous accumulons des données plus précises sur les désirs et les besoins des animaux. Donald Broom et Andrew Fraser, deux des plus grands chercheurs en bien-être au monde, écrivent: «Notre connaissance de. . . les indicateurs de bien-être se sont rapidement améliorés au fil des années, les chercheurs ayant étudié les effets des conditions difficiles sur les animaux. « . Les concepts de bien-être ont été affinés et les méthodes d’évaluation développées, développées, condensées. Nous avons une bonne liste de choses qui «défient» les animaux: exposition à des agents pathogènes, dommages tissulaires, attaque ou menace d’attaque, compétition sociale, stimulation excessive, manque de stimulation, absence de stimulus clés, et l’incapacité de contrôler leurs environnements.

En plus de ces données, la notion des Cinq Libertés semblent évoluer conceptuellement. Par exemple, David Mellor, du Centre de science et de bioéthique du bien-être animal de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande, a proposé un changement de terminologie aux «cinq domaines». Le modèle des domaines aborde certaines faiblesses des Cinq Libertés et offres, selon Mellor , une méthode plus scientifiquement mise à jour pour évaluer les dommages aux animaux. L’un des principaux problèmes avec les Cinq Libertés est que le mot «libérer de» dans quatre des cinq déclarations implique que l’élimination de certaines expériences (la faim, la peur, la douleur) soit possible. En effet, comme nous le savons tous, ces expériences affectives font partie intégrante de la vie et servent, biologiquement, à motiver un animal à s’engager dans des comportements essentiels à sa survie. Mellor prétend que l’objectif de la science du bien-être ne devrait pas être d’éliminer ces expériences, mais plutôt de les équilibrer contre des expériences affectives positives

Rien de tout cela ne constitue une évolution substantielle des principes moraux ou scientifiques fondamentaux et de la teneur de la science du bien-être. Mellor reconnaît que le paradigme welfariste permet des états de bien-être négatifs, mais il encourage une sorte de repondération des échelles afin que la souffrance que nous imposons soit tempérée en jetant quelques animaux supplémentaires à l’état de bien-être. Il admet que les animaux éprouveront toujours la douleur et la souffrance, mais veut leur donner autant de confort, de plaisir et de contrôle que possible et réduire l’intensité des états négatifs à des niveaux «tolérables», dans le contexte de leur utilisation comme nous le souhaitons.

Nous sommes toujours pris dans le «vortex welfariste» . Nous accumulons simplement de plus en plus de données, sur la façon dont nous nuisons aux animaux et ce qu’ils vivent dans  différentes situations considérées comme «difficiles» que nous leur imposons. Alors que certains peuvent prétendre que nous sommes trop critiques, ou que nous ne prêtons pas attention au nombre de changements qui ont été faits pour améliorer la vie des autres animaux, la science du bien-être continue de favoriser les intérêts humains par rapport aux autres animaux. Il y a de nouvelles données welfaristes – beaucoup de données – sur ce que nous savons de la meilleure façon d’abattre, de piéger, de confiner et de contraindre «humainement». Mais les engagements sur les valeurs des entreprises welfariste sont si fortement biaisés en faveur de leur intérêt personnel, que le traitement des animaux, sous ce régime, ne dépassera jamais l’exploitation et la violence.

Nous pouvons nous efforcer de donner aux animaux une vie meilleure, mais une vie meilleure n’est pas nécessairement une bonne vie.

Les engagements moraux (ou pour nous, les engagements immoraux) du welfarisme, sont restés constants : nous sommes toujours les pourvoyeurs de douleur et de souffrance. Dans quel genre de monde vivons-nous quand tout un programme de recherche est axé sur la meilleure façon de nuire aux animaux, et comment apaiser la conscience de ceux qui pourraient avoir des réserves sur la violence?

Le bouclier de la science du bien-être

Le Dr Yuval Noah Harari de l’Université hébraïque, l’auteur du livre phare Sapiens, a écrit un essai d’opinion pour le Guardian en 2015 appelant l’agriculture industrielle le plus grand crime de l’histoire. « L’étude scientifique des animaux« , écrit-il, « a joué un rôle lugubre dans cette tragédie. La communauté scientifique a utilisé sa connaissance croissante des animaux principalement pour manipuler leur vie plus efficacement au service de l’industrie humaine. « Harari a capturé l’essence de pourquoi le bien-être ne peut jamais être assez bon.

La science du bien-être animal fonctionne au service d’une variété d’industries,  bien que dans ce rôle, elle peut et ne fera jamais que renforcer le statu quo. Elle ne défiera jamais l’exploitation brutale des animaux dans l’agriculture ou dans la recherche en laboratoire, dans les zoos, les animaleries ou les programmes de recherche sur la conservation. En effet, comme le suggère Harari, la science n’a pas seulement gardé le silence sur notre traitement violent des animaux; il a apporté son soutien et son expertise à cette entreprise. Pire encore, la science du bien-être a tissé un masque d’objectivité autour des pratiques abusives. Broom et Fraser écrivent, par exemple, que «l’évaluation du bien-être peut être effectuée d’une manière objective et indépendante de toute considération morale». Comme le manteau d’invisibilité de Harry Potter, l’objectivité de la science du bien-être vise à protéger ceux qui valident l’examen moral. Mais le statu quo que la science du bien-être perpétue, est un ensemble d’hypothèses de valeurs, y compris l’hypothèse que les ressentis des animaux ne comptent pas vraiment, et même si elles importent un peu, les intérêts des animaux non-humains peuvent être vaincus quand cela sert les intérêts des animaux humains.

La science a été mise au travail pour rendre nos manipulations des animaux plus efficaces, plus productives et plus rentables. Elle a été un partenaire dans le crime avec les industries, qui utilisent et abusent des animaux. Elle a été utilisée pour justifier et neutraliser éthiquement les crimes contre les animaux. Mais ce n’est pas un rôle inévitable pour la science. Car la science a le potentiel d’aider les animaux et de guérir notre relation fracturée avec eux. En effet, à mesure que la science de la cognition et de l’émotion animales continue de progresser, il se peut fort bien que les faiblesses du welfarisme deviennent plus apparentes et que les incohérences de base soient dévoilées. Plus nous en savons sur la vie intérieure des animaux, plus la science du bien-être animal au service de l’industrie devient incongrue.

Science, éthique et plaidoyer: remplacer la science du welfarisme par la science du bien-être animal et se concentrer sur les animaux individuellement

Les connaissances de base de la science du bien-être animal sont extrêmement importantes.

Le premier d’entre eux est que les animaux ont des expériences subjectives.La seconde est que, non seulement les animaux éprouvent des sentiments négatifs comme la douleur et la peur et la frustration, mais éprouvent aussi du plaisir, du bonheur, de l’excitation et d’autres sentiments positifs.

À la suite de ces derniers, l’idée finale est que le comportement offre une fenêtre claire sur les sentiments des animaux. Le comportement est, en effet, une bonne fenêtre pour voir et connaître les animaux. Mais il peut s’agir d’une très petite fenêtre welfariste, dans une maison que nous concevons, construisons et gérons pour nos propres fins. Ou, il peut s’agir d’une fenêtre beaucoup plus grande, à travers laquelle nous pouvons scruter mais ne pas construire, dont les dimensions sont inconnues.

Si nous regardions à l’intérieur d’un abattoir ou regardions dans un bassin d’orque à SeaWorld, nous verrions une vaste collection de préoccupations de «bien-être». Mais l’abattoir et le bassin d’orques doivent être vus d’un point de vue beaucoup plus large. Nous ne devrions pas regarder dans l’abattoir et le bassin de l’orque, et bricoler avec les conditions que nous trouvons acceptables, mais en les regardant, en prenant pleinement mesure de ce que ces lieux signifient pour les animaux. L’essence de l’éthologie de la liberté est que le comportement est une fenêtre sur ce que les animaux veulent et veulent vraiment: être libres de vivre leur vie, être libérés de la souffrance et de l’exploitation auxquelles nous les soumettons – mais seulement si nous regardons la bonne façon: directement dans les yeux des animaux eux-mêmes.

Contrairement à la science du welfarisme, la science du bien-être utilise ce que nous apprenons de la cognition et de l’émotion au profit des animaux, cherchant continuellement à améliorer leur liberté de vivre leur vie en paix et en sécurité (2). science du bien-être, la science du bien-être ajoute le corollaire éthique essentiel que les sentiments des animaux individuels ont de l’importance. Contrairement au welfarisme, une science du bien-être admet d’emblée que la science et les valeurs sont intimement liées et que nos évaluations de ce dont les animaux ont besoin sont scientifiques et éthiques. En effet, les valeurs viennent en premier et éclairent le genre de questions scientifiques que nous sommes ouverts à poser et les types de réponses que nous sommes disposés à découvrir. Le welfarisme est une cage qui piège la perception humaine, celle qui limite aussi notre sens de l’empathie pour les autres êtres. Nous devons ouvrir les portes de la cage.

Il y aura toujours des compromis sur ce dont les humains ont besoin et sur ce dont les animaux ont besoin. Les humains interagissent et utilisent inévitablement d’autres animaux, et nous ne préconisons pas une approche non interventionniste des animaux et de la nature, bien que cela ne soit pas une mauvaise idée dans un monde dominé par l’homme. Mais un grand nombre de choses que nous faisons actuellement aux animaux sont simplement fausses et doivent cesser: l’abattage inutile des animaux pour la nourriture et la fourrure, l’utilisation d’animaux dans la recherche invasive, le confinement des animaux pour le divertissement humain et nos empiétements excessifs sur la faune. Le seuil pour enlever la liberté d’un animal ou nier l’une ou l’autre des Cinq Libertés est, actuellement, extraordinairement et offensivement bas. La barre doit être levée.

Comme nous l’avons souligné tout au long du livre, la question centrale qui motive la science du bien-être animal est «Qu’est-ce que les animaux veulent et ont besoin?» Cette question est restée au centre du welfarisme au cours des cinq dernières décennies.

En savons-nous assez pour répondre à cette question? Absolument. Nous en savons assez, maintenant, pour savoir que les animaux veulent être libres de l’exploitation humaine, libres de la captivité et libres des souffrances que nous leur imposons. Cela ne veut pas dire que de nouvelles recherches scientifiques sur le cœur et l’esprit des animaux ne sont pas importantes, car c’est le cas. Plus nous en savons, plus nous pouvons interagir avec les autres animaux, aussi longtemps que nous pouvons sortir de la cage welfariste et nous concentrer plus objectivement sur ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin. Ce que nous devons faire maintenant, c’est combler le fossé de l’application des connaissances.

Nous devons appliquer ce que nous savons de l’émotion et de la cognition, et suivre les implications morales de la science dont nous disposons actuellement. L’éthologie cognitive, l’étude des esprits animaux, doit prendre un «tournant pratique», mettant ce que nous savons des animaux au service des animaux eux-mêmes. Les scientifiques peuvent être des outils de l’industrie, ou ils peuvent être des défenseurs des animaux d’une manière qui sert vraiment les animaux. Nous aimerions voir plus de scientifiques s’éloigner des défenseurs du welfarisme et devenir des défenseurs plus positifs pour les animaux eux-mêmes. Alors que certains scientifiques prétendent qu’ils n’ont pas à être des défenseurs, ils oublient que la défense de l’utilisation des animaux, est un plaidoyer qui va à l’encontre des animaux.

Il y a quelques années, Marc Bekoff a donné une conférence à Sydney, en Australie, où il a soutenu qu’il était injuste de tuer des kangourous pour le sport, le plaisir et la nourriture. À la fin de cette discussion, un scientifique travaillant pour l’industrie de la viande de kangourou a critiqué son rôle d’avocat. Il a dit que la science est censée être objective et que les scientifiques ne devraient pas être des défenseurs. Marc Bekoff a répondu que lui et son critique étaient tous les deux des avocats. Marc Bekoff a plaidé pour les kangourous, alors que son critique plaidait en leur défaveur. Le meilleur espoir de combler le fossé de l’application des connaissances incombe aux futurs scientifiques et à tous les enfants, car ils n’ont pas encore été inoculés contre la compassion pour les animaux. On peut faire de la «bonne science» et toujours ressentir pour les animaux, et en effet, nous avons déjà vu que la compassion et la préoccupation pour les animaux peuvent produire une meilleure science.

En encourageant les écoles et les parents à inclure une éducation humaine, nous pouvons espérer faire grandir des enfants qui comprendront que les animaux ont des sentiments et, plus important encore, qui seront capables de traduire cela dans leur vie quotidienne et dans leurs choix. Marc Bekoff a beaucoup écrit sur la notion de «rééducation de l’éducation», sur le retour de notre relation avec la terre et sur le fait que les jeunes quittent leurs mégots et sortent dans la nature. Non seulement nos enfants bénéficieront d’une éducation de préemption, mais les générations futures le feront aussi alors, nous négocierons la sortie difficile de l’Anthropocène.

Ce que la recherche sur la cognition et l’émotion chez les animaux continue de démontrer, c’est à quel point nous sommes entrelacés, sur le plan de l’évolution. Le coté exceptionnel de l’ humain, l’idée que nous sommes tout à fait différents, et que nous avons le droit de faire ce que nous voulons (dans notre propre logique), est scientifiquement insupportable. En écrivant sur la découverte en 2015 de fossiles d’un parent humain précoce appelé Homo naledi, le primatologue renommé Frans de Waal a écrit: «Nous essayons beaucoup trop de nier que nous sommes des singes modifiés. La découverte de ces fossiles est une percée paléontologique majeure. Pourquoi ne pas saisir ce moment pour surmonter notre anthropocentrisme et reconnaître le flou des distinctions au sein de notre famille élargie? Nous sommes une riche collection de mosaïques, non seulement génétiquement et anatomiquement, mais aussi mentalement. »

Favoriser les libertés

Alors que le livre en était au début de sa rédaction, Marc Bekoff a reçu un courriel de Jennifer Miller, qui travaillait dans un centre de réintroduction pour des perroquets captifs au Costa Rica. Jennifer lui raconta l’histoire d’un grand ara vert qui s’était échappé du centre. Le sort du perroquet est devenu une source de discussions houleuses parmi le personnel du centre. Le sentiment de Jennifer était qu’ils ne devraient pas essayer de récupérer l’animal et devraient juste le laisser être libre. D’autres étaient fortement en désaccord, estimant que c’était leur obligation de le trouver et de le ramener parce qu’il risquait de mourir seul dans la nature. Cette histoire est un merveilleux exemple de la façon dont la liberté pour les animaux signifie différentes choses pour différentes personnes, et comment la liberté peut entrer en conflit avec d’autres valeurs.

Il a été décidé de demander à quelques personnes de partager leurs réflexions sur ce que la liberté pour les animaux signifie. Voici quelques réponses:

Michael Tobias (auteur et cinéaste primé): « Nous n’avons aucune idée de ce que signifie la liberté. Mais nous pouvons certainement apprécier ce que signifie le manque de liberté. »

Sarah Bexell (Institut pour la connexion homme-animal, Université de Denver): «Autodétermination. . . y compris le choix de l’endroit où errer, voler, nager, choix d’amis, choix d’activités, choix de nourriture, choix de partenaires, choix de la maison / nid, et même les mauvais choix qui mettent fin à leurs vies, mais au moins la mort est survenue »

Jo-Anne McArthur (cinéaste de la vidéo « Les fantômes dans notre machine »(3) et auteur de We Animals et Captive (4)):« Être libre de l’exploitation corporelle et psychologique par les humains. . . être respecté par les humains et non objectivé. »

George Schaller (biologiste de la conservation de renommée mondiale): » Une question intrigante. Je viens de rentrer hier de l’est de Tibet à la recherche d’animaux non- humains. Un animal dans la nature est libre de passer une grande partie de son temps à la recherche de nourriture ou de mourir de faim, en compétition pour son statut et ses compagnons, et reste en alerte pour éviter de devenir sa proie. Un animal captif est bien nourri, sa vie sociale, le cas échéant, confinée à ses compagnons de cellule, et, à l’abri du danger, son existence est émoussée et banale, sa force évolutive dépensée, la plaçant parmi les morts vivants. »

Hope Ferdowsian (bioéthicien (5)): « La même chose que pour les humains. La liberté de satisfaire nos besoins physiques fondamentaux, quels qu’ils soient, selon les espèces et les individus, y compris la liberté de mouvement (liberté corporelle); être à l’abri des dommages causés par les humains (intégrité corporelle – ce qui devrait inclure l’absence de dommages à l’esprit); liberté d’aimer et de se lier avec qui nous souhaitons; le respect de nos choix, et la liberté de l’humiliation et de la honte intentionnelle.  »

Ceci est un échantillon de ce que la liberté signifie pour les personnes qui ont travaillé dans divers secteurs de l’interface homme-animal. Mais l’histoire de l’ara nous rappelle que nous avons aussi besoin, et surtout, de penser à ce que la liberté signifie pour les animaux. Qu’est-ce que la liberté signifie pour l’oiseau échappé ? Être libre de voler mais ne pas survivre longtemps, ou retarder la liberté de vol jusqu’à ce qu’il soit mieux équipé

Transition du welfarisme au bien-être: le potentiel adjacent

Un numéro récent de l’Atlantic Monthly présentait sa grande question: «Quelles habitudes contemporaines seront les plus impensables dans 100 ans?» L’une des réponses était «Manger des animaux pour leur protéine». Il est en effet possible d’imaginer un avenir dans lequel les gens vont regarder en arrière comment les animaux ont été traités au début du vingt et unième siècle et frémir d’horreur. « Ils étaient des barbares« , disent-ils à propos de nous. «Comment pourraient-ils ignorer la sensibilité et la souffrance des animaux?» Ils pourraient le dire à propos de tous les lieux d’utilisation des animaux dont nous avons parlé.

Steven Johnson, qui a étudié et écrit sur l’histoire de l’innovation, explore la notion de ce qu’il appelle l’adjacente possible. Le possible adjacent, écrit Johnson, «est une sorte d’ombre qui plane sur les bords de l’état actuel des choses, une carte de toutes les façons dont le présent peut se réinventer». Le passé et le présent nous préparent à tout nombre des futurs. En fonction de ce qui a été posé et des idées qui circulent, certaines nouvelles pensées deviennent pensables. Comme le suggère Johnson, «L’étrange et belle vérité sur les adjacents possibles est que ses frontières se développent au fur et à mesure que vous les explorez. Chaque nouvelle combinaison ouvre la possibilité d’autres nouvelles combinaisons.  »

Les pièces sont ici en ce moment pour un changement de paradigme majeur dans la façon dont nous pensons et interagissons avec d’autres animaux. En effet, ils sont là depuis un certain temps, mais peu sont assez audacieux pour dire «assez c’est assez». Un avenir est possible dans lequel les humains et les autres animaux coexistent pacifiquement, où la non-violence est la norme plutôt que l’exception. Les animaux seront considérés comme moralement offensants. Le welfarisme soulève l’ante en reconnaissant que les animaux ont des sentiments et que ces sentiments sont importants. Mais en continuant à favoriser les intérêts humains au-dessus des intérêts des animaux individuels, cela ne va pas assez loin.

Renforcer les libertés et le bien-être des animaux individuels, et défendre la coexistence pacifique et l’harmonie des animaux et des personnes, ouvre la porte à un nouveau adjacent possible. L’anthropocène – l’âge de l’humanité – pourrait bien évoluer vers le Compassionocene – l’Age de la Compassion. Sur la lancée d’une préoccupation mondiale accrue pour le bien-être des animaux individuels, nous devons œuvrer pour un avenir de plus grande compassion, de liberté et de justice pour tous. C’est la bonne chose à faire.(6)

Bonne année à tous les êtres, non humains et humains, et travaillons tous ensemble pour faire de 2018 et au-delà – pour toujours – un bien meilleur endroit pour tous les individus. C’est aussi la bonne chose à faire.

Marc Bekoff

Marc Bekoff, Ph.D., is professor emeritus of ecology and evolutionary biology at the University of Colorado, Boulder.

Texte original : Psychology Today – 31 Dec 2017

Références

  1. Extrait et légèrement modifié (en italique) de l’Agenda des animaux: liberté, compassion et coexistence à l’ère humaine, chapitre 8, où des références spécifiques peuvent être trouvées. Cette partie de cet essai a été écrite avec Dr. Jessica Pierce, co-auteur de l’ordre du jour des animaux. Nous avons choisi l’image pour notre couverture de livre avec soin, en voyant un jeune lion sauvage sur le Maasai Mara comme un symbole de liberté. Ce jeune homme semble, par son expression d’intention, croire que le monde est son domaine et qu’il peut faire ce qu’il veut. Mais sa « baby-sitter » semble déjà lui dire que même s’il est sauvage, il n’est pas forcément libre.
  2. Pour plus d’informations sur la science du bien-être des animaux, veuillez vous reporter à «Les animaux ont besoin de plus de liberté, pas de plus grandes cages» et «Le programme des animaux: une interview sur le bien-être des animaux»
  3. « La douleur des animaux fait mal: les fantômes dans notre machine »
  4. « Captive: Un nouveau livre sur les zoos est un changeur de jeu »
  5. Auteur de Phoenix Zones: où la force est née et la résilience vit
  6. Pour plus de réflexion sur la possibilité de donner plus de liberté, de compassion et de justice aux autres animaux, veuillez vous reporter à la section «Comment améliorer le monde pour les animaux non humains» dans laquelle de nombreuses personnes interviennent.

 

 

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Profession Photographe animalière: Marie-Claude Orosquette

J’ai  rencontré Marie-Claude Orosquette durant un stage de comportementaliste animalier, en mai 2014. A cette époque, elle avait mis sa carrière de photographe entre parenthèses. Sa passion pour les animaux l’avait menée à effectuer cette formation de 5 jours, sur la Côte d’Azur… une chance pour moi, pour faire sa connaissance et échanger sur nos centres d’intérêts respectifs. 

Aujourd’hui, je dois dire que c’est un vrai bonheur, que Marie-Claude ait décidé de reprendre la photo. Son talent, sa sensibilité artistique et son envie de faire partager sa passion, font d’elle une artiste exceptionnelle avec un grand coeur.marie-claude-orosquette-photographe-accompagnateur-aguila2-211x150

J’ai eu envie de vous faire découvrir ce personnage particulier et son univers artistique à travers une petite interview à laquelle Marie-Claude a eu la gentillesse de se prêter.

L’interview:

CK: Quelles sont tes motivations pour exercer ce métier?

MCO: Etre le témoin privilégié des derniers édens sur la planète et de pouvoir immortaliser ces instants qu’offrent Dame Nature. Mais la motivation la plus grande, c’est de pouvoir, à mon niveau bien sur et en tant que photographe, alerter le plus possible sur la précarité de cette biodiversité. Nous sommes acteurs de ce que nous transmettons et il est de plus en plus important pour moi de témoigner, à travers mes conférences, du nombre grandissant d’espèces en danger, en voie de disparition ou proche de l’extinction, et malheureusement le facteur humain est toujours présent.

CK: Les animaux pour toi, ça veut dire quoi ?

Ca veut dire un regard, une attitude, une action. Les animaux pour moi ça veut dire « êtres vivants doués de sensibilités », il n’y a qu’a voir la réaction d’une éléphante qui vient de perdre son petit pour en prendre bien conscience , et pourtant dans le droit français, ils ne possèdent pas de personnalités juridique, il n’y a donc pas eu d’effet concret  sur la condition animale depuis cette reconnaissance ( sensibilité animale) dans le code civil  en 2015.

La dure loi de la nature pour les espèces se trouve d’autant plus précaire que l’espèce humaine est le premier prédateur pour les animaux. Il est grand temps de prendre conscience que nous devons respecter leur milieux naturel, leur conditions de vie. Nous n’avons pas le droit sous couvert de médecine traditionnelle de pratiquer le braconnage. Nous n’avons pas le droit sous prétexte de spectacle de maintenir des animaux dans des conditions déplorable de détention.Nous n’avons pas le droit non plus de continuer à classer certaines espèces nuisibles, alors qu’elles ne devraient plus y figurer. Les exemples ne manquent pas. Quand on voit que le gouvernement anglais vient de faire machine arrière sur la sensibilité des animaux, je me dis que franchement la seule espèce qui devient totalement insensible c’est bien la notre. Pour finir avec cette question je ne pourrais concevoir ma vie sans les animaux.

CK: Pourquoi tu en es venue à la photographie animalière ? 

MCO: De formation scientifique d’une part , la passion des voyages, celle des animaux, de la nature et de la photo toute une alchimie de la vie qui m’a naturellement menée vers ce métier passion.

CK: Aurais-tu une anecdote sur une prise de vue ? 

MCO: J’ai tellement d’anecdotes. Chaque photo est un instant certes mais surtout une tranche de Vie (note de l’auteur: avec un grand V), une histoire d’un animal qui, quoi qu’il arrive, survit et dépense toute son énergie pour vivre, mais je retiendrais quand même cette belle histoire lors d’une prise de vue de lycaons (chiens sauvages africains) qui vivent en meute avec un couple alpha, mais contrairement aux loups dont les vieux individus s’éloignent de la meute et finissent solitaire, les vieux lycaons sont protégés et mis avec les tout petits, en garderie somme toute et les adultes viennent régurgiter leur repas pour qu’ils puissent continuer à s’alimenter ils sont au centre des préoccupations tout comme les puppies.

Lycaon puppies Avec l’autorisation de Marie-Claure Orosquette: droit réservé

CK: Si tu devais choisir un instant, une photo, ce serait laquelle ? Pourquoi?

MCO: Forcement celle que je n’ai pas encore faite, celle que je vais faire. Mais bon dans celles que j’ai faite, surement cette maman léopard qui nourrit ses petits avec leur premier vrai repas, une photo que j’ai prise au bout d’une piste au fond du delta de l’Okavango au Botswana en attendant que le petit Cesna vienne nous récupérer…..

léopard maman et petit Avec l’autorisation de Marie-Claure Orosquette: droit réservé

….à moins que ce soit celle prise en Afrique du Sud près d’Hermanus ma première photo de baleine à frange australe. Quelle émotion !

Baleine à frange australe copie
Avec l’autorisation de Marie-Claure Orosquette: droit réservé

Le Site web et les photos

site web Cliquez sur l’image pour accéder au site

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Pour VOUS faire plaisir

Marie Claure Orosquette, sa biographie, etc

MCO

Sa Biographie :

« Voir juste, c’est juste voir »

« J’aime capter les lumières, les ambiances, les petits matins du monde, les actions à peine perceptible à l’œil, un mouvement une attitude de l’aube au crépuscule ici, là, ou ailleurs. »

« De formation scientifique, la nature a toujours eu une place privilégiée qui a toujours guidée ma vie de photographe. »

Ses Récompenses :

  • 3ème prix animalier aux photographies de l’année 2008 (APPPF)
  • Demi finaliste BBC Wildlife 2009

Jury :

  • Membre du jury du festival de l’oiseau 2011
  • Membre du jury de la Coupe de France fédération française photographique 2011
  • Membre du jury National Nature 2011
  • Membre du jury Du concours International Namur (Belgique) Aves 2011
  • Membre du jury film nature international festival de l’oiseau 2013
  • Membre du jury de la coupe de France Nature (FFP)  2017

Ses Expositions :

  • Exposition Paris AFA 2009 au profit de l’association
  • Exposition Les photographes de l’année, 2010
  • Exposition au mois international de la photo (MIPE), 2010
  • Exposition au Festival de l’oiseau, 2011
  • Expositions collectives Montier-en-Der , week*end de la biodiversité, festival de l’oiseau , Aigues Mortes, 2011
  • Exposition festival international Nature Namur, 2011
  • Exposition Paris (Afrique : Terres de Cœur), 2013
  • Exposition au Printemps de la Photographie, 2017

Présidente d’honneur du festival  photo IDO  à Gruissan, 2017