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La première formation en Thérapies Animalières

Combien de personnes souhaitent annuellement réorienter leur vie professionnelle ? trouvez un nouveau souffle ? s’investir dans des causes qui leur parlent vraiment ?  

A l’occasion de mes rencontres, j’ai souvent été questionnée sur mon parcours et le cursus qui m’a menée à m’occuper du comportement des animaux. A l’issue de ces conversations, les curieux m’ont remonté qu’ils regrettaient l’absence de centre de formation avec des cours physiques : « tous ce fait par correspondance maintenant et travailler avec des animaux quand vous n’avez que de la théorie, cela ne veut rien dire.« , « Se trouver un stage tout seul, c’est la galère. Les responsables veulent des gens compétents et on ne sait pas ce que l’on vaut.« , « j’aimerai faire ce métier, mais je ne sais s’il y a des débouchés et personne pour me répondre.« 

C’est vrai… pas facile de changer de vie, de faire le grand saut sans trop savoir ce qu’il en sera. Et puis soyons honnête, une formation coûte cher, donc il faut être sur de son investissement.

Alors nous avons pensé à eux et celles qui voudraient réorienter leur vie en leur donnant un nouveau sens, à ceux qui veulent juste acquérir des connaissances et des compétences sur le monde du chien ou du chat.
Pour nous, professionnels et thérapeutes du secteur, le bien-être animal est le socle de toutes nos actions. Il est indispensable de comprendre les animaux, pour défendre leurs droits et mettre en place les devoirs que nous avons à leur égard.
La formation en Thérapies Animalières, proposée par le Centre Kami s’adresse à toutes ces personnes motivées et intéressées par les thérapies, le comportement et le bien-être des animaux.
Composée de 3 parties, cette formation se veut holistique. Tous les aspects de la gestion thérapeutique du chien et du chat seront dispensés.

Et bien entendu des stages de pratiques viendront compléter les cours physiques, les cours virtuels et les tests d’évaluation.

Nous avons voulu cette formation aussi flexible que possible.

La formation vous intéresse ? Contactez-nous et nous pouvons vous apporter des réponses concrètes.

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L’extra-socialisation des chiots : une nécessité démontrée

Une étude récente met en évidence, au travers de diverses expériences que l’extra-socialisation pour des chiots et jeunes chiens est « la cerise sur le gâteau » pour une adaptation, intégration à leur futur environnement.

Le Dr Zazie Todd a publié une étude basée sur les recherches de Helen Vaterlaws-Whiteside et Amandine Hartmann, intitulée «Améliorer le comportement des chiots en utilisant un nouveau programme de socialisation standardisé».

En résumé, cet essai qui s’adresse à ceux qui choisissent de partager leur maison et leur cœur avec un chien, traite de six portées de chiots faisant partie du programme d’élevage des chiens guides pour aveugles, qui ont participé à l’étude.

La moitié des chiots recevaient une extra-socialisation cinq jours par semaine pendant les six premières semaines de leur vie, comprenant des activités diverses telles que:

  • Des interactions répétées et intenses avec les humains et les animaux
  • Des stimulations visuelles, auditives et tactiles accrue: « caresser doucement le chiot avec les doigts, une serviette, des gants en caoutchouc, en examinant doucement les oreilles et les dents du chiot et en encourageant le chiot à faire des choses comme franchir un obstacle ou franchir une porte. Les chercheurs ont fait en sorte que le chiot soit à l’aise en toute circonstance. « 

Les chiots ont été évalués à l’âge de six semaines, puis à l’âge de huit mois. Dans l’ensemble, les chiots qui ont reçu une extra-socialisation, par rapport aux chiots qui ont reçu une socialisation normale, «ont obtenu de meilleurs résultats lors des tests à 6 semaines». Il a été montré qu’à 8 mois, ils étaient moins susceptibles d’avoir des comportements liés à la séparation, ou avoir une sensibilité corporelle.

Dans l’ensemble, «l’extra-socialisation a apporté des avantages importants pour leur bien-être comportemental en tant que jeunes adultes. Ces résultats seront particulièrement intéressants pour ceux qui élèvent et entraînent les chiens d’assistance, mais ils sont importants pour tous ceux qui se soucient des chiens. »

Selon les chercheurs eux-mêmes, « l’extra-stimulation spécifiquement étudié pour des chiots très jeunes, a permis de développer un contact physique accru, des défis mentaux et une interaction positive étendue avec les personnes étrangères à la portée. Cela explique également le comportement d’anxiété réduit et le comportement détendu lors des tests à huit mois. »

 

Etre bien socialisé aux autres chiens et aux humains est essentiel pour les chiots. Cette période est appelée la période sensible. La recherche classique faite par Drs. John Paul Scott et John Fuller, a démontré qu’il suffisait de deux périodes de 20 minutes de contact social par semaine pour produire des chiens socialisés.

Si PLUS c’est mieux, alors ne nous contentons pas du minimum.

La présente étude montre clairement que «plus c’est mieux» et que les chiots qui ont bénéficié de l’extra-socialisation sont d’avantage paré en termes de résilience et de qualité de vie. Les animaux de compagnie ont besoin de beaucoup plus que ce que nous leur donnons. Les effets positifs de l’extra-socialisation montrent que nous pouvons toujours faire plus pour les chiens dont nous sommes les responsables, les gardiens. C’est une situation gagnant-gagnant pour tous.

De nombreux chiens de compagnie sont plus stressés que nous ne le pensons dans un monde dominé par l’homme, et il est bénéfique pour eux de développer autant de résilience que possible, en essayant de s’adapter à nos modes de vie.

Je suis en faveur d’apporter aux chiens et à tous les autres animaux,  tout ce qu’il nous est humainement possible. Ne soyons pas avare de notre temps. Si nous endossons la responsabilité d’adopter un animal, c’est pour son bien, voire même pour son « meilleur ». Et son meilleur passe par une extra-socialisation, pour qu’il soit capable de s’adapter à toutes les circonstances sans sombrer dans l’anxiété ou la dépression.

Il n’y a rien de mal à faire plus pour les non-humains qui dépendent de nous. Nous sommes leurs lignes de vie et devons leur donner la meilleure vie possible. Montrons leur combien nous nous soucions d’eux et combien nous les aimons.

Corine Gomez
Comportementaliste

Réferences

  • Vaterlaws-Whiteside, H. et Hartmann, A. (2017). « Améliorer le comportement des chiots en utilisant un nouveau programme de socialisation standardisé. » Applied Animal Behavior Science, 197, 55-61. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2017.08.003
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Levée de fond pour « Le Guide du Petit Comportementaliste »: votre contribution est cruciale

« Aimer les animaux, c’est faire en sorte que les adultes du futur les respectent; Pour cela il faut les éduquer aujourd’hui » 

Nous avons créé des ateliers éducatifs pour enfants, dans le but de leur enseigner les bases du comportement animal, les bons gestes et le respect envers les animaux. Ces ateliers se veulent ludiques et pédagogiques : des quizz, des jeux de rôles et des cas à traiter… comme de vrai comportementaliste.

Nous avons développé pour les besoins de nos ateliers, « le Guide du Petit Comportementaliste« .

guide PC couverture

Il s’agit d’un livret qui traite de façon éducative du chien, du chat, du furet et des rongeurs familiers, avec 3 axes majeurs :

La prévention : prévenir des accidents qui incluent les animaux et les enfants, et qui peuvent être dramatiques pour tous.

Le respect de l’autre : voir l’animal différemment et comprendre qu’un animal a des besoins vitaux à respecter

L’élargissement des connaissances : en appendre plus pour mieux comprendre

Pour finaliser le projet, nous avons besoin de soutien financier et avons mis en place une levée de fond sur leetchi, pour imprimer les livrets et pouvoir les distribuer gratuitement aux enfants. Permettez nous d’éduquer les enfants pour les aider à bien grandir.

Soutenez nous et contribuez à ce projet

Les enfants et les animaux méritent qu’on les protège et les éduque

Retrouvez tous les détails des ateliers pour enfants, développé par le Centre Kami.

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Le Pays de Galles envisage d’interdire les animaux sauvages dans les cirques pour faire cesser les pratiques cruelles

L’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques au Pays de Galles pourrait être interdite après que le gouvernement gallois ait déclaré qu’il «explorait les possibilités» de mettre fin à cette pratique.

Lesley Griffiths, secrétaire aux affaires rurales du parti du « Labour » à Cardiff, a annoncé que cette initiative visait les spectacles itinérants, soulignant qu’il était «important de ne pas négliger les besoins de bien-être de leurs animaux».

Mme Griffiths a dit qu’elle avait «l’intention d’apprendre» du Gouvernement Ecossais, où une loi adoptée l’année dernière pour interdire les animaux sauvages dans les cirques itinérants, s’est avérée plébiscitée par l’opinion public. »
Les officiels examineraient comment la législation a été rédigée, en soulignant que « les arguments d’éthique et de bien-être pour une interdiction » seraient examinés avant qu’une loi semblable soit présentée.

Claire Lawson, directrice adjointe des relations extérieures de la charité, a déclaré au journal The Independent: «C’est une journée mémorable pour les animaux – avec l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques au Pays de Galles pourrait être consignés dans les livres d’histoire une fois pour toutes. »

« La RSPCA s’est battue pendant des années pour que cette interdiction devienne une réalité – et nous sommes absolument ravis que le gouvernement Gallois ait confirmé son intention de présenter une législation pour mettre fin à cette pratique périmée et cruelle sur le sol de ce pays. »

Le groupe de la campagne Animal Defenders International a également salué le mouvement, disant qu’une interdiction était « attendue depuis longtemps ». Son président, Jan Creamer, a déclaré à The Independent: «L’interdiction de l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques, au Pays de Galles est ce que le public exige. Les animaux ont besoin et nous espérons que la législation sera adoptée rapidement. »
Les enquêtes menées par le groupe dans le passé, ont montré que les animaux sauvages détenus par des cirques, étaient souvent «soumis à des méthodes d’entraînement brutales et violent».

L’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques est déjà interdite en République d’Irlande depuis janvier.
Un porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales a déclaré le mois dernier que le gouvernement voulait « mettre fin à l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques itinérants » et qu’il « légiférerait pour une interdiction dès que le Parlement le permettrait« .

The Independent a contacté le bureau de Michael Gove, le secrétaire à l’environnement, pour voir s’il envisagerait un mouvement similaire pour l’Angleterre. Il n’y avait pas de réponse immédiate.

Article de Jeff Farrell
The Independant  (http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/wales-wild-animals-ban-circus-welsh-big-top-ethica-rights-treatment-a8212396.html)

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La vie dans l’ère de la Compassion, de la Liberté et de la Justice pour Tous

La coexistence dans l’Anthropocène et au-delà repose sur la compassion pour tous les êtres
Marc Bekoff – Article Publié le 31 déc. 2017 – Psychology Today.

Pour Noël, j’ai demandé au Père Noël de m’apporter le dernier livre écrit par Mark Bekoff et Jessica Pierce, « The Animals’ Agenda -Freedom, Compassion and Coexistence in the Human Age ». Le Père Noël a exhaussé mes vœux. Il me semblait important de le partager, car c’est un plaidoyer en faveur des animaux qui se doit d’être entendu. C’est une œuvre qui se doit d’être lu pour ceux qui veulent plus de moralité et de justice pour les animaux, humains et non-humains. Et je suis tombé sur cet essai qu’a écrit Mark Bekoff. Qui mieux que lui, peut ainsi se résumer lui-même.

Compassion et justice pour tous

« Nous avons besoin d’un autre concept, plus sage et peut-être plus mystique, des animaux. Loin de la nature universelle et vivant par artifice compliqué, l’homme dans la civilisation sonde la créature à travers le verre de sa connaissance et voit ainsi une plume magnifiée et toute l’image en distorsion. Nous les patronnons pour leur inachèvement, pour leur tragique destin d’avoir pris formes diverses si loin en dessous de nous. Et là nous nous trompons. Car l’animal ne doit pas être mesuré par l’homme. Dans un monde plus ancien et plus complet que le nôtre, ils se meuvent de manière achevée et complète, dotés de l’extension des sens que nous avons perdus ou jamais atteints, vivant par des voix que nous n’entendrons jamais. Ils ne sont pas frères, ils ne sont pas des subalternes : ce sont d’autres nations, prises avec nous-mêmes dans le filet de la vie et du temps, compagnons de captivité de la splendeur et du travail de la terre. » Henry Beston, The Outermost House: Une année de vie sur la grande plage de Cape Cod

Nous vivons tous dans l’Anthropocène, souvent appelé « l’âge de l’humanité », en réalité, il est plus correct de l’appeler « la rage de l’inhumanité », une époque où nous perdons des espèces animales non-humaines et leurs maisons à des taux sans précédent. Quelque chose doit être fait maintenant pour arrêter ces pertes horribles. Un moyen de favoriser la coexistence entre les non-humains et les humains, est d’arrêter d’utiliser d’autres animaux au service des humains. Nous devons travailler dur pour la liberté et la justice pour tous.

La citation ci-dessus d’Henry Beston, est l’un de mes favoris de tous les temps*. J’y vais constamment car cela en dit long sur les autres animaux et sur nos relations avec eux. Premièrement, nous voyons effectivement les autres à travers nos propres sens, mais nous savons que les autres animaux ne perçoivent pas le monde comme nous le faisons. Donc, nos opinions sont, en effet, déformées. Nous les patronnons aussi pour ne pas être comme nous, pour ce que nous percevons comme leur incomplétude, comme si nous, nous étions complets. Cette fausse représentation permet à certaines personnes de placer d’autres animaux au-dessous de nous sur une échelle évolutionnaire mythique. Ils sont considérés comme des êtres « inférieurs », un mouvement qui se traduit par un mauvais traitement rampant et un abus flagrant. Comme le dit Beston, « Et nous nous trompons« , car nous ne devrions pas être le modèle par rapport auquel nous mesurons d’autres animaux. J’aime aussi comment il considère les autres animaux comme « d’autres nations», car cela nous demande de les considérer comme les êtres qu’ils sont, pas comme ce que nous voulons qu’ils soient. Et sûrement, d’autres animaux sont pris dans le « travail de la terre », captifs de tout ce que nous voulons qu’ils fassent et de qui nous voulons qu’ils soient. Comme nous l’avons vu, cela crée beaucoup de stress, de douleur, de souffrance et de mort, alors qu’ils tentent de s’adapter à un monde dominé par l’homme. De plus, juste parce qu’un individu est « sauvage », il n’est pas nécessairement libre.

the animals'agendaLes humains s’engagent dans des relations intimes et nécessaires avec d’autres animaux, et dans la plupart de ces interactions, nous détenons le pouvoir. Mais le pouvoir n’est pas une droit pour la domination ou l’abus. Tenter d’imaginer un monde sans interactions homme-animal, est à la fois absurde et triste, surtout depuis que nous avons évolué ensemble. Mais pouvons-nous imaginer et créer un monde dans lequel nos interactions avec les animaux sont plus respectueuses de leurs propres besoins et intérêts?

Nous pensons que la réponse à cette question est un oui retentissant ! Cependant, travailler pour un tel monde exigera que nous arrêtions d’utiliser la science et l’arrogance centrée sur l’humain comme outils de la violence contre d’autres animaux. Nous devons aller au-delà du welfarisme.

Où va la science du bien-être ? Le vortex welfariste

La science du bien-être animal est en pleine croissance et s’est fermement développée en un domaine de recherche internationalement reconnu. Mais où est-ce exactement ? D’une part, il y a eu des changements positifs au nom des animaux. En mars 2016, la Chine a publié ses premières lignes directrices pour le traitement plus humain des animaux de laboratoire. Le Congrès des États-Unis a adopté des modifications à la Toxic Substances Control Act, dont l’Environmental Protection Agency doit réduire et remplacer les tests sur les animaux, où des alternatives scientifiquement fiables sont disponibles. Le comité de rédaction du New York Times a appelé le Pentagone à mettre un terme à l’utilisation d’animaux vivants dans l’entraînement au combat. Le zoo de Buenos Aires ferme ses portes après 140 ans, invoquant la raison pour laquelle la détention d’animaux sauvages en captivité est dégradante. L’Iran a interdit l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques, et au moment de la rédaction de ce rapport, 42 compagnies aériennes ont adopté des interdictions d’expéditions de trophées-animaux sur leurs transporteurs.

Nous reconnaissons que ce sont des mouvements positifs; Cependant, la science du bien-être animal nécessitera des changements plus profonds. Et au fil du temps, nous accumulons des données plus précises sur les désirs et les besoins des animaux. Donald Broom et Andrew Fraser, deux des plus grands chercheurs en bien-être au monde, écrivent: «Notre connaissance de. . . les indicateurs de bien-être se sont rapidement améliorés au fil des années, les chercheurs ayant étudié les effets des conditions difficiles sur les animaux. « . Les concepts de bien-être ont été affinés et les méthodes d’évaluation développées, développées, condensées. Nous avons une bonne liste de choses qui «défient» les animaux: exposition à des agents pathogènes, dommages tissulaires, attaque ou menace d’attaque, compétition sociale, stimulation excessive, manque de stimulation, absence de stimulus clés, et l’incapacité de contrôler leurs environnements.

En plus de ces données, la notion des Cinq Libertés semblent évoluer conceptuellement. Par exemple, David Mellor, du Centre de science et de bioéthique du bien-être animal de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande, a proposé un changement de terminologie aux «cinq domaines». Le modèle des domaines aborde certaines faiblesses des Cinq Libertés et offres, selon Mellor , une méthode plus scientifiquement mise à jour pour évaluer les dommages aux animaux. L’un des principaux problèmes avec les Cinq Libertés est que le mot «libérer de» dans quatre des cinq déclarations implique que l’élimination de certaines expériences (la faim, la peur, la douleur) soit possible. En effet, comme nous le savons tous, ces expériences affectives font partie intégrante de la vie et servent, biologiquement, à motiver un animal à s’engager dans des comportements essentiels à sa survie. Mellor prétend que l’objectif de la science du bien-être ne devrait pas être d’éliminer ces expériences, mais plutôt de les équilibrer contre des expériences affectives positives

Rien de tout cela ne constitue une évolution substantielle des principes moraux ou scientifiques fondamentaux et de la teneur de la science du bien-être. Mellor reconnaît que le paradigme welfariste permet des états de bien-être négatifs, mais il encourage une sorte de repondération des échelles afin que la souffrance que nous imposons soit tempérée en jetant quelques animaux supplémentaires à l’état de bien-être. Il admet que les animaux éprouveront toujours la douleur et la souffrance, mais veut leur donner autant de confort, de plaisir et de contrôle que possible et réduire l’intensité des états négatifs à des niveaux «tolérables», dans le contexte de leur utilisation comme nous le souhaitons.

Nous sommes toujours pris dans le «vortex welfariste» . Nous accumulons simplement de plus en plus de données, sur la façon dont nous nuisons aux animaux et ce qu’ils vivent dans  différentes situations considérées comme «difficiles» que nous leur imposons. Alors que certains peuvent prétendre que nous sommes trop critiques, ou que nous ne prêtons pas attention au nombre de changements qui ont été faits pour améliorer la vie des autres animaux, la science du bien-être continue de favoriser les intérêts humains par rapport aux autres animaux. Il y a de nouvelles données welfaristes – beaucoup de données – sur ce que nous savons de la meilleure façon d’abattre, de piéger, de confiner et de contraindre «humainement». Mais les engagements sur les valeurs des entreprises welfariste sont si fortement biaisés en faveur de leur intérêt personnel, que le traitement des animaux, sous ce régime, ne dépassera jamais l’exploitation et la violence.

Nous pouvons nous efforcer de donner aux animaux une vie meilleure, mais une vie meilleure n’est pas nécessairement une bonne vie.

Les engagements moraux (ou pour nous, les engagements immoraux) du welfarisme, sont restés constants : nous sommes toujours les pourvoyeurs de douleur et de souffrance. Dans quel genre de monde vivons-nous quand tout un programme de recherche est axé sur la meilleure façon de nuire aux animaux, et comment apaiser la conscience de ceux qui pourraient avoir des réserves sur la violence?

Le bouclier de la science du bien-être

Le Dr Yuval Noah Harari de l’Université hébraïque, l’auteur du livre phare Sapiens, a écrit un essai d’opinion pour le Guardian en 2015 appelant l’agriculture industrielle le plus grand crime de l’histoire. « L’étude scientifique des animaux« , écrit-il, « a joué un rôle lugubre dans cette tragédie. La communauté scientifique a utilisé sa connaissance croissante des animaux principalement pour manipuler leur vie plus efficacement au service de l’industrie humaine. « Harari a capturé l’essence de pourquoi le bien-être ne peut jamais être assez bon.

La science du bien-être animal fonctionne au service d’une variété d’industries,  bien que dans ce rôle, elle peut et ne fera jamais que renforcer le statu quo. Elle ne défiera jamais l’exploitation brutale des animaux dans l’agriculture ou dans la recherche en laboratoire, dans les zoos, les animaleries ou les programmes de recherche sur la conservation. En effet, comme le suggère Harari, la science n’a pas seulement gardé le silence sur notre traitement violent des animaux; il a apporté son soutien et son expertise à cette entreprise. Pire encore, la science du bien-être a tissé un masque d’objectivité autour des pratiques abusives. Broom et Fraser écrivent, par exemple, que «l’évaluation du bien-être peut être effectuée d’une manière objective et indépendante de toute considération morale». Comme le manteau d’invisibilité de Harry Potter, l’objectivité de la science du bien-être vise à protéger ceux qui valident l’examen moral. Mais le statu quo que la science du bien-être perpétue, est un ensemble d’hypothèses de valeurs, y compris l’hypothèse que les ressentis des animaux ne comptent pas vraiment, et même si elles importent un peu, les intérêts des animaux non-humains peuvent être vaincus quand cela sert les intérêts des animaux humains.

La science a été mise au travail pour rendre nos manipulations des animaux plus efficaces, plus productives et plus rentables. Elle a été un partenaire dans le crime avec les industries, qui utilisent et abusent des animaux. Elle a été utilisée pour justifier et neutraliser éthiquement les crimes contre les animaux. Mais ce n’est pas un rôle inévitable pour la science. Car la science a le potentiel d’aider les animaux et de guérir notre relation fracturée avec eux. En effet, à mesure que la science de la cognition et de l’émotion animales continue de progresser, il se peut fort bien que les faiblesses du welfarisme deviennent plus apparentes et que les incohérences de base soient dévoilées. Plus nous en savons sur la vie intérieure des animaux, plus la science du bien-être animal au service de l’industrie devient incongrue.

Science, éthique et plaidoyer: remplacer la science du welfarisme par la science du bien-être animal et se concentrer sur les animaux individuellement

Les connaissances de base de la science du bien-être animal sont extrêmement importantes.

Le premier d’entre eux est que les animaux ont des expériences subjectives.La seconde est que, non seulement les animaux éprouvent des sentiments négatifs comme la douleur et la peur et la frustration, mais éprouvent aussi du plaisir, du bonheur, de l’excitation et d’autres sentiments positifs.

À la suite de ces derniers, l’idée finale est que le comportement offre une fenêtre claire sur les sentiments des animaux. Le comportement est, en effet, une bonne fenêtre pour voir et connaître les animaux. Mais il peut s’agir d’une très petite fenêtre welfariste, dans une maison que nous concevons, construisons et gérons pour nos propres fins. Ou, il peut s’agir d’une fenêtre beaucoup plus grande, à travers laquelle nous pouvons scruter mais ne pas construire, dont les dimensions sont inconnues.

Si nous regardions à l’intérieur d’un abattoir ou regardions dans un bassin d’orque à SeaWorld, nous verrions une vaste collection de préoccupations de «bien-être». Mais l’abattoir et le bassin d’orques doivent être vus d’un point de vue beaucoup plus large. Nous ne devrions pas regarder dans l’abattoir et le bassin de l’orque, et bricoler avec les conditions que nous trouvons acceptables, mais en les regardant, en prenant pleinement mesure de ce que ces lieux signifient pour les animaux. L’essence de l’éthologie de la liberté est que le comportement est une fenêtre sur ce que les animaux veulent et veulent vraiment: être libres de vivre leur vie, être libérés de la souffrance et de l’exploitation auxquelles nous les soumettons – mais seulement si nous regardons la bonne façon: directement dans les yeux des animaux eux-mêmes.

Contrairement à la science du welfarisme, la science du bien-être utilise ce que nous apprenons de la cognition et de l’émotion au profit des animaux, cherchant continuellement à améliorer leur liberté de vivre leur vie en paix et en sécurité (2). science du bien-être, la science du bien-être ajoute le corollaire éthique essentiel que les sentiments des animaux individuels ont de l’importance. Contrairement au welfarisme, une science du bien-être admet d’emblée que la science et les valeurs sont intimement liées et que nos évaluations de ce dont les animaux ont besoin sont scientifiques et éthiques. En effet, les valeurs viennent en premier et éclairent le genre de questions scientifiques que nous sommes ouverts à poser et les types de réponses que nous sommes disposés à découvrir. Le welfarisme est une cage qui piège la perception humaine, celle qui limite aussi notre sens de l’empathie pour les autres êtres. Nous devons ouvrir les portes de la cage.

Il y aura toujours des compromis sur ce dont les humains ont besoin et sur ce dont les animaux ont besoin. Les humains interagissent et utilisent inévitablement d’autres animaux, et nous ne préconisons pas une approche non interventionniste des animaux et de la nature, bien que cela ne soit pas une mauvaise idée dans un monde dominé par l’homme. Mais un grand nombre de choses que nous faisons actuellement aux animaux sont simplement fausses et doivent cesser: l’abattage inutile des animaux pour la nourriture et la fourrure, l’utilisation d’animaux dans la recherche invasive, le confinement des animaux pour le divertissement humain et nos empiétements excessifs sur la faune. Le seuil pour enlever la liberté d’un animal ou nier l’une ou l’autre des Cinq Libertés est, actuellement, extraordinairement et offensivement bas. La barre doit être levée.

Comme nous l’avons souligné tout au long du livre, la question centrale qui motive la science du bien-être animal est «Qu’est-ce que les animaux veulent et ont besoin?» Cette question est restée au centre du welfarisme au cours des cinq dernières décennies.

En savons-nous assez pour répondre à cette question? Absolument. Nous en savons assez, maintenant, pour savoir que les animaux veulent être libres de l’exploitation humaine, libres de la captivité et libres des souffrances que nous leur imposons. Cela ne veut pas dire que de nouvelles recherches scientifiques sur le cœur et l’esprit des animaux ne sont pas importantes, car c’est le cas. Plus nous en savons, plus nous pouvons interagir avec les autres animaux, aussi longtemps que nous pouvons sortir de la cage welfariste et nous concentrer plus objectivement sur ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin. Ce que nous devons faire maintenant, c’est combler le fossé de l’application des connaissances.

Nous devons appliquer ce que nous savons de l’émotion et de la cognition, et suivre les implications morales de la science dont nous disposons actuellement. L’éthologie cognitive, l’étude des esprits animaux, doit prendre un «tournant pratique», mettant ce que nous savons des animaux au service des animaux eux-mêmes. Les scientifiques peuvent être des outils de l’industrie, ou ils peuvent être des défenseurs des animaux d’une manière qui sert vraiment les animaux. Nous aimerions voir plus de scientifiques s’éloigner des défenseurs du welfarisme et devenir des défenseurs plus positifs pour les animaux eux-mêmes. Alors que certains scientifiques prétendent qu’ils n’ont pas à être des défenseurs, ils oublient que la défense de l’utilisation des animaux, est un plaidoyer qui va à l’encontre des animaux.

Il y a quelques années, Marc Bekoff a donné une conférence à Sydney, en Australie, où il a soutenu qu’il était injuste de tuer des kangourous pour le sport, le plaisir et la nourriture. À la fin de cette discussion, un scientifique travaillant pour l’industrie de la viande de kangourou a critiqué son rôle d’avocat. Il a dit que la science est censée être objective et que les scientifiques ne devraient pas être des défenseurs. Marc Bekoff a répondu que lui et son critique étaient tous les deux des avocats. Marc Bekoff a plaidé pour les kangourous, alors que son critique plaidait en leur défaveur. Le meilleur espoir de combler le fossé de l’application des connaissances incombe aux futurs scientifiques et à tous les enfants, car ils n’ont pas encore été inoculés contre la compassion pour les animaux. On peut faire de la «bonne science» et toujours ressentir pour les animaux, et en effet, nous avons déjà vu que la compassion et la préoccupation pour les animaux peuvent produire une meilleure science.

En encourageant les écoles et les parents à inclure une éducation humaine, nous pouvons espérer faire grandir des enfants qui comprendront que les animaux ont des sentiments et, plus important encore, qui seront capables de traduire cela dans leur vie quotidienne et dans leurs choix. Marc Bekoff a beaucoup écrit sur la notion de «rééducation de l’éducation», sur le retour de notre relation avec la terre et sur le fait que les jeunes quittent leurs mégots et sortent dans la nature. Non seulement nos enfants bénéficieront d’une éducation de préemption, mais les générations futures le feront aussi alors, nous négocierons la sortie difficile de l’Anthropocène.

Ce que la recherche sur la cognition et l’émotion chez les animaux continue de démontrer, c’est à quel point nous sommes entrelacés, sur le plan de l’évolution. Le coté exceptionnel de l’ humain, l’idée que nous sommes tout à fait différents, et que nous avons le droit de faire ce que nous voulons (dans notre propre logique), est scientifiquement insupportable. En écrivant sur la découverte en 2015 de fossiles d’un parent humain précoce appelé Homo naledi, le primatologue renommé Frans de Waal a écrit: «Nous essayons beaucoup trop de nier que nous sommes des singes modifiés. La découverte de ces fossiles est une percée paléontologique majeure. Pourquoi ne pas saisir ce moment pour surmonter notre anthropocentrisme et reconnaître le flou des distinctions au sein de notre famille élargie? Nous sommes une riche collection de mosaïques, non seulement génétiquement et anatomiquement, mais aussi mentalement. »

Favoriser les libertés

Alors que le livre en était au début de sa rédaction, Marc Bekoff a reçu un courriel de Jennifer Miller, qui travaillait dans un centre de réintroduction pour des perroquets captifs au Costa Rica. Jennifer lui raconta l’histoire d’un grand ara vert qui s’était échappé du centre. Le sort du perroquet est devenu une source de discussions houleuses parmi le personnel du centre. Le sentiment de Jennifer était qu’ils ne devraient pas essayer de récupérer l’animal et devraient juste le laisser être libre. D’autres étaient fortement en désaccord, estimant que c’était leur obligation de le trouver et de le ramener parce qu’il risquait de mourir seul dans la nature. Cette histoire est un merveilleux exemple de la façon dont la liberté pour les animaux signifie différentes choses pour différentes personnes, et comment la liberté peut entrer en conflit avec d’autres valeurs.

Il a été décidé de demander à quelques personnes de partager leurs réflexions sur ce que la liberté pour les animaux signifie. Voici quelques réponses:

Michael Tobias (auteur et cinéaste primé): « Nous n’avons aucune idée de ce que signifie la liberté. Mais nous pouvons certainement apprécier ce que signifie le manque de liberté. »

Sarah Bexell (Institut pour la connexion homme-animal, Université de Denver): «Autodétermination. . . y compris le choix de l’endroit où errer, voler, nager, choix d’amis, choix d’activités, choix de nourriture, choix de partenaires, choix de la maison / nid, et même les mauvais choix qui mettent fin à leurs vies, mais au moins la mort est survenue »

Jo-Anne McArthur (cinéaste de la vidéo « Les fantômes dans notre machine »(3) et auteur de We Animals et Captive (4)):« Être libre de l’exploitation corporelle et psychologique par les humains. . . être respecté par les humains et non objectivé. »

George Schaller (biologiste de la conservation de renommée mondiale): » Une question intrigante. Je viens de rentrer hier de l’est de Tibet à la recherche d’animaux non- humains. Un animal dans la nature est libre de passer une grande partie de son temps à la recherche de nourriture ou de mourir de faim, en compétition pour son statut et ses compagnons, et reste en alerte pour éviter de devenir sa proie. Un animal captif est bien nourri, sa vie sociale, le cas échéant, confinée à ses compagnons de cellule, et, à l’abri du danger, son existence est émoussée et banale, sa force évolutive dépensée, la plaçant parmi les morts vivants. »

Hope Ferdowsian (bioéthicien (5)): « La même chose que pour les humains. La liberté de satisfaire nos besoins physiques fondamentaux, quels qu’ils soient, selon les espèces et les individus, y compris la liberté de mouvement (liberté corporelle); être à l’abri des dommages causés par les humains (intégrité corporelle – ce qui devrait inclure l’absence de dommages à l’esprit); liberté d’aimer et de se lier avec qui nous souhaitons; le respect de nos choix, et la liberté de l’humiliation et de la honte intentionnelle.  »

Ceci est un échantillon de ce que la liberté signifie pour les personnes qui ont travaillé dans divers secteurs de l’interface homme-animal. Mais l’histoire de l’ara nous rappelle que nous avons aussi besoin, et surtout, de penser à ce que la liberté signifie pour les animaux. Qu’est-ce que la liberté signifie pour l’oiseau échappé ? Être libre de voler mais ne pas survivre longtemps, ou retarder la liberté de vol jusqu’à ce qu’il soit mieux équipé

Transition du welfarisme au bien-être: le potentiel adjacent

Un numéro récent de l’Atlantic Monthly présentait sa grande question: «Quelles habitudes contemporaines seront les plus impensables dans 100 ans?» L’une des réponses était «Manger des animaux pour leur protéine». Il est en effet possible d’imaginer un avenir dans lequel les gens vont regarder en arrière comment les animaux ont été traités au début du vingt et unième siècle et frémir d’horreur. « Ils étaient des barbares« , disent-ils à propos de nous. «Comment pourraient-ils ignorer la sensibilité et la souffrance des animaux?» Ils pourraient le dire à propos de tous les lieux d’utilisation des animaux dont nous avons parlé.

Steven Johnson, qui a étudié et écrit sur l’histoire de l’innovation, explore la notion de ce qu’il appelle l’adjacente possible. Le possible adjacent, écrit Johnson, «est une sorte d’ombre qui plane sur les bords de l’état actuel des choses, une carte de toutes les façons dont le présent peut se réinventer». Le passé et le présent nous préparent à tout nombre des futurs. En fonction de ce qui a été posé et des idées qui circulent, certaines nouvelles pensées deviennent pensables. Comme le suggère Johnson, «L’étrange et belle vérité sur les adjacents possibles est que ses frontières se développent au fur et à mesure que vous les explorez. Chaque nouvelle combinaison ouvre la possibilité d’autres nouvelles combinaisons.  »

Les pièces sont ici en ce moment pour un changement de paradigme majeur dans la façon dont nous pensons et interagissons avec d’autres animaux. En effet, ils sont là depuis un certain temps, mais peu sont assez audacieux pour dire «assez c’est assez». Un avenir est possible dans lequel les humains et les autres animaux coexistent pacifiquement, où la non-violence est la norme plutôt que l’exception. Les animaux seront considérés comme moralement offensants. Le welfarisme soulève l’ante en reconnaissant que les animaux ont des sentiments et que ces sentiments sont importants. Mais en continuant à favoriser les intérêts humains au-dessus des intérêts des animaux individuels, cela ne va pas assez loin.

Renforcer les libertés et le bien-être des animaux individuels, et défendre la coexistence pacifique et l’harmonie des animaux et des personnes, ouvre la porte à un nouveau adjacent possible. L’anthropocène – l’âge de l’humanité – pourrait bien évoluer vers le Compassionocene – l’Age de la Compassion. Sur la lancée d’une préoccupation mondiale accrue pour le bien-être des animaux individuels, nous devons œuvrer pour un avenir de plus grande compassion, de liberté et de justice pour tous. C’est la bonne chose à faire.(6)

Bonne année à tous les êtres, non humains et humains, et travaillons tous ensemble pour faire de 2018 et au-delà – pour toujours – un bien meilleur endroit pour tous les individus. C’est aussi la bonne chose à faire.

Marc Bekoff

Marc Bekoff, Ph.D., is professor emeritus of ecology and evolutionary biology at the University of Colorado, Boulder.

Texte original : Psychology Today – 31 Dec 2017

Références

  1. Extrait et légèrement modifié (en italique) de l’Agenda des animaux: liberté, compassion et coexistence à l’ère humaine, chapitre 8, où des références spécifiques peuvent être trouvées. Cette partie de cet essai a été écrite avec Dr. Jessica Pierce, co-auteur de l’ordre du jour des animaux. Nous avons choisi l’image pour notre couverture de livre avec soin, en voyant un jeune lion sauvage sur le Maasai Mara comme un symbole de liberté. Ce jeune homme semble, par son expression d’intention, croire que le monde est son domaine et qu’il peut faire ce qu’il veut. Mais sa « baby-sitter » semble déjà lui dire que même s’il est sauvage, il n’est pas forcément libre.
  2. Pour plus d’informations sur la science du bien-être des animaux, veuillez vous reporter à «Les animaux ont besoin de plus de liberté, pas de plus grandes cages» et «Le programme des animaux: une interview sur le bien-être des animaux»
  3. « La douleur des animaux fait mal: les fantômes dans notre machine »
  4. « Captive: Un nouveau livre sur les zoos est un changeur de jeu »
  5. Auteur de Phoenix Zones: où la force est née et la résilience vit
  6. Pour plus de réflexion sur la possibilité de donner plus de liberté, de compassion et de justice aux autres animaux, veuillez vous reporter à la section «Comment améliorer le monde pour les animaux non humains» dans laquelle de nombreuses personnes interviennent.

 

 

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« Les animaux ne sont pas sensibles et ne peuvent pas ressentir de douleur, selon les députés conservateurs Britaniques »

C’est une affirmation inepte, répréhensible et sanglante qui ignore des tonnes de science.

Traduction de l’article orignal : Mark Bekkof – Psychology Today, 21 Nov. 2017

 

« Quiconque dit que la vie importe moins aux animaux qu’à nous, n’a pas tenu dans ses mains un animal qui se bat pour sa vie. Tout l’être de l’animal est jeté dans ce combat, sans réserve. « (Elisabeth Costello, dans Les vies des animaux de J. M. Coetzee)

 Les données soutenant la sensibilité animale parlent d’elles-mêmes alors cessons de prétendre que nous sommes les seuls êtres sensibles

Des personnes de toutes horizons m’envoient des emails ses derniers, à propos d’un essai de Yas Necati intitulé «Les conservateurs ont voté que les animaux ne peuvent pas ressentir la douleur dans le cadre du projet de loi de l’UE, marquant ainsi le commencement des anti-science Brexit « (pour en savoir plus, voir  » Les députés votent que les animaux ne peuvent pas ressentir la douleur ou les émotions » dans le projet de loi sur le Brexit). Les animaux de compagnie, les animaux de compagnie sont exclus de ce mouvement incroyablement stupide. Je pensais que j’avais fait un très mauvais rêve mais malheureusement, ce ne étais pas le cas.

Et ce matin, j’ai entendu parler d’un autre essai de Melanie Phillips intitulé «Les animaux ne devraient jamais être traités comme des égaux», sous-titré: «La vie secrète des vaches ne doit pas nous faire croire que d’autres espèces ont des sentiments ». Encore une fois, j’aurais souhaité que ce ne soit qu’un mauvais rêve, à propos d’une prétention fictive et folle, qui disparaîtrait quand ma tête se serait éclaircie, mais le encore, malheureusement, ça ne l’étaient pas. « La vie secrète des vaches » est un livre récemment mis à jour par Rosamund Young.

Les animaux domestiques sont épargnés de cette folie

M. Necati dit que, « Le gouvernement conservateur s’est surpassé quand il s’agit de négliger les droits des animaux cette semaine – en votant que tous les animaux (sauf les humains, bien sûr) n’ont pas d’émotions ou de sentiments, y compris la capacité à ressentir la douleur. En quittant l’UE en 2019, ce n’est pas seulement les blaireaux et les renards qui seront menacés par ce changement de loi, mais tous les animaux qui ne sont pas des animaux de compagnie, donc tous les animaux dont il sera profitable d’exploiter. » Bien sûr, les animaux de compagnie ne sont pas plus sensibles que les animaux qui sont idiotement disséqués.

Il est essentiel de rendre les données scientifiques disponibles à un large public pour contrer les contre-faits sur la sensibilité des animaux

Beaucoup de gens m’ont demandé d’écrire quelque chose à propos de cette décision qui manque vraisemblablement d’informations. J’ai alors pensé que la meilleure façon de le faire, est de mettre à jour les données disponibles au plus grand nombre. Quand les gens prennent des décisions aussi stupides et mal informées, il y a peu de choses que l’on puisse faire.

Une grande quantité de données soutenant la sensibilité animale répandue parlent d’elles-mêmes comme les principes de base de la biologie évolutionniste, y compris les idées de Charles Darwin sur la continuité évolutionnaire. Il est essentiel de les rendre accessible à un large public afin que «ce vote fictif sur les sentiments des animaux» puisse être largement contesté. Les gens ont le droit d’exprimer leurs convictions, mais il est préférable que cela se base sur des faits bien établis plutôt que sur ce qu’ils imaginent être.

Vous pouvez accéder ici pour des discussions approfondies sur la recherche sur la sensibilité animale et ici pour des discussions sur la recherche sur la douleur animale qui sont soutenues par une recherche comparative détaillée. Une publication savante intitulée «Animal Sentience: An Interdisciplinary Journal on Animal Feeling (Sensibilité Animale : un journal interdisciplinaire sur le ressenti des animaux) » fournit des essais et des commentaires à jour, sur la sensibilité animale chez une grande variété de non-humains. Plus d’essais courants et de livres peuvent être trouvés. Des discussions récentes sur la vie cognitive et émotionnelle des vaches et des moutons peuvent être vues dans «Les vaches: la science montre qu’elles sont des individus brillants et émotionnels», «Visages discriminés des moutons, alors qu’y a-t-il pour les moutons? ». Téléchargez la Charte pour la compassion des animaux, établie par Rob Percival, fondateur et directeur.

En outre, il y a aussi la Déclaration de Cambridge sur la Conscience qui souligne:

« L’absence de néocortex ne semble pas empêcher un organisme d’expérimenter des états affectifs. Des preuves convergentes indiquent que les animaux non humains ont les substrats neuroanatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des états conscients ainsi que la capacité à manifester des comportements intentionnels. Par conséquent, le poids de la preuve indique que les humains ne sont pas uniques dans la possession des substrats neurologiques qui génèrent la conscience. Les animaux non humains, y compris tous les mammifères et les oiseaux, et de nombreuses autres créatures, y compris les pieuvres, possèdent également ces substrats neurologiques.  »

C’est une initiative extrêmement importante de la part de scientifiques respectés. Dans un essai intitulé « Les scientifiques concluent que les animaux non-humains sont des êtres conscients« , j’ai noté que cette déclaration était attendue depuis longtemps et que le fait d’être anti-science est nocif pour les autres animaux. J’ai également avancé : « travaillons tous ensemble pour utiliser cette information pour arrêter l’abus de millions et de millions d’animaux conscients au nom de la science, de l’éducation, de la nourriture, des divertissements et des vêtements. Nous leur devons vraiment d’utiliser notre savoir en leur nom, et de prendre en compte la compassion et l’empathie dans notre façon de traiter ces êtres incroyables.  »

Le Parlement Portugais a également reconnu les animaux comme des êtres sensibles, comme l’a fait le gouvernement Néo-Zélandais. Ce dernier exemple est très intéressant et plutôt dérangeant, car le gouvernement Néo-Zélandais a également déclaré une guerre contre la faune, qui le rendra exempt de prédateurs d’ici 2050, en utilisant des moyens horriblement brutaux de tuer des millions et des millions d’animaux sensibles (pour plus de détails voir « Le ‘Possum Stomp’ contre la compassion et la conservation et l’éthique » et ci-après « Un Professeur américain condamne les ravages de la Nouvelle-Zélande et possum ‘meurtre« ). Les plus jeunes sont encouragés à nuire et à tuer ces êtres sensibles dans le cadre d’événements scolaires.

Cette éducation inhumaine peut avoir des effets à long terme, y compris la violence envers les humains.

Faisons quelque chose maintenant pour arrêter ces mensonges et cesser de prétendre que nous sommes les seuls êtres sensibles

« Ceux qui « nous » définissent par notre capacité à introspecter donnent une vision déformée de ce qui est important pour et sur les êtres humains, et ignorent le fait que de nombreuses créatures nous ressemblent de manière plus significative en partageant la vulnérabilité, les douleurs, les peurs, et les joies, qui sont la vie des animaux sociaux. « (Lynne Sharpe, Creatures Like Us)

Il est essentiel de contrer les contrefaits qui sont fondamentalement des mensonges, contenus dans l’affirmation selon laquelle les non-humains ne sont pas sensibles et ne ressentent pas de douleur. C’est une affirmation inepte, répréhensible et sanglante qui ignore des tonnes d’avancées scientifiques détaillées et rigoureuses. C’est dans le même élan, que la loi fédérale américaine sur la protection des animaux stipule que les rats et les souris ne sont pas des. Certaines personnes rient quand ils entendent cela, mais pour ces êtres et les autres ce n’est pas du tout risible.

Dans « L’agenda d’un animal : liberté, compassion et coexistence durant l’ère humaine » Jessica Pierce et moi écrivons au sujet du manque de connaissance sur les données scientifiques, montrant que les autres animaux sont des êtres sensibles et vont de l’avant, et comment ces méconnaissances causent des dommages intentionnels. À grande échelle, cela signifie que, ce que nous connaissons depuis longtemps sur la cognition et l’émotion animale, n’a pas encore été traduit dans les attitudes et les pratiques humaines (pour plus de détails, voir «Les animaux ont besoin de plus de liberté, pas de plus grandes cages» ).

Dans un essai intitulé « Une Déclaration Universelle sur la Sensibilité Animale: Ne prétendons pas« , j’ai noté que nous ne sommes certainement pas exceptionnels ou seuls dans le domaine de la sensibilité et en effet, l’appartenance au club de la sensibilité est en croissance rapide. Il y a de bonnes raisons biologiques pour reconnaître les animaux en tant qu’êtres sensibles. Nous devons abandonner le point de vue anthropocentrique selon lequel seuls les grands animaux comme nous, les grands singes non humains, les éléphants et les cétacés (dauphins et baleines) ont des capacités mentales suffisantes pour des formes complexes de conscience et de conscience. Donc, la question intéressante et stimulante est : pourquoi la sensibilité a évolué dans diverses espèces, et si seulement elle a évolué.

Dans un essai que j’ai écrit pour le magazine New Scientist intitulé «Les animaux sont conscients et devraient être traités comme tels» à propos de la Déclaration de Cambridge sur la Conscience, Andrzej Krauze présente un dessin animé de différents animaux assis autour d’une table discutant de ces questions. La copie imprimée s’appelait «Bienvenue dans notre monde» et il était temps que nous le fassions avec un cœur ouvert.

Comme je l’ai écrit plus haut, il y a plus qu’assez de données disponibles pour permettre à ceux qui pensent encore que les animaux non-humains sont des objets insensibles et non-émotifs, de savoir qu’ils ont tout à fait tort et d’éliminer les faussetés. Affirmer le contraire n’est pas seulement ridiculement stupide, mais montre aussi que l’attitude selon laquelle il est parfaitement normal que les humains dominent tous les autres animaux est à peine morte.

Cette revendication est non seulement une insulte pour eux, mais aussi une insulte pour nous.

Dans l’ensemble, nous devons cesser de prétendre que nous ne savons pas si les autres animaux sont sensibles. Nous devons accepter le fait que nous savons ce que les animaux non humains veulent et ce dont ils ont besoin, à savoir : vivre en paix et en sécurité, comme pour nous. Leurs esprits ne sont pas aussi privés et fermés que certains le prétendent.

Je vous invite à partager ce que nous savons avec autant de personnes que vous le pouvez. Comme l’a souligné la regrettée Gretchen Wyler, « la cruauté ne peut pas rester à l’honneur« .

Des pétitions pour abroger l’affirmation fausse et absurde selon laquelle les animaux ne sont pas sensibles et ne peuvent pas ressentir la douleur peuvent être trouvées ici (il y a maintenant plus de 45 000 signatures).

Les implications de ce mouvement anti-science ne connaissent pas de limites. Les croyances ne devraient pas et ne doivent pas être utilisées comme des substituts aux faits. Les animaux seront reconnaissants et nous remercient chaleureusement de prêter attention à la science de la sensibilité animale. Et quand nous écoutons nos cœurs, nous reconnaissons et apprécions tout ce que nous savons de ce que ressentent les autres animaux et que nous leur devons de les protéger de quelque manière que ce soit.

Les autres animaux ont besoin de toute l’aide possible. Donnons-leur ce dont ils ont besoin maintenant. C’est facile à faire et nous ne devons pas faire moins.

 

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Mark Bekoff, Ph D., Professeur Emérite en Ecologie et Bioloie Evolutionniste à l’University de Boulder, Colorado USA

 

 

Ref.

Texte Original de Mark Bekoff, Ph.D, paru le 21 Nov 2017 dans Psychology Today

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Agressivité chez les chiens: les rôles de l’oxytocine et de la vasopressine

Une nouvelle étude montre que ces hormones peuvent façonner l’agressivité et les émotions affiliées

Une étude récente sur l’agressivité chez les chiens menée par le Professeur Evan MacLean (Université de l’Arizona – US) « Oxytocine endogène, vasopressine et agressivité chez les chiens domestiques» a suscité un intérêt certain.

Oxytocine vs Vasopressine

L’oxytocine est souvent appelée «hormone d’amour», bien que l’hypothèse d’une relation extrêmement étroite entre le comportement positif et l’oxytocine soit souvent surestimée. Contrairement à l’oxytocine, la vasopressine, bien qu’amplifiant la tonicité des vaisseaux sanguins, a été liée à une agressivité accrue chez l’homme, et maintenant, pour la première fois, chez les chiens.

Cela pourrait surprendre beaucoup de personnes mais les bases du comportement social chez les chiens est en majeure partie liés au fonctionnement hormonal. À titre d’information, comme l’ont souligné les chercheurs, « le comportement agressif chez les chiens pose des problèmes de santé publique et de protection des animaux, mais les mécanismes biologiques régissant l’agressivité des chiens ne sont pas bien compris». Aux États-Unis, il y a environ 4,5 millions de morsures de chiens chaque année, environ la moitié impliquant des enfants. Le nombre de morsures de chien subies par les jeunes a diminué au cours de la dernière décennie.

Le texte intégral de l’étude « Oxytocine endogène, vasopressine et agressivité chez les chiens domestiques » est disponible en ligne, et un excellent résumé de cette étude historique peut être trouvé dans un essai de Carrie Arnold intitulé « Pourquoi certains chiens sont plus agressifs? Fondamentalement, le Dr MacLean et ses collègues ont commencé à étudier des chiens qui montraient une agressivité envers d’autres chiens. Ils ont observé leurs réactions et les ont comparé à des chiens non agressifs, de même sexe, âge et race. Ils ont mesuré les niveaux d’oxytocine et de vasopressine avant que les chiens ne soient exposés l’un à l’autre.

Lorsque 2 groupes de chiens ont été mis face à des chiens en peluche. Mme Arnold écrit: « les chiens agressifs grognaient, se précipitaient et aboyaient davantage envers les chiens en peluche que leurs homologues non agressifs. Ils avaient aussi beaucoup plus de vasopressine dans leur sang ».

Le Dr MacLean et ses collègues ont également étudié les chiens d’assistance (type chien guide…) pour comprendre leur comportement en présence de chiens inconnus et menaçants. Dans l’ensemble, ces chiens étaient plus calmes et présentaient plus d’oxytocine dans leur sang que les chiens communs. Mme Arnold écrit: « Les chiens d’assistance, élevés pour leur tempérament placide, ont des niveaux significativement plus élevés d’oxytocine (OT) dans leur sang que la moyenne des chiens. Les chiens qui étaient plus agressifs envers d’autres chiens avaient cependant plus de vasopressine (AVP) ».

Provoquer la cause et l’effet et comprendre les chiens individuels

Des études comme celles-ci sont très intéressantes et montrent d’importantes applications pratiques. Si on ignore si la vasopressine provoque, ou est le résultat d’un comportement agressif, nous connaissons maintenant les bases sous-jacentes de ce comportement. Lorsque la cause et l’effet sont résolus, cela peut conduire à des manières de contrôler les agressions hors contrôle et inappropriées. Et, bien que l’agressivité semble être beaucoup moins fréquente que les comportements positifs ou prosociaux chez les chiens, il s’agit toujours d’une réponse adaptative dans certaines situations et s’exprime clairement dans beaucoup d’autres animaux, y compris chez les humains.

Cela vaut la peine de citer la conclusion du document de recherche original car les auteurs présentent clairement pourquoi leur étude est si importante.

« En fin de compte, l’agressivité des chiens est un comportement social normal et adaptatif, mais exprimé dans un mauvais contexte, ou dans une extrême mesure, dont les conséquences compromettent le bien-être des humains et des chiens dans notre société. Il est probable que l’agressivité des chiens peut être motivée par divers états psychologiques, y compris la peur et la colère. Ces processus émotionnels peuvent être facilités par, ou produire des effets sur la signalisation OT et AVP dans le cerveau. Ainsi, il est important de considérer l’agressivité des chiens à plusieurs niveaux d’analyse, en abordant à la fois les processus cognitifs (par exemple, l’évaluation, l’apprentissage, l’inhibition) et les mécanismes physiologiques sous-jacents, qui servent de médiation à ces comportements. Les études présentées ici, suggèrent que l’OT et l’AVP peuvent jouer un rôle important dans ces processus socio-émotionnels et préparer la voie à un travail futur évaluant si les traitements et les interventions d’agression peuvent être améliorées en considérant les rôles de ces neuropeptides. En fin de compte, nous espérons que ces recherches conduiront à une connaissance accrue de la biologie du comportement social, à la promotion du bien-être humain et animal et à la préservation des relations uniques et de longue date entre les humains et les chiens. »

D’autres recherches sur tous les aspects du comportement social des chiens et autres animaux sont en cours de développement. Nous essaierons de vous les présenter et de vous tenir au courant et de disséminer ces résultats et montrant les causes et les effets pour rendre la vie des chiens plus agréable.

Il est essentiel de comprendre les chiens en tant qu’individus parce que les expériences personnelles d’un chien peuvent sûrement jouer un rôle important dans la façon dont il / elle répond à diverses situations, de la même manière que la formation. Ce qui semble inapproprié peut être totalement compréhensible lorsque le point de vue du chien individuel est pris en compte.

Dans l’ensemble, être capable d’éteindre l’agressivité quand il ne s’agit pas d’une réponse appropriée serait gagnant-gagnant pour les chiens et les humains.

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Empathie Animale : ce qu’il faut savoir

Ce que nous devrions apprendre de l’empathie animale. L’empathie, c’est cette capacité à se mettre à la place de l’autre et ressentir sa souffrance, son inconfort. Une aptitude à comprendre les sentiments et les émotions d’un autre individu pouvant amener à modifier notre propre comportement, pour réduire cette souffrance, parfois à notre détriment, et sans que cela soit pour autant de l’altruisme ou de la compassion.

L’empathie, c’est comprendre ce que l’autre endure et essayer d’amoindrir cette souffrance. Et je ne vous surprendrai pas en vous disant que l’animal humain que nous sommes n’a pas le monopole de l’empathie. Il a été montré, vu et prouvé que de nombreuses espèces animales font preuves d’empathie à l’égard de leur semblable, mais pas seulement.

lage-de-empathieDes témoignages racontés par les plus grands éthologues internationaux rappellent que l’empathie animale existe. Frans de Waal, spécialiste des primates et professeur de psychologie à Atlanta (Géorgie) cite quelques exemples dans son livre intitulé « L’Age de l’empathie » 1. Il raconte l’histoire presque banale qu’une éléphante aveugle, désorientée, secouru par une autre éléphante qui vient la guider. Une scène ordinaire, dans un parc naturel en Thaïlande.

« La cupidité a vécu, l’empathie est de mise, nous dit Frans de Waal. Il nous faut entièrement réviser nos hypothèses sur la nature humaine. » A l’heure où les gouvernements et les politiques sont régis par les banquiers et les grandes puissances financières, à l’heure où les candidates aux élections se livrent à des luttes et des joutes verbales pour leur seule survie, il est temps d’opposer un autre principe, tout aussi actif que cette compétition insensée : l’empathie.

Et si jusqu’à lors l’humain a osé croire avoir le monopole de l’empathie, il s’avère qu’elle partagée par de nombreux mammifères, à commencer par les primates, les éléphants et les dauphins, mais aussi par les oiseaux, les poissons et peut être qu’un jour nous verrons les reptiles s’ajouter à la liste.

De façon basique l’empathie peut se traduire par la synchronisation des comportements : accorder nos pas sur celui de l’autre en promenade, battre la mesure en cadence avec le groupe, un attelage de chiens de traîneau se meut comme un seul être, un chimpanzé, victime de contagion, baille quand un congénère baille, et rit quand l’autre s’esclaffe.

chimpanzee-film-2012Cependant, des chimpanzés ont été observés léchant le sang de compagnons attaqués par des léopards, et ralentissant l’allure pour permettre aux blessés de suivre le groupe. Dans la même communauté ont été décrits plusieurs cas d’adoption d’orphelins par des adultes femelles, mais aussi par des mâles ². On pourrait dire que ce type de comportement s’inscrit dans une démarche sociale, dès lors que le groupe a à y gagner : « Aidons les membres du groupe, soyons solidaire, pour que le groupe reste plus fort ».

Alors comment expliquer que cette empathie demeure quand l’individu n’a rien à gagner ?

Des expériences ont montré que des rats ont refusé des jours durant d’accéder à de la nourriture, en actionnant un levier, si cette action envoyait une décharge électrique à un compagnon dont ils voyaient les convulsions. Des rats et souris ont ainsi préférant s’abstenir de manger, plutôt que d’infliger de la souffrance à leur semblable.

Une autre expérience, menée à l’Institut Max-Planck en Autriche, mettait en scène un singe capucin de laboratoire. Ce dernier avait le choix entre deux jetons de couleurs différentes. Le premier lui valait un morceau de pomme tandis que le second garantissait la même chose pour un partenaire. Le comportement du capucin étonna les chercheurs, qui eurent la surprise de voir que le capucin optait pour le jeton qui offrait la récompense à son congénère plutôt qu’à lui-même.

Pour Frans de Wall, la réponse tient en un mot : l’empathie, précisément, ou le souci du bien-être d’autrui.

Et comme mentionné précédemment, ce comportement a été observé dans des situations inter spécifique : ainsi il a été vu, dans un zoo, une tigresse du Bengale nourrir des porcelets. Un bonobo hisser un oiseau inanimé au sommet d’un arbre pour tenter de le faire voler. Ou un chimpanzé remettre à l’eau un caneton malmené par de jeunes singes. Facebook, YouTube sont pleines de vidéo montrant des situations similaires : une chatte venir en aide à un chiot qui est tombé dans une ravine. Un chat qui aide un chien aveugle, et vise et versa. rats-empathie

Pour Darwin, la « sympathie » animale s’appuie sur des mécanismes émotionnels.3 Des souris sont plus sensibles à la douleur quand elles ont vu souffrir d’autres souris dont elles sont familières. En revanche, des processus cognitifs plus complexes entrent en jeu quand il est question de se mettre à la place de l’autre : un chimpanzé délaissera ses occupations pour venir réconforter un congénère qui connaît un problème émotionnel.

« Pendant 200 millions d’années d’évolution des mammifères, les femelles sensibles à leur progéniture se reproduisirent davantage que les femelles froides et distantes. Il s’est sûrement exercé une incroyable pression de sélection sur cette sensibilité« 4, écrit Frans de Waal. Une explication éthologique pour expliquer pourquoi les mammifères, dont les petits, allaités, seraient les plus doués d’empathie. Et les femelles davantage que les mâles. Cependant il est encore beaucoup à découvrir sur la question, car l’empathie inter spécifique ne s’appuie pas sur cette théorie.

Frans de Waal rappelle que, comme pour les autres animaux, « il existe chez l’homme un penchant naturel à la compétition et à l’agressivité ». Et l’empathie humaine n’est pas toujours vertueuse, c’est sur la capacité à ressentir les émotions de l’autre que va aussi se fonder la cruauté et la torture, dont seul l’être humain est capable.

Corine Gomez – Comportementaliste

  1. Frans de Waal – L’âge de l’empathie : Leçons de nature pour une société plus apaisée [« The Age of Empathy:Nature’s Lessons for a Kinder Society »], Éditions Les Liens qui libèrent, 2010, 330 p. (ISBN 978-2918597070)
  2. « Chimpanzee » est un documentaire américain réalisé par Mark Linfield et Alastair Fothergill en 2012
  3. Charles Darwin – L’expression des émotions chez l’hommes et les animaux – Rivages Poches
  4. Frans de Waal – L’âge de l’empathie : Leçons de nature pour une société plus apaisée [« The Age of Empathy:Nature’s Lessons for a Kinder Society »], Éditions Les Liens qui libèrent, 2010, 330 p. (ISBN 978-2918597070)

 

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Plaidoyer pour une conscience animale – Revue d’article

Article original de Dr Guillaume Sarcey et Dr Claude Beata, parue en avril 2016 dans « Comportement Animal – La revue pratique professionnelle »

L’existence d’une conscience animale est le nouveau terrain de discussion des philosophes, des éthologues, des biologistes et du législateur. Le vétérinaire comportementaliste, ou psychiatre vétérinaire, est très rarement invité à donner son avis. Il faut qu’il soit philosophe comme notre éminent confrère Philippe Devienne pour que sa voix soit entendue et nous ne pouvons que le remercier de porter une parole forte et étayée alliant la réflexion et la pratique quotidienne.

Nous prétendons que, placés là où nous le sommes, la question de la conscience nous concerne et que nous pouvons avoir une pierre à apporter à l’édifice. Nous disons d’abord qu’il est absurde de parler de l’Animal. Cela révèle d’une vision strictement anthropocentrique qui opposerait l’Homme et le reste du monde animal, dont l’être humain serait extrait par sa propre décision. Il nous paraît souhaitable, surtout quand il s’agit de parler de conscience, de définir de façon restrictive nos interlocuteurs animaux tant les degrés de conscience peuvent être différents. Il nous semble par ailleurs primordial de ne pas oublier notre pratique professionnelle et d’irriguer notre réflexion par les sources vives de nos expériences quotidiennes. Tout en étant conscient que beaucoup d’autres espèces (perroquets, singes, dauphins, éléphants, etc.) apportent des éléments dans le faisceau de présomptions de la conscience animale, nous nous limiterons aux chiens qui sont nos interlocuteurs réguliers. Si nous reconnaissons chez eux des éléments de conscience, à partir de ce moment-là, cela nous oblige, dans nos soins, dans nos décisions, à tenir compte de cette nouvelle dimension.

LA QUESTION DE LA CONSCIENCE

Mais pourquoi cette question de la conscience suscite-telle de telles controverses ? Beaucoup, aujourd’hui encore, considèrent que la conscience est l’apanage de l’être humain et qu’introduire l’animal dans ce champ-là relève du crime de lèse-majesté. N’oublions que nous autres, malheureux humains, avons subi trois blessures narcissiques majeures : Copernic nous a révélé que notre planète n’était pas le centre de l’univers, Darwin nous a appris que l’être humain n’était pas à part dans la création mais qu’il était relié aux autres espèces par des liens étroits, Freud nous a fait renoncer à l’idée du libre arbitre. Notre inconscient nous dirige et notre champ conscient n’est que la partie émergée de l’iceberg de notre personnalité. Alors faut-il en subir une quatrième et renoncer à être les seuls sujets conscients sur cette planète ? Cette question se pose depuis très longtemps : en 1838, Charles Darwin s’interrogeait déjà sur l’existence d’une conscience animale. Il avait observé Jenny, femelle orang-outan du zoo de Londres, se mettre en colère après une farce de son gardien. Il eut l’idée de lui présenter un miroir, afin d’analyser ses réactions. Mais aujourd’hui, pouvons-nous en dire un peu plus ?

LES ÉLÉMENTS DE LA CONSCIENCE

Plusieurs éléments sont à considérer pour parler de conscience animale : les définitions théoriques, les apports des neurosciences, les expériences en éthologie.

Définitions théoriques

Selon Edelman (1), la conscience primaire est la capacité de lier des perceptions, des émotions et des éléments mémorisés et de créer des images mentales. Elle se réfère au présent et au passé remémoré sans perception réelle du passé et du futur. Elle permet de prendre conscience du monde qui nous entoure. Elle existe chez de nombreuses espèces animales. La conscience secondaire est la capacité d’avoir accès à notre histoire, d’aller au-delà de notre passé remémoré. Elle permet, par la pensée réflexive, d’être conscient d’être conscient. Elle est liée à la métacognition, aux pensées abstraites et au langage. « Le cerveau parle à lui-même » dit Edelman. La conscience primaire nait des interactions entre les structures cérébrales. La conscience secondaire nécessite la mise en jeu d’une mémoire biographique.
Les nouvelles théories évoquent comme base de la conscience des groupes de neurones, spatialement dispersés dans de nombreuses aires cérébrales et interconnectés. Ils constituent un Espace de Travail Global (Baars (2) ) Toutes les structures impliquées existent chez nos carnivores domestiques et rien ne permet de les exclure de ces définitions.

Apport des neurosciences

Les progrès en neuroscience ont permis d’étayer les travaux d’Edelman et de Baars. Les échanges d’information synchronisés à partir d’aires cérébrales distantes sont mis en évidence par les techniques récentes. Les potentiels évoqués cognitifs ont été utilisés chez le cheval et ont démontré des marqueurs de conscience. Aujourd’hui, plusieurs équipes ont réussi à faire accepter des IRM fonctionnelles à des chiens. L’équipe d’Adam Miklosi (3) a pu ainsi démontrer chez le chien l’existence de zones destinées à reconnaître des émissions vocales de leur propre espèce mais aussi d’une espèce partenaire comme les humains en attribuant de façon correcte une valence émotionnelle à ces émissions sonores. Quant aux travaux de Gregory Berns (4), toujours en IRM fonctionnelle, ils ont démontré que chez le chien l’anticipation d’une récompense « allume » la même zone (noyau caudé) que chez l’être humain. En allant plus loin, ils ont montré que l’odeur qui a le plus fort pouvoir évocateur de plaisir anticipé pour le chien est celle de son être d’attachement. Ces deux expériences viennent au moins supporter une notion de conscience a minima chez le chien.

Travaux en éthologie

Certains éthologues savent poser des questions très intelligentes aux chiens ! Ils ont une façon de les considérer avec respect qui leur permet d’imaginer des expériences subtiles. Des tests sont réalisés chez le chien par Range (5) en 2007. Les résultats montrent que les chiens réalisent une imitation sélective, dépendant des contraintes contextuelles. Ces capacités ne peuvent être expliquées par des processus non-mentaux (facilitation sociale et renforcement de stimuli). Ces résultats abondent dans le sens d’une métacognition au moins rudimentaire chez le chien. Un individu a une théorie de l’esprit s’il dispose de concepts tels que croire, savoir, connaître, vouloir et voir et qu’ils les utilisent pour prédire et expliquer des comportements. Ainsi, un animal possédant cette forme de conscience croit que les états mentaux jouent un rôle dans la survenue des comportements. Il déduit les états mentaux d’autres individus en observant leur apparence et leurs actions dans diverses circonstances. Cela a abondamment été montré chez le singe. Chez le chien, l’équipe de Miklosi, encore, réalise en 2006 un test d’attribution de connaissance. L’objectif est de déterminer si des enfants de moins de 3 ans et des chiens adultes attribuent ou non à une personne la connaissance d’un fait. Les chiens, comme les enfants, donnent significativement plus d’indications au joueur, lorsque ce dernier ne sait pas où le jouet se trouve. Selon toute vraisemblance, les chiens savent quand le joueur ne sait pas où est caché l’objet. Voir et savoir est un des éléments de la théorie de l’esprit.

CONCLUSION EN FORME DE QUESTIONS

Les quelques travaux présentés démontrent l’existence d’une conscience chez les chiens qui possèdent de réelles aptitudes à développer une théorie de l’esprit. Il est probable que le chien ne maintient pas en permanence un niveau de conscience élevée, car ce processus nécessite beaucoup d’énergie. Mais, sommes-nous toujours réellement conscients, lorsque nous conduisons une voiture ou laçons nos chaussures ? Au-delà de cette démonstration, il reste toujours une question fondamentale : pourquoi nous posons-nous cette question de la conscience ? Au-delà de la blessure narcissique évoquée, quel est le risque d’attribuer une conscience à un animal comme le chien ? Des raisons philosophiques ou religieuses empêchent certains de pouvoir accueillir l’animal dans la communauté de la conscience, même si elle leur est propre, même si ce n’est pas celle d’un humain. Nous postulons qu’il y a plus à gagner, y compris dans notre exercice professionnel quotidien, à considérer que les animaux que nous soignons sont des êtres doués de conscience.

Auteurs: Dr Guillaume Sarcey & Dr Claude Beata
Le 12 mars dernier, l’association Zoopsy a consacré une journée de réflexion au thème de la conscience animale avec trois intervenants, dont un psychiatre évolutionniste Stéphane Mouchabac (CHU St-Antoine, Paris)

1) Gérald Edelman, prix Nobel de médecine, Ex Directeur de l’institut de neuroscience à La Jolla en Californie, décédé en 2014
2) Bernard Baars, psychologue cognitiviste américain, chercheur à l’institut de neuroscience à La Jolla en Californie.
3) Ádám Miklósi, éthologue, PhD Eötvös Lóránd University, Department of Ethology Budapest, Hungary
4) Gregory Berns, professeur de Neuroéconomie, PhD, Center for Neuropolicy, Emory University, Atlanta, Georgia
5) Friedreike Range, éthologue, PhD, Clever Dog Lab, Messerli Research Institute Vienne, Autriche
Comportement Animal – revue pratique professionnelle – Vol 15, 2016 http://www.comportementanimal.fr

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Emotions animales : Je ressens donc j’existe

Est-il utile de rappeler que nous, humains, nous sommes aussi des animaux ? Nous faisons partie de la classe des mammifères, et plus précisément, mammifères terrestres. S’il n’y a plus de doutes sur le fait que les animaux humains (c’est-à-dire les humains), ressentent des émotions et des sentiments, l’éthologie cognitive (branche scientifique qui étudie l’esprit des animaux) s’est posée la question concernant les animaux non-humains : ont-ils des émotions ? De quelle palette de sentiments sont-ils pourvus ?

Durant ces 40 dernières années, psychologues, éthologues, neuroscientifiques, zoologues, primatologues et autres scientifiques ont mis en exergue le fait que de nombreux animaux manifestent leurs émotions ouvertement, sans pudeur. Ainsi si nous prêtons un peu plus attention au monde qui nous entoure, nous serons surpris de voir ce déballage de sentiments. Chacun d’entre nous a été le témoin, un jour ou l’autre, d’une de ces démonstrations de sentiments. Nous pouvons tous raconter une anecdote qui relaterait d’émotions animales. Mais s’agit-il vraiment de sentiments ? Certains pourraient en douter. Ne s’agit-il pas de comportements conditionnés. Des scientifiques adeptes du behaviourisme ont longtemps soutenu cette théorie : les animaux n’éprouvent aucun sentiment, ils n’ont aucune souffrance psychologique et se s’appesantissent pas pour la perte d’un congénère. Mais les travaux en éthologie cognitive ont remis ces théories en question. Et il a fallu admettre que bon nombre d’animaux (je dis bon nombre, car il persiste des doutes concernant les insectes) éprouvent des sentiments, tels que la joie, le chagrin, la colère, la jalousie, et que nous sommes en mesure de les comprendre. Cette compréhension nous a aussi permis de communiquer avec eux et de prendre leurs émotions en considération pour modifier notre façon d’agir.
Certains septiques pourront toujours dire que tout cela n’est que foutaise. Soit, à cela je réponds que leur doute ne leur sert que pour leur donner bonne conscience, car sinon comment pourraient-ils continuer à agir en toute impunité .

Je pense donc je suis

Pour affirmer que les animaux non-humains ont des sentiments, il faudrait pouvoir prouver qu’ils ont des similitudes cognitives avec nous, les animaux humains. Que leur comportement ne serait pas dicté par les besoins primaires ou génétiques, mais par un système cognitif élaboré, une pensée, une réflexion, un raisonnement, une adaptation, un système de communication, un décodage, une transmission, un souhait de transmette et d’éduquer et de progresser. En bref que leur comportement serait basé sur ces qualités que nous, humains, possédons et qui nous poussent à nous comporter comme nous le faisons.
René Descartes avançait dans le Discours de la méthode « le plus grand de tous les préjugés de notre enfance, c’est de croire que les bêtes pensent. ». Pour lui, les animaux n’ont pas moins de raison que l’humain ; ils n’en ont pas du tout. Pour Descartes, comme pour Malebranche (1649-1658), les animaux sont privés de toute raison et de toutes émotions. Les animaux ne sont rien d’autres que des objets mouvants au service des humains. Pour les philosophes du XVII, les animaux agissent sans conscience. La médecine moderne apportera son éclairage sur ce point, et montrera que les animaux non-humains ont une conscience et sont conscient de leur environnement, et de l’impact de leurs agissements.
Des études en neurosciences mettent en évidence dans le cortex frontal médian des singes, l’existence de neurones impliquées dans la sélection d’actions visant un objectif. Ils sont capables d’anticiper les conséquences de leurs actes, et peuvent faire un choix.(1)
Les animaux ressentent un large éventail d’émotions, notamment les 6 émotions universelles de Darwin : la colère, le contentement, la tristesse, le dégout, la peur et la surprise. Certaines sont plus subtiles dans leur expression, quant à d’autres elles sont bien souvent exprimées à leur paroxysme. Lorsque votre chien est content, vous ne pouvez pas passer à côté ! l’expression de son contentement s’écrit avec un grand C. Quand il est peiné, c’est une Peine majuscule.
Quand on y prend garde, les animaux manifestent leurs émotions à l’état brut, sans chichi et aussi un réel appétit de vivre.
Ceci étant, toutes les espèces animales n’expriment pas leurs sentiments de la même façon. De même que 2 chiens, 2 chats ou 2 chimpanzés ne ressentent pas et n’expriment pas leurs émotions de façons similaires. Des recherches ont montré que chaque individu possède une « personnalité » propre, tout comme les humains.(2)

Vois-moi : un seul regard suffit

loup-regardLes yeux, chez les humains comme chez de nombreuses espèces animales, reflètent les sentiments et traduisent les émotions. Doug Smith, directeur du projet Yellowstone dans les années 2000, pour la réintroduction des loups a écrit un article concernant l’échange de regards qu’il a eu avec une louve surnommée Five. Il écrit « la dernière fois que j’ai regardé Five dans les yeux, (…) elle laissait derrière elle un élan que sa meute avait tué. (…) Nous la survolions ; comme d’habitude, elle a levé les yeux vers nous. Mais le regard qu’elle m’adressa avait changé. Plonger ses yeux dans ceux d’un loup sauvage, c’est l’un des rêves les plus fous des amoureux de la nature ; selon certain, on y découvre l’état sauvage dans toute sa pureté et son intégrité. (…) Ce jour-là, quelque chose avait disparu dans le regard de Five : elle avait l’air inquiète. Jusqu’alors, ses yeux avaient toujours brillé d’une lueur de défi. »(3)

Je suis persuadée que là encore, nous avons tous vu dans les yeux de notre chien, notre chat, des expressions fortes, vraies et sans faux semblant. Il reste dans mon esprit, le regard de mon vieux chien, un regard plein de lourdeur des années passées, plein de fatigue et aussi de douleur. Une tumeur, qui avait fini par ronger sournoisement une partie de son cerveau, lui provoquait des crises, semblable, à de l’épilepsie. Tricky, mon Basenji de 14 ans, n’était plus que l’ombre de lui-même. Il avait perdu 4 kilos en 2 mois, et semblait me dire inlassablement « Je suis fatigué. Tout me pèse. Je reste pour toi, mais tu veux bien m’aider maintenant ? ». Le jour où nous sommes partis faire notre dernière promenade, j’ai vu dans son regard de la gratitude. Quand il s’est allongé sur la table du vétérinaire et que je soutenais sa tête, ses yeux n’exprimaient plus cette souffrance, qui était inscrite sur son visage depuis des semaines. Il était prêt et serein. Il allait enfin être libéré. Je l’ai vu dans ses yeux, quand les miens, humides, lui disaient adieu. Un animal peut avoir un regard stoïque, mais lorsqu’il a besoin d’aide, se yeux nous disent parfois tout ce qu’il nous faut savoir.

Apprends à me lire, me ressentir et me comprendre

Les émotions chez les animaux non-humains sont parfois aussi faciles à lire et à comprendre que chez les animaux humains. Chez les animaux, il n’y a pas de filtre, pas de sous-entendu. Tout est clair, net. Leurs yeux, leurs oreilles, leurs odeurs transmet leurs émotions. Comprendre le comportement d’un animal et être témoin de ses émotions sont 2 choses différentes. On peut tout à fait identifier la joie de notre chien sans pour autant analyser le pourquoi et sa sémiologie. Quand 2 chiens jouent, il est aisé de savoir qu’ils sont contents. Interpréter leurs interactions et décrypter les comportements complexes de la séquence, est autre chose. Cela demande des connaissances, une expérience et un œil entrainé.

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Mais le profane, l’amoureux des animaux, les compagnons de cœur reconnaissent les émotions basiques. Il suffit de les regarder, de les écouter, de les sentir. Tout chez eux nous traduit leurs émotions. L’expression de leur visage, la taille des yeux, la posture, l’allure, le regard, les vocalisations, l’odeur (phéromones) sont des signes de réponses émotionnelles. Il n’est pas nécessaire d’être pleinement conscient, il suffit juste d’observer et de laisser notre intuition faire le reste. Nous sommes tous à même de capter les émotions des animaux. Nul besoin d’être scientifique. Pour les scientifiques, le risque est de tomber dans de l’anthropomorphisme. Cependant tous s’accordent à dire que si nous sommes tous capables de capter les émotions des animaux, cela peut signifier deux choses :
– Soit les émotions des animaux non-humains sont plus visibles qu’on le croit,
– Soit les animaux humains ont une aptitude naturelle à voir les émotions chez les autres espèces.
Cela se pourrait-il que les 2 soient cumulables ?

L’amour des dauphins et la colère des chats

Dans son livre « The Smile of a Dolphin : remarkable Accounts of Animal Emotions » Marc Bekoff relate des anecdotes racontées par ses collègues scientifiques, sur la vie affective des animaux. Ces zoologues ont ainsi pu raconter leurs propres histoires, avec des animaux d’études auxquels ils s’étaient attachés. Il est écrit des histoires sur l’amour des dauphins, des poisson-globes, des perroquets ara et des mangoustes naines, la colère et l’agressivité des chats, des pieuvres et des corbeaux, la peine des éléphants et des rats, la joie des hyènes tachetées, la pudeur et la jalousie des primates. Tout autant d’histoires pour montrer que beaucoup d’animaux ont des sentiments variés. Ce livre a été un évènement libératoire pour ces scientifiques qui ont pu raconter leurs propres émotions à l’égard de ces animaux qu’ils étudiaient et pour lesquels, un nom avait succédé à l’habituel numéro déshumanisant.

Une éthique à déterminer

« Jusqu’à présent, notre éthique occidentale s’est cantonnée en grande partie aux relations entre les hommes. Cela reste très limité. Il nous faut une éthique universelle qui tiendra compte également des animaux. (…). La véritable éthique exclut de porter préjudice à la vie. L’heure approche où l’on s’étonnera que l’espèce humaine ait vécu si longtemps avant de le reconnaître. L’éthique, sous sa forme absolue, implique d’être responsable envers tout ce qui vit »(4)
Il va effectivement falloir mettre en évidence que les animaux non-humains qui peuplent notre planète font l’expérience quotidienne de la passion et de la souffrance. Ils connaissent l’amour et la douleur, l’indifférence et le couronnement. Notre société les traite différemment fonction de facteurs établis par nous, animaux humains. Car nous décidons de cette morale qui définit ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, sans nous soucier de ce que l’autre ressent.
Les animaux partagent notre univers, notre société et notre foyer. Ils sont nos compagnons pour certains, et le plat de résistance pour d’autres. Ils sont aimés, puis exhibées, chassés et disséqués, soignés, enfermés, laissés libres, réduits à l’esclavage, dorlotés, exterminés.
Il viendra un temps où nous aurons honte de les avoir traités ainsi. Notre devoir est de veiller à ce que la sensibilité animale soit préservée. Ils dépendent de nous, de notre bienveillance. Nous avons pour responsabilité de veiller sur eux pour que leur souffrance diminue. C’est notre devoir, et leur droit.

« Les émotions sont un don de nos ancêtres. Nous partageons cet héritage avec les autres animaux. Ne l’oublions jamais »(5)

Corine Gomez, Comportementaliste

Remerciements à Mark Bekoff, qui a été une vraie source d’inspiration.
A Skunk, Speed et Tricky, mes compagnons, mes amis, mes confidents.

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Skunk, Bull Terrier femelle 2000-2013

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Speed, femelle Européen 1998 – 2015

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Tricky, Basenji – Male 2002 – 2016

Ref:

1- Matsumoto K. et Tanaka K. « Neuroscience. Conflict and cognitive control. », Science, vol.303, 2004, p. 969-970
2- Sam Gosling, « From Mice to Men : What can we learn about personnality from animal research » Current directions in Psychological science, 8, 1999, p. 69-75
3- Doug Smith, « Meet Five, Nice and Fourteen, Yellowstone’s Heroin Wolves », Wildlife conservations, Fev. 2005, p.33
4- Albert Schweitzer, Memoirs of Childhood and Youth, London, Allen & Unwin, 1924
5- Marc Bekoff « Les émotions des animaux » Ed. Payot et Rivage 2009