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La vie dans l’ère de la Compassion, de la Liberté et de la Justice pour Tous

Les humains s’engagent dans des relations intimes et nécessaires avec d’autres animaux, et dans la plupart de ces interactions, nous détenons le pouvoir. Mais le pouvoir n’est pas une droit pour la domination ou l’abus.

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Profession Photographe animalière: Marie-Claude Orosquette

J’ai  rencontré Marie-Claude Orosquette durant un stage de comportementaliste animalier, en mai 2014. A cette époque, elle avait mis sa carrière de photographe entre parenthèses. Sa passion pour les animaux l’avait menée à effectuer cette formation de 5 jours, sur la Côte d’Azur… une chance pour moi, pour faire sa connaissance et échanger sur nos centres d’intérêts respectifs. 

Aujourd’hui, je dois dire que c’est un vrai bonheur, que Marie-Claude ait décidé de reprendre la photo. Son talent, sa sensibilité artistique et son envie de faire partager sa passion, font d’elle une artiste exceptionnelle avec un grand coeur.marie-claude-orosquette-photographe-accompagnateur-aguila2-211x150

J’ai eu envie de vous faire découvrir ce personnage particulier et son univers artistique à travers une petite interview à laquelle Marie-Claude a eu la gentillesse de se prêter.

L’interview:

CK: Quelles sont tes motivations pour exercer ce métier?

MCO: Etre le témoin privilégié des derniers édens sur la planète et de pouvoir immortaliser ces instants qu’offrent Dame Nature. Mais la motivation la plus grande, c’est de pouvoir, à mon niveau bien sur et en tant que photographe, alerter le plus possible sur la précarité de cette biodiversité. Nous sommes acteurs de ce que nous transmettons et il est de plus en plus important pour moi de témoigner, à travers mes conférences, du nombre grandissant d’espèces en danger, en voie de disparition ou proche de l’extinction, et malheureusement le facteur humain est toujours présent.

CK: Les animaux pour toi, ça veut dire quoi ?

Ca veut dire un regard, une attitude, une action. Les animaux pour moi ça veut dire « êtres vivants doués de sensibilités », il n’y a qu’a voir la réaction d’une éléphante qui vient de perdre son petit pour en prendre bien conscience , et pourtant dans le droit français, ils ne possèdent pas de personnalités juridique, il n’y a donc pas eu d’effet concret  sur la condition animale depuis cette reconnaissance ( sensibilité animale) dans le code civil  en 2015.

La dure loi de la nature pour les espèces se trouve d’autant plus précaire que l’espèce humaine est le premier prédateur pour les animaux. Il est grand temps de prendre conscience que nous devons respecter leur milieux naturel, leur conditions de vie. Nous n’avons pas le droit sous couvert de médecine traditionnelle de pratiquer le braconnage. Nous n’avons pas le droit sous prétexte de spectacle de maintenir des animaux dans des conditions déplorable de détention.Nous n’avons pas le droit non plus de continuer à classer certaines espèces nuisibles, alors qu’elles ne devraient plus y figurer. Les exemples ne manquent pas. Quand on voit que le gouvernement anglais vient de faire machine arrière sur la sensibilité des animaux, je me dis que franchement la seule espèce qui devient totalement insensible c’est bien la notre. Pour finir avec cette question je ne pourrais concevoir ma vie sans les animaux.

CK: Pourquoi tu en es venue à la photographie animalière ? 

MCO: De formation scientifique d’une part , la passion des voyages, celle des animaux, de la nature et de la photo toute une alchimie de la vie qui m’a naturellement menée vers ce métier passion.

CK: Aurais-tu une anecdote sur une prise de vue ? 

MCO: J’ai tellement d’anecdotes. Chaque photo est un instant certes mais surtout une tranche de Vie (note de l’auteur: avec un grand V), une histoire d’un animal qui, quoi qu’il arrive, survit et dépense toute son énergie pour vivre, mais je retiendrais quand même cette belle histoire lors d’une prise de vue de lycaons (chiens sauvages africains) qui vivent en meute avec un couple alpha, mais contrairement aux loups dont les vieux individus s’éloignent de la meute et finissent solitaire, les vieux lycaons sont protégés et mis avec les tout petits, en garderie somme toute et les adultes viennent régurgiter leur repas pour qu’ils puissent continuer à s’alimenter ils sont au centre des préoccupations tout comme les puppies.

Lycaon puppies Avec l’autorisation de Marie-Claure Orosquette: droit réservé

CK: Si tu devais choisir un instant, une photo, ce serait laquelle ? Pourquoi?

MCO: Forcement celle que je n’ai pas encore faite, celle que je vais faire. Mais bon dans celles que j’ai faite, surement cette maman léopard qui nourrit ses petits avec leur premier vrai repas, une photo que j’ai prise au bout d’une piste au fond du delta de l’Okavango au Botswana en attendant que le petit Cesna vienne nous récupérer…..

léopard maman et petit Avec l’autorisation de Marie-Claure Orosquette: droit réservé

….à moins que ce soit celle prise en Afrique du Sud près d’Hermanus ma première photo de baleine à frange australe. Quelle émotion !

Baleine à frange australe copie
Avec l’autorisation de Marie-Claure Orosquette: droit réservé

Le Site web et les photos

site web Cliquez sur l’image pour accéder au site

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Alors c’est le moment d’en profiter! Un cadeau unique à  tarif spécial « Fêtes de Noël ». Pour faire plaisir à votre famille, vos amis ou tout simplement : 

Pour VOUS faire plaisir

Marie Claure Orosquette, sa biographie, etc

MCO

Sa Biographie :

« Voir juste, c’est juste voir »

« J’aime capter les lumières, les ambiances, les petits matins du monde, les actions à peine perceptible à l’œil, un mouvement une attitude de l’aube au crépuscule ici, là, ou ailleurs. »

« De formation scientifique, la nature a toujours eu une place privilégiée qui a toujours guidée ma vie de photographe. »

Ses Récompenses :

  • 3ème prix animalier aux photographies de l’année 2008 (APPPF)
  • Demi finaliste BBC Wildlife 2009

Jury :

  • Membre du jury du festival de l’oiseau 2011
  • Membre du jury de la Coupe de France fédération française photographique 2011
  • Membre du jury National Nature 2011
  • Membre du jury Du concours International Namur (Belgique) Aves 2011
  • Membre du jury film nature international festival de l’oiseau 2013
  • Membre du jury de la coupe de France Nature (FFP)  2017

Ses Expositions :

  • Exposition Paris AFA 2009 au profit de l’association
  • Exposition Les photographes de l’année, 2010
  • Exposition au mois international de la photo (MIPE), 2010
  • Exposition au Festival de l’oiseau, 2011
  • Expositions collectives Montier-en-Der , week*end de la biodiversité, festival de l’oiseau , Aigues Mortes, 2011
  • Exposition festival international Nature Namur, 2011
  • Exposition Paris (Afrique : Terres de Cœur), 2013
  • Exposition au Printemps de la Photographie, 2017

Présidente d’honneur du festival  photo IDO  à Gruissan, 2017

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« Les animaux ne sont pas sensibles et ne peuvent pas ressentir de douleur, selon les députés conservateurs Britaniques »

« Quiconque dit que la vie importe moins aux animaux qu’à nous, n’a pas tenu dans ses mains un animal qui se bat pour sa vie. Tout l’être de l’animal est jeté dans ce combat, sans réserve. « (Elisabeth Costello, dans Les vies des animaux de J. M. Coetzee)

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Empathie Animale : ce qu’il faut savoir

Ce que nous devrions apprendre de l’empathie animale. L’empathie, c’est cette capacité à se mettre à la place de l’autre et ressentir sa souffrance, son inconfort. Une aptitude à comprendre les sentiments et les émotions d’un autre individu pouvant amener à modifier notre propre comportement, pour réduire cette souffrance, parfois à notre détriment, et sans que cela soit pour autant de l’altruisme ou de la compassion.

L’empathie, c’est comprendre ce que l’autre endure et essayer d’amoindrir cette souffrance. Et je ne vous surprendrai pas en vous disant que l’animal humain que nous sommes n’a pas le monopole de l’empathie. Il a été montré, vu et prouvé que de nombreuses espèces animales font preuves d’empathie à l’égard de leur semblable, mais pas seulement.

lage-de-empathieDes témoignages racontés par les plus grands éthologues internationaux rappellent que l’empathie animale existe. Frans de Waal, spécialiste des primates et professeur de psychologie à Atlanta (Géorgie) cite quelques exemples dans son livre intitulé « L’Age de l’empathie » 1. Il raconte l’histoire presque banale qu’une éléphante aveugle, désorientée, secouru par une autre éléphante qui vient la guider. Une scène ordinaire, dans un parc naturel en Thaïlande.

« La cupidité a vécu, l’empathie est de mise, nous dit Frans de Waal. Il nous faut entièrement réviser nos hypothèses sur la nature humaine. » A l’heure où les gouvernements et les politiques sont régis par les banquiers et les grandes puissances financières, à l’heure où les candidates aux élections se livrent à des luttes et des joutes verbales pour leur seule survie, il est temps d’opposer un autre principe, tout aussi actif que cette compétition insensée : l’empathie.

Et si jusqu’à lors l’humain a osé croire avoir le monopole de l’empathie, il s’avère qu’elle partagée par de nombreux mammifères, à commencer par les primates, les éléphants et les dauphins, mais aussi par les oiseaux, les poissons et peut être qu’un jour nous verrons les reptiles s’ajouter à la liste.

De façon basique l’empathie peut se traduire par la synchronisation des comportements : accorder nos pas sur celui de l’autre en promenade, battre la mesure en cadence avec le groupe, un attelage de chiens de traîneau se meut comme un seul être, un chimpanzé, victime de contagion, baille quand un congénère baille, et rit quand l’autre s’esclaffe.

chimpanzee-film-2012Cependant, des chimpanzés ont été observés léchant le sang de compagnons attaqués par des léopards, et ralentissant l’allure pour permettre aux blessés de suivre le groupe. Dans la même communauté ont été décrits plusieurs cas d’adoption d’orphelins par des adultes femelles, mais aussi par des mâles ². On pourrait dire que ce type de comportement s’inscrit dans une démarche sociale, dès lors que le groupe a à y gagner : « Aidons les membres du groupe, soyons solidaire, pour que le groupe reste plus fort ».

Alors comment expliquer que cette empathie demeure quand l’individu n’a rien à gagner ?

Des expériences ont montré que des rats ont refusé des jours durant d’accéder à de la nourriture, en actionnant un levier, si cette action envoyait une décharge électrique à un compagnon dont ils voyaient les convulsions. Des rats et souris ont ainsi préférant s’abstenir de manger, plutôt que d’infliger de la souffrance à leur semblable.

Une autre expérience, menée à l’Institut Max-Planck en Autriche, mettait en scène un singe capucin de laboratoire. Ce dernier avait le choix entre deux jetons de couleurs différentes. Le premier lui valait un morceau de pomme tandis que le second garantissait la même chose pour un partenaire. Le comportement du capucin étonna les chercheurs, qui eurent la surprise de voir que le capucin optait pour le jeton qui offrait la récompense à son congénère plutôt qu’à lui-même.

Pour Frans de Wall, la réponse tient en un mot : l’empathie, précisément, ou le souci du bien-être d’autrui.

Et comme mentionné précédemment, ce comportement a été observé dans des situations inter spécifique : ainsi il a été vu, dans un zoo, une tigresse du Bengale nourrir des porcelets. Un bonobo hisser un oiseau inanimé au sommet d’un arbre pour tenter de le faire voler. Ou un chimpanzé remettre à l’eau un caneton malmené par de jeunes singes. Facebook, YouTube sont pleines de vidéo montrant des situations similaires : une chatte venir en aide à un chiot qui est tombé dans une ravine. Un chat qui aide un chien aveugle, et vise et versa. rats-empathie

Pour Darwin, la « sympathie » animale s’appuie sur des mécanismes émotionnels.3 Des souris sont plus sensibles à la douleur quand elles ont vu souffrir d’autres souris dont elles sont familières. En revanche, des processus cognitifs plus complexes entrent en jeu quand il est question de se mettre à la place de l’autre : un chimpanzé délaissera ses occupations pour venir réconforter un congénère qui connaît un problème émotionnel.

« Pendant 200 millions d’années d’évolution des mammifères, les femelles sensibles à leur progéniture se reproduisirent davantage que les femelles froides et distantes. Il s’est sûrement exercé une incroyable pression de sélection sur cette sensibilité« 4, écrit Frans de Waal. Une explication éthologique pour expliquer pourquoi les mammifères, dont les petits, allaités, seraient les plus doués d’empathie. Et les femelles davantage que les mâles. Cependant il est encore beaucoup à découvrir sur la question, car l’empathie inter spécifique ne s’appuie pas sur cette théorie.

Frans de Waal rappelle que, comme pour les autres animaux, « il existe chez l’homme un penchant naturel à la compétition et à l’agressivité ». Et l’empathie humaine n’est pas toujours vertueuse, c’est sur la capacité à ressentir les émotions de l’autre que va aussi se fonder la cruauté et la torture, dont seul l’être humain est capable.

Corine Gomez – Comportementaliste

  1. Frans de Waal – L’âge de l’empathie : Leçons de nature pour une société plus apaisée [« The Age of Empathy:Nature’s Lessons for a Kinder Society »], Éditions Les Liens qui libèrent, 2010, 330 p. (ISBN 978-2918597070)
  2. « Chimpanzee » est un documentaire américain réalisé par Mark Linfield et Alastair Fothergill en 2012
  3. Charles Darwin – L’expression des émotions chez l’hommes et les animaux – Rivages Poches
  4. Frans de Waal – L’âge de l’empathie : Leçons de nature pour une société plus apaisée [« The Age of Empathy:Nature’s Lessons for a Kinder Society »], Éditions Les Liens qui libèrent, 2010, 330 p. (ISBN 978-2918597070)

 

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Plaidoyer pour une conscience animale – Revue d’article

Article original de Dr Guillaume Sarcey et Dr Claude Beata, parue en avril 2016 dans « Comportement Animal – La revue pratique professionnelle »

L’existence d’une conscience animale est le nouveau terrain de discussion des philosophes, des éthologues, des biologistes et du législateur. Le vétérinaire comportementaliste, ou psychiatre vétérinaire, est très rarement invité à donner son avis. Il faut qu’il soit philosophe comme notre éminent confrère Philippe Devienne pour que sa voix soit entendue et nous ne pouvons que le remercier de porter une parole forte et étayée alliant la réflexion et la pratique quotidienne.

Nous prétendons que, placés là où nous le sommes, la question de la conscience nous concerne et que nous pouvons avoir une pierre à apporter à l’édifice. Nous disons d’abord qu’il est absurde de parler de l’Animal. Cela révèle d’une vision strictement anthropocentrique qui opposerait l’Homme et le reste du monde animal, dont l’être humain serait extrait par sa propre décision. Il nous paraît souhaitable, surtout quand il s’agit de parler de conscience, de définir de façon restrictive nos interlocuteurs animaux tant les degrés de conscience peuvent être différents. Il nous semble par ailleurs primordial de ne pas oublier notre pratique professionnelle et d’irriguer notre réflexion par les sources vives de nos expériences quotidiennes. Tout en étant conscient que beaucoup d’autres espèces (perroquets, singes, dauphins, éléphants, etc.) apportent des éléments dans le faisceau de présomptions de la conscience animale, nous nous limiterons aux chiens qui sont nos interlocuteurs réguliers. Si nous reconnaissons chez eux des éléments de conscience, à partir de ce moment-là, cela nous oblige, dans nos soins, dans nos décisions, à tenir compte de cette nouvelle dimension.

LA QUESTION DE LA CONSCIENCE

Mais pourquoi cette question de la conscience suscite-telle de telles controverses ? Beaucoup, aujourd’hui encore, considèrent que la conscience est l’apanage de l’être humain et qu’introduire l’animal dans ce champ-là relève du crime de lèse-majesté. N’oublions que nous autres, malheureux humains, avons subi trois blessures narcissiques majeures : Copernic nous a révélé que notre planète n’était pas le centre de l’univers, Darwin nous a appris que l’être humain n’était pas à part dans la création mais qu’il était relié aux autres espèces par des liens étroits, Freud nous a fait renoncer à l’idée du libre arbitre. Notre inconscient nous dirige et notre champ conscient n’est que la partie émergée de l’iceberg de notre personnalité. Alors faut-il en subir une quatrième et renoncer à être les seuls sujets conscients sur cette planète ? Cette question se pose depuis très longtemps : en 1838, Charles Darwin s’interrogeait déjà sur l’existence d’une conscience animale. Il avait observé Jenny, femelle orang-outan du zoo de Londres, se mettre en colère après une farce de son gardien. Il eut l’idée de lui présenter un miroir, afin d’analyser ses réactions. Mais aujourd’hui, pouvons-nous en dire un peu plus ?

LES ÉLÉMENTS DE LA CONSCIENCE

Plusieurs éléments sont à considérer pour parler de conscience animale : les définitions théoriques, les apports des neurosciences, les expériences en éthologie.

Définitions théoriques

Selon Edelman (1), la conscience primaire est la capacité de lier des perceptions, des émotions et des éléments mémorisés et de créer des images mentales. Elle se réfère au présent et au passé remémoré sans perception réelle du passé et du futur. Elle permet de prendre conscience du monde qui nous entoure. Elle existe chez de nombreuses espèces animales. La conscience secondaire est la capacité d’avoir accès à notre histoire, d’aller au-delà de notre passé remémoré. Elle permet, par la pensée réflexive, d’être conscient d’être conscient. Elle est liée à la métacognition, aux pensées abstraites et au langage. « Le cerveau parle à lui-même » dit Edelman. La conscience primaire nait des interactions entre les structures cérébrales. La conscience secondaire nécessite la mise en jeu d’une mémoire biographique.
Les nouvelles théories évoquent comme base de la conscience des groupes de neurones, spatialement dispersés dans de nombreuses aires cérébrales et interconnectés. Ils constituent un Espace de Travail Global (Baars (2) ) Toutes les structures impliquées existent chez nos carnivores domestiques et rien ne permet de les exclure de ces définitions.

Apport des neurosciences

Les progrès en neuroscience ont permis d’étayer les travaux d’Edelman et de Baars. Les échanges d’information synchronisés à partir d’aires cérébrales distantes sont mis en évidence par les techniques récentes. Les potentiels évoqués cognitifs ont été utilisés chez le cheval et ont démontré des marqueurs de conscience. Aujourd’hui, plusieurs équipes ont réussi à faire accepter des IRM fonctionnelles à des chiens. L’équipe d’Adam Miklosi (3) a pu ainsi démontrer chez le chien l’existence de zones destinées à reconnaître des émissions vocales de leur propre espèce mais aussi d’une espèce partenaire comme les humains en attribuant de façon correcte une valence émotionnelle à ces émissions sonores. Quant aux travaux de Gregory Berns (4), toujours en IRM fonctionnelle, ils ont démontré que chez le chien l’anticipation d’une récompense « allume » la même zone (noyau caudé) que chez l’être humain. En allant plus loin, ils ont montré que l’odeur qui a le plus fort pouvoir évocateur de plaisir anticipé pour le chien est celle de son être d’attachement. Ces deux expériences viennent au moins supporter une notion de conscience a minima chez le chien.

Travaux en éthologie

Certains éthologues savent poser des questions très intelligentes aux chiens ! Ils ont une façon de les considérer avec respect qui leur permet d’imaginer des expériences subtiles. Des tests sont réalisés chez le chien par Range (5) en 2007. Les résultats montrent que les chiens réalisent une imitation sélective, dépendant des contraintes contextuelles. Ces capacités ne peuvent être expliquées par des processus non-mentaux (facilitation sociale et renforcement de stimuli). Ces résultats abondent dans le sens d’une métacognition au moins rudimentaire chez le chien. Un individu a une théorie de l’esprit s’il dispose de concepts tels que croire, savoir, connaître, vouloir et voir et qu’ils les utilisent pour prédire et expliquer des comportements. Ainsi, un animal possédant cette forme de conscience croit que les états mentaux jouent un rôle dans la survenue des comportements. Il déduit les états mentaux d’autres individus en observant leur apparence et leurs actions dans diverses circonstances. Cela a abondamment été montré chez le singe. Chez le chien, l’équipe de Miklosi, encore, réalise en 2006 un test d’attribution de connaissance. L’objectif est de déterminer si des enfants de moins de 3 ans et des chiens adultes attribuent ou non à une personne la connaissance d’un fait. Les chiens, comme les enfants, donnent significativement plus d’indications au joueur, lorsque ce dernier ne sait pas où le jouet se trouve. Selon toute vraisemblance, les chiens savent quand le joueur ne sait pas où est caché l’objet. Voir et savoir est un des éléments de la théorie de l’esprit.

CONCLUSION EN FORME DE QUESTIONS

Les quelques travaux présentés démontrent l’existence d’une conscience chez les chiens qui possèdent de réelles aptitudes à développer une théorie de l’esprit. Il est probable que le chien ne maintient pas en permanence un niveau de conscience élevée, car ce processus nécessite beaucoup d’énergie. Mais, sommes-nous toujours réellement conscients, lorsque nous conduisons une voiture ou laçons nos chaussures ? Au-delà de cette démonstration, il reste toujours une question fondamentale : pourquoi nous posons-nous cette question de la conscience ? Au-delà de la blessure narcissique évoquée, quel est le risque d’attribuer une conscience à un animal comme le chien ? Des raisons philosophiques ou religieuses empêchent certains de pouvoir accueillir l’animal dans la communauté de la conscience, même si elle leur est propre, même si ce n’est pas celle d’un humain. Nous postulons qu’il y a plus à gagner, y compris dans notre exercice professionnel quotidien, à considérer que les animaux que nous soignons sont des êtres doués de conscience.

Auteurs: Dr Guillaume Sarcey & Dr Claude Beata
Le 12 mars dernier, l’association Zoopsy a consacré une journée de réflexion au thème de la conscience animale avec trois intervenants, dont un psychiatre évolutionniste Stéphane Mouchabac (CHU St-Antoine, Paris)

1) Gérald Edelman, prix Nobel de médecine, Ex Directeur de l’institut de neuroscience à La Jolla en Californie, décédé en 2014
2) Bernard Baars, psychologue cognitiviste américain, chercheur à l’institut de neuroscience à La Jolla en Californie.
3) Ádám Miklósi, éthologue, PhD Eötvös Lóránd University, Department of Ethology Budapest, Hungary
4) Gregory Berns, professeur de Neuroéconomie, PhD, Center for Neuropolicy, Emory University, Atlanta, Georgia
5) Friedreike Range, éthologue, PhD, Clever Dog Lab, Messerli Research Institute Vienne, Autriche
Comportement Animal – revue pratique professionnelle – Vol 15, 2016 http://www.comportementanimal.fr